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Polars Pourpres

Les romans de Georges Simenon
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Lucas 2.0
Meurtrier


Age: 44
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Localisation: Pays de Fontainebleau (77)


MessagePosté le: Dim Oct 18, 2020 10:23 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un petit topo sur les Maigret écrits autour de 1950. Période sympathique en terme de lecture, peu de déchets au niveau des titres, une des plus plaisante après celle de ses débuts en 1930. La guerre commence à être un lointain souvenir, et çà sent à plein nez la période polar des années 50. Pour les nostalgiques des films noir & blanc de l’époque, ceux avec Ventura, Gabin, Audiard, et tout un tas de gars moins connus mais aussi talentueux.

C’est plutôt diversifié cette fois-ci, dans le dénouement des intrigues, et dans les situations dans lesquelles le commissaire se trouve (témoin d’un procès, biographe, établissant son QG chez l’habitant) :



Pour les avis, le site PP, pour la lecture, des intégrales existent.

Un petit coup de cœur particulier aux « Mémoires de Maigret », où Simenon met en scène ses souvenirs à la PJ de la plus belle des manières. A noter que tous ces romans ont été écrits en Amérique, où il résidait.

Alors dans les clichés Simenon = atmosphère, l’auteur nous fait découvrir :
- L’ Arizona, dans « Maigret chez le coroner »,
- La côte Normande où il enquête souvent, à Etretat, dans « Maigret et la vieille dame »,
Le reste à travers Paris.

Et on continue de tout savoir sur la famille Janvier, son adjoint ayant eu chaud dans « Maigret en meublé ». Il a failli y rester. De quoi mettre en émoi sa femme (et ses enfants) que l’on découvre.
Sur le coup il a eu plus de chance que Torrence, qui se fait tuer dès le premier roman de la série, « Pietr le Letton ». Et hop, ni vu ni connu, Simenon l’a quand même ressuscité quelques temps plus tard...

Bonne lecture,
_________________
"- Qu'est-ce qu'il écrit ? Elle sécha ses larmes. - De belles choses, Sébastien. De très belles choses." Colize, Toute la violence des hommes
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JohnSteed
Serial Killer : Patrick Bateman



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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Ven Oct 23, 2020 9:55 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je poursuivis ma découverte (ou ma relecture pour certains) des romans durs de Simenon, suite à l'acquisition récente du volume 5 publié chez Omnibus.



Mon vote : 8/10

Citation:
En ce dimanche matin, le Docteur Bergelon, médecin de famille dans cette ville provinciale de Bugle, se réveille avec la gueule de bois. Ce n’est pas tant la soirée très arrosée de la veille que l’accouchement malheureux de Mme Cosson qui le met dans cet état : l’enfant et la mère sont décédés. Le mari demande des comptes à Bergelon et le menace de mort. C’est l’effondrement pour Bergelon. Il se rappelle la soirée où le Docteur Mandalin, chef de la clinique, avait voulu fêter leur partenariat. Ils avaient bu plus que de raison, et repoussé l’accouchement de Mme Cosson.
Mais cette menace, Bergelon la voit de manière positive. Et si c’était après tout un mal pour un bien ? Une ouverture vers la liberté, sa liberté ?

Avec Bergelon, Simenon nous dépeint un homme prisonnier des valeurs de la société, de ses principes et obligations. Mais peut-on vraiment s’affranchir de notre vie ? L’auteur belge nous offre une merveilleuse introspection d’un homme en pleine période de crise identitaire.
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Le Juge Wargrave
Ishigami le Dharma


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Messages: 7600
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Sam Oct 24, 2020 10:43 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour cette critique qui donne très envie de découvrir ce titre de Simenon. Wink
_________________
La vie ne devrait consister qu'à trouver les bons mots au bon moment. (Tété, Emma Stanton, 2003).
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JohnSteed
Serial Killer : Patrick Bateman



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Messages: 558


Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Dim Oct 25, 2020 7:12 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Mr le Juge. Hâte d'avoir ton retour (pour celui-ci et Malempin). Wink Cool Laughing
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El Marco
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Lun Jan 11, 2021 7:33 pm    Sujet du message: Répondre en citant



Mon avis :

