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Polars Pourpres

Les romans de Georges Simenon
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Lucas 2.0
Meurtrier


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MessagePosté le: Dim Oct 18, 2020 10:23 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un petit topo sur les Maigret écrits autour de 1950. Période sympathique en terme de lecture, peu de déchets au niveau des titres, une des plus plaisante après celle de ses débuts en 1930. La guerre commence à être un lointain souvenir, et çà sent à plein nez la période polar des années 50. Pour les nostalgiques des films noir & blanc de l’époque, ceux avec Ventura, Gabin, Audiard, et tout un tas de gars moins connus mais aussi talentueux.

C’est plutôt diversifié cette fois-ci, dans le dénouement des intrigues, et dans les situations dans lesquelles le commissaire se trouve (témoin d’un procès, biographe, établissant son QG chez l’habitant) :



Pour les avis, le site PP, pour la lecture, des intégrales existent.

Un petit coup de cœur particulier aux « Mémoires de Maigret », où Simenon met en scène ses souvenirs à la PJ de la plus belle des manières. A noter que tous ces romans ont été écrits en Amérique, où il résidait.

Alors dans les clichés Simenon = atmosphère, l’auteur nous fait découvrir :
- L’ Arizona, dans « Maigret chez le coroner »,
- La côte Normande où il enquête souvent, à Etretat, dans « Maigret et la vieille dame »,
Le reste à travers Paris.

Et on continue de tout savoir sur la famille Janvier, son adjoint ayant eu chaud dans « Maigret en meublé ». Il a failli y rester. De quoi mettre en émoi sa femme (et ses enfants) que l’on découvre.
Sur le coup il a eu plus de chance que Torrence, qui se fait tuer dès le premier roman de la série, « Pietr le Letton ». Et hop, ni vu ni connu, Simenon l’a quand même ressuscité quelques temps plus tard...

Bonne lecture,
_________________
"- Qu'est-ce qu'il écrit ? Elle sécha ses larmes. - De belles choses, Sébastien. De très belles choses." Colize, Toute la violence des hommes
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JohnSteed
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Ven Oct 23, 2020 9:55 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je poursuivis ma découverte (ou ma relecture pour certains) des romans durs de Simenon, suite à l'acquisition récente du volume 5 publié chez Omnibus.



Mon vote : 8/10

Citation:
En ce dimanche matin, le Docteur Bergelon, médecin de famille dans cette ville provinciale de Bugle, se réveille avec la gueule de bois. Ce n’est pas tant la soirée très arrosée de la veille que l’accouchement malheureux de Mme Cosson qui le met dans cet état : l’enfant et la mère sont décédés. Le mari demande des comptes à Bergelon et le menace de mort. C’est l’effondrement pour Bergelon. Il se rappelle la soirée où le Docteur Mandalin, chef de la clinique, avait voulu fêter leur partenariat. Ils avaient bu plus que de raison, et repoussé l’accouchement de Mme Cosson.
Mais cette menace, Bergelon la voit de manière positive. Et si c’était après tout un mal pour un bien ? Une ouverture vers la liberté, sa liberté ?

Avec Bergelon, Simenon nous dépeint un homme prisonnier des valeurs de la société, de ses principes et obligations. Mais peut-on vraiment s’affranchir de notre vie ? L’auteur belge nous offre une merveilleuse introspection d’un homme en pleine période de crise identitaire.
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Le Juge Wargrave
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Sam Oct 24, 2020 10:43 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour cette critique qui donne très envie de découvrir ce titre de Simenon. Wink
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La vie ne devrait consister qu'à trouver les bons mots au bon moment. (Tété, Emma Stanton, 2003).
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JohnSteed
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Dim Oct 25, 2020 7:12 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Mr le Juge. Hâte d'avoir ton retour (pour celui-ci et Malempin). Wink Cool Laughing
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El Marco
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MessagePosté le: Lun Jan 11, 2021 7:33 pm    Sujet du message: Répondre en citant



Mon avis :

Citation:
… ou le récit de Jérôme Lecœur qui, enfant a vécu une succession d’événements mémorables alors que sa ville normande était battue par une pluie noire : son amitié atypique avec Albert Ramburges, avec lequel il n’a pourtant jamais échangé un mot ni ne l’a même touché, simplement en l’observant depuis sa fenêtre ; l’arrivée dans le foyer de la venimeuse et horrible tante Valérie qui souhaite récupérer sa maison pour la léguer aux parents de Jérôme, mais uniquement pour pouvoir y vivre à leurs côtés ; et l’ambiance fiévreuse lié à un récent attentat orchestré par les anarchistes et dont Gaston, le père d’Albert, pourrait être l’un des instigateurs. Mais Jérôme a des soucis de mémoire, recolle les morceaux comme il peut, et ça n’est quand dans les dernières pages que tout se résoudra en parlant avec sa mère, désormais bien âgée, notamment à propos de ce qui est arrivé à Albert, Gaston et Valérie. Ainsi résumé à la va-vite, ce roman peut donner l’impression d’être fiévreux, endiablé, mais on est chez l’immense Georges Simenon, ici, et cette fièvre, pourtant bien présente, cède le pas à un récit en apparence calme, assagi, parfois kaléidoscopique, dont le narrateur recoud les morceaux à mesure qu’il s’en souvient. Ce qui m’a le plus marqué dans cet opus, c’est d’ailleurs ce paradoxe, encore plus qu’avec toutes mes autres lectures des ouvrages du maître belge : cet étonnant paradoxe, puisqu’il y a beaucoup d’événements, et dans le même temps, on a l’impression qu’il ne s’y passe rien. C’est une remarquable tranche de vie, avec même plusieurs tranches puisqu’il y a diverses vies qui sont étudiées, et je retiendrai volontiers ce feu d’artifice flamboyant. Le personnage de tante Valérie, dont les descriptions physiques sont de petits bijoux d’acide, sans compter son âme envenimée, malveillante, prête à instiller le poison de son fiel en tous lieux et en toutes occasions, que ça soit dans sa propre famille comme lors des manifestations en fin d’ouvrage. La relation sibylline entre les deux enfants, si baroque puisqu’au final, ils ne se connaissent pas. Jérôme, en enfant qui sait se protéger du monde des adultes en retrouvant son univers aérien et innocent, ce qui ne l’empêche nullement d’affronter verbalement sa tante ou tenter de venir en aide à une femme en étant sur le point de lui offrir de la nourriture. La foule, animaux en meute, masse sombre et abêtie, satisfaite de pouvoir hurler avec ses semblables, que ça soit pour souhaiter le lynchage d’un homme dont ils ne savent rien ou pour demander la mort de policiers, comme ça, pour rien. Et puis, il y a aussi des moments de pure grâce, qu’elle soit profondément poignante (quand Jérôme découvre l’existence d’un autre membre de sa famille et qui n’a pas survécu), d’un humour à froid particulièrement inattendu (ah, le coup des poireaux…) ou quand Georges Simenon évoque la force des souvenirs, le passé, les troubles mémoriels, le tout à travers les yeux et les mots d’un gosse dont les attitudes et réparties sont retranscrites avec maestria. Bref, un roman qui aura eu un immense impact sur moi et dont je me souviendrai encore très longtemps, et selon moi l’un des meilleurs de Simenon.
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El Marco
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MessagePosté le: Mer Fév 24, 2021 8:13 am    Sujet du message: Répondre en citant



Citation:
Enfant déjà il savait qu'il ne serait ni ouvrier, ni artisan, ni commerçant, qu'il vivrait comme le premier clerc vu chaque dimanche à la messe, toujours correct, avec un rien de lenteur majestueuse. Le fils Cardinaud a tenu ses promesses. M. Mandine, l'assureur des Sables-d'Olonne, parle de lui comme son successeur. On le salue en ville. Jusqu'à ce que sa femme le quitte avec l'argent du ménage. Lui qui croyait être devenu quelqu'un est rappelé à sa condition de roturier. Le voile se déchire. Cardinaud découvre un monde de laideur où seule son intuition, comme son amour, pourra désormais le soutenir. Une seule certitude : il retrouvera sa femme.


Mon vote :

Citation:
… ou comment Hubert Cardinaud, employé d’assurances à qui son patron a d’ores et déjà fait comprendre qu’il sera son successeur, se rend compte en rentrant de la messe que son épouse, Marthe, l’a quitté, emportant avec elle trois mille francs. Il apprendra assez rapidement qu’elle est partie avec Emile Chitard, dit « Mimile », dit « Le fils à Titine ». Dès lors, il ne va avoir qu’une obsession : la récupérer. J’ai retrouvé le style de l’immense auteur belge, avec la concision de son histoire, sa construction de prime abord très simple, et sa plume acide. Ici, ce qui m’a davantage marqué que la quête de Cardinaud, c’est tout ce qui est périphérique, satellitaire à cet homme abandonné par sa femme et la mère de leurs deux enfants. Il y a la description acerbe du milieu d’où provient Hubert, cette basse extraction de vendeurs de sardines et autres petits métiers (la rencontre avec Lucien, l’un de ses frères, est de ce point de vue admirable), la veulerie de la populace lorsque cette dernière apprend les infidélités de Marthe (la lettre anonyme, les regards lâchés en coin, les propos que Cardinaud devine sans mal), et cette forme de Chemin de Croix que va devoir emprunter Hubert pour remettre la main sur Marthe. Une écriture toujours aussi paradoxale, à la fois prenante et passionnante tout en étant sèche et minimaliste, sans la moindre réelle action ou péripétie, se cantonnant à quelques déambulations en Vendée et un minuscule flash-back à Port-Gentil pour évoquer le caractère déjà misérable (la tentative de vol de la montre) de Mimile. En revanche, j’ai trouvé quelques longueurs (pour un roman d’environ cent soixante dix pages, tout est relatif…) dans le dernier tiers de l’ouvrage, ce qui n’enlève rien aux mérites de ce livre fort bien écrit, d’une crédibilité sans faille, et à hauteur d’homme.
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MessagePosté le: Mer Mar 31, 2021 4:18 pm    Sujet du message: Répondre en citant



Citation:
Le commissaire Maigret est informé que le corps d'une jeune fille, habillée en robe de soirée, est retrouvée dans un square parisien. Personne ne sait rien d'elle, sauf qu'elle est issue d'un milieu extrêmement modeste.


Mon vote :
Citation:

… ou comment le commissaire Maigret en vient à enquêter sur la mort d’une jeune inconnue, découverte place de Vintimille, en allant chasser la vérité sur les terres de l’inspecteur Lognon, et graduellement découvrir l’identité de la victime – Louise Laboine –, reconstituer son passé et découvrir qu’elle aura surtout été, bien malheureuse, le jouet d’une triste association et frappée par un destin affligeant. J’ai adoré retrouver le style de Georges Simenon, sec, rogné jusqu’à l’os, mettant en relief des portraits parfois attachants, parfois détestables. Notre limier va faire preuve d’une immense empathie pour la pauvre Louise, et reconstituer, pas à pas, ce qui a mené la jeune femme à la mort, avec les racines du fléau qui va la toucher commençant aux Etats-Unis. Une intrigue prenante et efficace, qui commence très vite dans le roman, presque sur les chapeaux de roues, et ne perd jamais cette cadence dynamique. Si je ne suis pas certain de me souvenir très longtemps du cœur de l’histoire, en revanche, je sais que deux éléments me marqueront : la manière dont Louise aura été maltraitée par la fatalité – les dernières pages où Maigret évoquent la succession de hasards, coups du sorts et autres malveillantes infortunes qui l’ont conduite au trépas sont mémorables, ainsi que le portrait en creux de Lognon, dit le « Malgracieux » : chétif, constamment malade, n’ayant pas les ressources intellectuelles pour intégrer le prestigieux service de police de Maigret, il vivra souvent l’apparition de notre commissaire dans « son » enquête comme une intrusion, au même titre que sa propre femme. Un autre bon opus d’une foisonnante bibliographie, qu’il s’agisse de celle de Georges Simenon ou de celle mettant en scène Jules Maigret. A mes yeux, probablement pas le meilleur, certes, mais il entretient avec qualité et élégance la flamme de la passion que je voue à l’auteur belge.
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El Marco
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MessagePosté le: Lun Juil 19, 2021 9:34 am    Sujet du message: Répondre en citant



Citation:
Dans l'église du village de Saint-Fiacre, la comtesse, femme au cœur fragile, succombe à une crise cardiaque. Il s'agit bien pourtant d'un crime commis à l'aide d'une simple coupure de journal glissée dans le missel de la comtesse de Saint-Fiacre : une lettre anonyme a prévenu les services de police judiciaire. Maigret assiste impuissant au forfait. Il rencontre ensuite les suspects, mais évoque surtout les souvenirs qui affluent de son enfance passée en ces lieux.


Mon vote :

Citation:
« Je vous annonce qu’un crime sera commis à l’église de Saint-Fiacre pendant la première messe du Jour des Mors » : c’est ce papier anonyme dont prend connaissance Maigret – parce qu’en réalité, il ne le découvre qu’un peu par hasard au Quai des Orfèvres après « avoir traîné pendant plusieurs jours ». Son sang ne fait qu’un tour. Moulins ! Saint-Fiacre ! Le territoire de son enfance, où son père était régisseur. Le roman débute dans cette église où la messe a lieu, et au terme de laquelle la comtesse décède, de prime abord de mort naturelle, sauf que notre commissaire se rend vite compte qu’il s’agit d’un meurtre.
Ce roman, je ne le découvre que maintenant, moi qui avais adoré les deux adaptations, avec Jean Gabin puis Bruno Cremer, ce qui constitue une sorte de madeleine de Proust. Moi qui adore Georges Simenon et son œuvre, je me suis littéralement régalé avec ce livre. La plume sèche, rongé jusqu’à l’os de l’auteur, les ambiances qu’il dépeint en quelques traits, l’acidité avec laquelle il décrit les milieux où il promène son enquêteur fétiche, l’intelligence des relations humaines, l’inventivité de l’intrigue, tout est là. Ce qui est impressionnant à mes yeux, encore une fois après avoir vu et revu ces deux adaptations, cinématographique et télévisée, c’est la concision, le côté compact de l’histoire, délayé, rallongé, brodé pour le passage sur grand et petit écran. J’ai adoré essayer de retrouver, comme dans le jeu des sept erreurs, les divergences entre le livre et les adaptations, tout en dévorant chacun des mots – et maux – de l’écrivain. Parce que cet opus est sacrément sombre, dur, poisseux, notamment lorsque l’on repense aux rôles de Jean, le secrétaire particulier de la comtesse, le curé et ses contradictions, Emile, fils de l’actuel régisseur et employé de banque. C’est aussi une immense palette de sentiments humains que déploie Georges Simenon, de l’avarice à la concupiscence, de la dégradation des passions quand l’âge progresse aux relations complexes mère – fils, ou encore la forme de rédemption à laquelle va accéder Maurice, le fils de la comtesse, constamment désargenté et engagé dans une perpétuelle course à l’échalote pour récupérer des subsides afin de subvenir à son train de vie dispendieux et peu décent. Le final, où Maigret est très en retrait, est un pur bijou de littérature policière. Onze chapitres au-dessus desquels plane l’ombre de la nostalgie pour Maigret, presque un spleen, et qui constituent assurément l’ossature de l’un de mes ouvrages préférés du maître belge.
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Le Juge Wargrave
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MessagePosté le: Sam Sep 11, 2021 10:12 am    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai lu



Mon avis :

Citation:
P.M. (pour Patrick Martin) Ashbridge vit dans une vallée au sud de l'Arizona, tout près de la frontière mexicaine, à Tumacacori. Il y exerce le métier d'avocat et fait partie d'une communauté où tout le monde se connaît et au sein de laquelle il est respecté. Rentrant d'une soirée au bar, il trouve sur son pallier un homme, un homme qu'il connait bien, qui lui rappelle de façon aiguë son passé. Un homme dont il veut cacher l'identité à sa femme et à ses voisins. Alors que la pluie tombe sur Tumacacori, cet homme lui demande son aide pour traverser la frontière. Impossible, car les pluies qui s'abattent ont isolé la vallée. S'ensuit un huis clos de plus en plus tendu, à l'issue duquel l'opposition entre P.M. et cet homme risque de s'avérer mortelle pour l'un des deux.
Tout l'intérêt de la première partie du roman est de savoir qui est l'homme qui vient déranger la tranquillité de P.M. Une fois son identité dévoilée, la tension s'accroît car tout ce que P.M. avait patiemment bâti pendant des années semble se fissurer à mesure que la demande de traverser la frontière se fait pressante.
Sur le papier, les ingrédients pour un excellent Simenon sont là mais la sauce ne prend pas complètement à mon goût. Quant à la fin, je la trouve presque trop prévisible.
Pas le meilleur Simenon, mais un très honnête huis clos avec une tension psychologique dont le génial auteur belge a le secret
.
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MessagePosté le: Sam Oct 30, 2021 7:25 am    Sujet du message: Répondre en citant



Mon vote :

Citation:
Les moules ? Non. Elles les ont rendus malades, Maigret et sa femme, mais ce qui a conduit cette dernière à l’hôpital, c’est une crise d’appendicite. Sur place, notre commissaire a pris ses habitudes au cours de ces vacances, rendant visite chaque jour à son épouse. Il se retrouve un jour avec un message manuscrit dans sa poche : « Par pitié, demandez à voir la malade du 15 ». Une jeune femme, tombée par accident d’un véhicule en mouvement, la belle-sœur du médecin Philippe Bellamy. Sauf que cette Hélène Godreau finit par décéder. Maigret va alors se mettre, lentement, à enquêter, sans savoir que deux autres décès, cette fois-ci des assassinats, vont avoir lieu.
Je retrouve avec un double plaisir la plume de Georges Simenon et ce très cher commissaire Jules Maigret. On l’y voit d’abord un peu dolent, se faisant à ces vacances qui se prolongent aux Sables-d’Olonne, observant le paysage humain sans pour autant totalement s’y fondre. Il y lève sacrément le coude avant de se mettre en chasse, mettant à nu une histoire d’amours dévoyées, éconduites et exclusives. Un style toujours aussi brillant, sec et profond (exquis paradoxe), avec quelques passages absolument remarquables d’humanité, de la lettre laissée par Emile Duffieux, parti à la capitale, à sa mère, ou encore les rapports entre Maigret et le médecin, de cordiales à tendues. D’ailleurs, ce médecin est en soi un véritable régal psychologique : irréprochable physiquement, un peu froid, faisant partie du tissu local, admiré, il va révéler des abysses de monstruosité, de sang-froid comme de furies retenues. Alors, certes, l’épilogue ne provoque pas de véritable surprise quant à l’identité du criminel, mais les ressorts mis en œuvre et soulignés à la maestria de l’auteur belge pallient sans le moindre mal ce léger déficit. Dans le même temps, Maigret s’y révèle parfois accort, parfois bougon et grossier, parfois également « en transe » lorsqu’il est en pleine réflexion, ainsi que très énergique, à la limite de la crise cardiaque lorsqu’il se rend chez le tueur en espérant que ce dernier ne va pas commettre un autre forfait. On sent parfois que Georges Simenon a écrit ce roman à toute vitesse (on y retrouve deux fois la phrase « C’est à peine si, maintenant, ses lèvres frémissaient, mais le commissaire ne s’y trompait pas » à quelques pages d’écart) sans pour autant que nous ressentions de la précipitation ou un sentiment de va-vite. Bref, un autre très bon ouvrage, dense et profond, qui régale d’un bout à l’autre.
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MessagePosté le: Sam Jan 01, 2022 8:34 am    Sujet du message: Répondre en citant



Citation:
De la caisse où elle était assise, sereine et vaguement souriante, Fernande avait vu entrer le couple et elle avait compris tout de suite qu’ils venaient pour la première fois. Ils étaient très jeunes tous les deux, vêtus de neuf des pieds à la tête comme de nouveaux mariés qu’ils étaient sans doute, et, la porte franchie, ils s’étaient efforcés de cacher leur surprise et leur hésitation.


Mon vote :

Citation:
… ou comment Auguste Mature, restaurateur et copropriétaire du « Chez l’Auvergnat » dans le quartier des Halles, est pris d’un malaise au terme duquel il décède. Le hic, c’est que sa mort va déboucher sur une âpre lutte entre ses trois fils pour l’héritage. On a Antoine, qui était resté à ses côtés pour s’occuper du restaurant, qui a épousé une ancienne prostituée, Fernande, qui n’a pas pu lui donner d’enfant à cause d’une maladie vénérienne mal soignée, et avec lequel le vieil homme cohabitait en parfaite communion, sans esclandre ni afflux de parole. Il y a également Ferdinand, magistrat, assez effacé et surtout orienté par son épouse, une rapace de premier ordre dans la mesure où le couple gagne chichement son existence et s’est surendetté pour acheter un appartement et qui a deux enfants. Enfin, le fin du fin, Bernard, un bibendum toujours à courir l’argent, constamment embarqué dans des coups financiers soi-disant juteux, mais toujours en quête de monnaie. Ce roman est typique de l’univers de Georges Simenon : une écriture sèche, une histoire simple et crédible, des personnages décrits en quelques traits rapides et habiles, et une noirceur… Ici, il ne faut guère attendre pour voir poindre l’appât du gain, alors que le corps de leur propre père est encore tiède : dès le deuxième chapitre, les premiers mots naissent pour demander des comptes – au sens propre comme au figuré – à Antoine, qui est finalement, avec sa femme, le seul personnage qu’épargne l’écrivain. Les autres sont avides, sans le moindre sentiment, d’un cynisme inouï, guignant un éventuel trésor pour subvenir à leur dispendieux train de vie. Tout, dans ce livre, est sombre, ignoble, malintentionné, et Georges Simenon se lâche comme rarement pour décrire ces petits comportements, ces bassesses, ces vilénies toujours « justifiées » par une enfance prétendument injuste, des comportements passés inadaptés, la présence des enfants, etc. En contrepoint de cette mélodie en mode mineur, la peinture agréable, teintée de nostalgie, de ce quartier des Halles, de la solidarité des Auvergnats, et de tous ces taiseux qui se serrent les coudes sans la moindre volubilité. Une merveille de plus de la part de cet immense auteur belge, et dont j’avais beaucoup apprécié l’adaptation télévisée, que je peux maintenant juger par rapport à l’œuvre originelle : très fidèle, mis à part le rôle du neveu d’Antoine, ici moins sympathique, et un final autour d’une tombe (mais peut-être est-ce une erreur de ma part). L’ouverture du coffre et la découverte de son contenu mettront un terme aux exigences pécuniaires des deux harpagons. Pour qui aime les histoires hautement plausibles, décrivant au vitriol les relations familiales, et sans jamais tomber dans les clichés ni les effets faciles, ce roman est une pure perle, d’une rare concision, à mes yeux l’un des meilleurs de l’auteur.
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MessagePosté le: Lun Jan 03, 2022 1:13 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Magnifique compte-rendu. Hâte de lire ce roman!
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MessagePosté le: Sam Avr 09, 2022 7:13 am    Sujet du message: Répondre en citant



Mon vote :

Citation:
Une tragédie. Un peu plus tôt, cent vingt-huit enfants traités dans un sanatorium sont morts lors d’une catastrophe liée aux intempéries. Maigret a reçu chez lui un coup de fil du ministre des travaux publics, Auguste Point, parce qu’il a reçu de mains de Piquemal le rapport Calame, établi bien avant le drame, et qui prophétisait ce cataclysme. Malheureusement, le rapport a été volé et Point, homme de cœur et d’une immense probité, souhaite que le commissaire le retrouve avant que l’on ne prétende qu’il l’a sciemment détruit pour protéger des hommes politiques.
Encore un très bon ouvrage de la part de Georges Simenon. Pour une fois, pas une enquête criminelle à proprement parler, mais une investigation au cours de laquelle il va falloir remettre la main sur ce fameux rapport, savoir qu’il l’a subtilisé et pourquoi. Ici, Maigret fait beaucoup appel à ses fidèles coéquipiers, ce qui délite parfois un peu l’intrigue avec quelques allers-retours où notre protagoniste est un peu moins mis en avant que dans d’autres des ouvrages. Néanmoins, deux points, excellents, ont marqué mon attention : la diatribe de l’auteur contre la classe politique (ce qui est en outre original dans sa bibliographie), avec les collusions, vilénies, manigances et autres chantages malodorants, où l’on comprend mieux pourquoi Maigret indique qu’il n’apprécie guère ces cercles. Deuxième point, qui en vient presque à contrebalancer le premier : la personne de Point. Résistant zélé et discret dont on n’a su que tard le rôle primordial pendant l’Occupation, c’est un individu intègre, un peu venu à la politique par hasard, tard, alors que tant de ses confrères n’y sont allés que par appât du gain ou des dorures, tremblant pour sa vertu quand il se voit déjà voué aux gémonies pour un forfait dont il est innocent. D’ailleurs, les dernières lignes, en peu de mots, avec une immense pudeur, révèlent l’étendue de sa probité et de sa belle éducation. Bref, un roman qui tranche avec les autres autant qu’un bien beau moment d’une lecture qui nous évite les poncifs du « tous pourris ».
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MessagePosté le: Sam Mai 21, 2022 7:18 am    Sujet du message: Répondre en citant



Citation:
Etienne Lomel ressent depuis quelque temps de vives douleurs à l'estomac, sans qu'on puisse déterminer chez lui une maladie. Il a peur. Sa femme Louise a été mariée une première fois et Etienne était son amant avant que le mari meure. Etienne, au début de son mariage, a entendu par inadvertance une phrase de la concierge disant que Guillaume, lors de sa mort, était devenu si maigre qu'il ne pesait pas plus lourd qu'un enfant de dix ans.


Mon vote :

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Etienne Lomel en est intimement persuadé : on essaie de l’empoisonner. Il est victime de crises depuis quelque temps (nausées, maux de ventre, vertiges, etc.) et notre scrupuleusement ls symptômes. La seule personne qui peut lui faire subir en catimini ce calvaire ne peut être que son épouse, la belle et désirable Louise. Le doute se met à le ronger encore plus sévèrement que ce que l’on essaie de lui faire ingurgiter à son insu, et il en vient autant à s’interroger sur son couple que sur les raisons qui pourraient pousser Louise à vouloir le tuer : et s’il était en train de subir le même sort que Guillaume, le premier mari de sa femme, qui, à sa mort, « était si maigre, quand il est mort, que les hommes qui l’ont mis dans le cercueil […] ont dit qu’il ne pesait pas plus qu’un enfant de dix ans » ?
Une énième réussite littéraire pour Georges Simenon dont je ne me lasse pas de découvrir l’immense œuvre, avec un plaisir constant. Des mots simples, des évocations fulgurantes, des images qui saisissent, et des interrogations pertinentes de lucidité quant au devenir d’un couple apparemment lambda. J’avais vu l’adaptation télévisuelle (avec Laurent Gerra, assez mauvais selon moi, et Annelise Hesme, solaire comme à son habitude), et je découvre que ce roman a été assez fidèlement adapté. Une belle économie de moyens pour un résultat à la fois sulfureux, impressionnant de maîtrise, et un récit qui jamais n’ennuie alors que tout y est pourtant assez calme et apaisé. La manière si singulière que l’écrivain a de faire naître la suspicion chez Etienne est remarquable, avec notamment un final sombre et épuré, d’une rare habileté, et qui s’impose comme un épilogue au moins aussi réussi que tout ce qui l’a précédé. Bref, un nouveau coup de cœur pour ce roman noir intemporel et prodigieux de percussion psychologique.
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