Citation:
… ou le récit de Jérôme Lecœur qui, enfant a vécu une succession d’événements mémorables alors que sa ville normande était battue par une pluie noire : son amitié atypique avec Albert Ramburges, avec lequel il n’a pourtant jamais échangé un mot ni ne l’a même touché, simplement en l’observant depuis sa fenêtre ; l’arrivée dans le foyer de la venimeuse et horrible tante Valérie qui souhaite récupérer sa maison pour la léguer aux parents de Jérôme, mais uniquement pour pouvoir y vivre à leurs côtés ; et l’ambiance fiévreuse lié à un récent attentat orchestré par les anarchistes et dont Gaston, le père d’Albert, pourrait être l’un des instigateurs. Mais Jérôme a des soucis de mémoire, recolle les morceaux comme il peut, et ça n’est quand dans les dernières pages que tout se résoudra en parlant avec sa mère, désormais bien âgée, notamment à propos de ce qui est arrivé à Albert, Gaston et Valérie. Ainsi résumé à la va-vite, ce roman peut donner l’impression d’être fiévreux, endiablé, mais on est chez l’immense Georges Simenon, ici, et cette fièvre, pourtant bien présente, cède le pas à un récit en apparence calme, assagi, parfois kaléidoscopique, dont le narrateur recoud les morceaux à mesure qu’il s’en souvient. Ce qui m’a le plus marqué dans cet opus, c’est d’ailleurs ce paradoxe, encore plus qu’avec toutes mes autres lectures des ouvrages du maître belge : cet étonnant paradoxe, puisqu’il y a beaucoup d’événements, et dans le même temps, on a l’impression qu’il ne s’y passe rien. C’est une remarquable tranche de vie, avec même plusieurs tranches puisqu’il y a diverses vies qui sont étudiées, et je retiendrai volontiers ce feu d’artifice flamboyant. Le personnage de tante Valérie, dont les descriptions physiques sont de petits bijoux d’acide, sans compter son âme envenimée, malveillante, prête à instiller le poison de son fiel en tous lieux et en toutes occasions, que ça soit dans sa propre famille comme lors des manifestations en fin d’ouvrage. La relation sibylline entre les deux enfants, si baroque puisqu’au final, ils ne se connaissent pas. Jérôme, en enfant qui sait se protéger du monde des adultes en retrouvant son univers aérien et innocent, ce qui ne l’empêche nullement d’affronter verbalement sa tante ou tenter de venir en aide à une femme en étant sur le point de lui offrir de la nourriture. La foule, animaux en meute, masse sombre et abêtie, satisfaite de pouvoir hurler avec ses semblables, que ça soit pour souhaiter le lynchage d’un homme dont ils ne savent rien ou pour demander la mort de policiers, comme ça, pour rien. Et puis, il y a aussi des moments de pure grâce, qu’elle soit profondément poignante (quand Jérôme découvre l’existence d’un autre membre de sa famille et qui n’a pas survécu), d’un humour à froid particulièrement inattendu (ah, le coup des poireaux…) ou quand Georges Simenon évoque la force des souvenirs, le passé, les troubles mémoriels, le tout à travers les yeux et les mots d’un gosse dont les attitudes et réparties sont retranscrites avec maestria. Bref, un roman qui aura eu un immense impact sur moi et dont je me souviendrai encore très longtemps, et selon moi l’un des meilleurs de Simenon.
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El Marco
Charlie "Bird" Parker (modo)


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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Mer Fév 24, 2021 8:13 am    Sujet du message: Répondre en citant



Citation:
Enfant déjà il savait qu'il ne serait ni ouvrier, ni artisan, ni commerçant, qu'il vivrait comme le premier clerc vu chaque dimanche à la messe, toujours correct, avec un rien de lenteur majestueuse. Le fils Cardinaud a tenu ses promesses. M. Mandine, l'assureur des Sables-d'Olonne, parle de lui comme son successeur. On le salue en ville. Jusqu'à ce que sa femme le quitte avec l'argent du ménage. Lui qui croyait être devenu quelqu'un est rappelé à sa condition de roturier. Le voile se déchire. Cardinaud découvre un monde de laideur où seule son intuition, comme son amour, pourra désormais le soutenir. Une seule certitude : il retrouvera sa femme.


Mon vote :

Citation:
… ou comment Hubert Cardinaud, employé d’assurances à qui son patron a d’ores et déjà fait comprendre qu’il sera son successeur, se rend compte en rentrant de la messe que son épouse, Marthe, l’a quitté, emportant avec elle trois mille francs. Il apprendra assez rapidement qu’elle est partie avec Emile Chitard, dit « Mimile », dit « Le fils à Titine ». Dès lors, il ne va avoir qu’une obsession : la récupérer. J’ai retrouvé le style de l’immense auteur belge, avec la concision de son histoire, sa construction de prime abord très simple, et sa plume acide. Ici, ce qui m’a davantage marqué que la quête de Cardinaud, c’est tout ce qui est périphérique, satellitaire à cet homme abandonné par sa femme et la mère de leurs deux enfants. Il y a la description acerbe du milieu d’où provient Hubert, cette basse extraction de vendeurs de sardines et autres petits métiers (la rencontre avec Lucien, l’un de ses frères, est de ce point de vue admirable), la veulerie de la populace lorsque cette dernière apprend les infidélités de Marthe (la lettre anonyme, les regards lâchés en coin, les propos que Cardinaud devine sans mal), et cette forme de Chemin de Croix que va devoir emprunter Hubert pour remettre la main sur Marthe. Une écriture toujours aussi paradoxale, à la fois prenante et passionnante tout en étant sèche et minimaliste, sans la moindre réelle action ou péripétie, se cantonnant à quelques déambulations en Vendée et un minuscule flash-back à Port-Gentil pour évoquer le caractère déjà misérable (la tentative de vol de la montre) de Mimile. En revanche, j’ai trouvé quelques longueurs (pour un roman d’environ cent soixante dix pages, tout est relatif…) dans le dernier tiers de l’ouvrage, ce qui n’enlève rien aux mérites de ce livre fort bien écrit, d’une crédibilité sans faille, et à hauteur d’homme.
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El Marco
Charlie "Bird" Parker (modo)


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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Mer Mar 31, 2021 4:18 pm    Sujet du message: Répondre en citant



Citation:
Le commissaire Maigret est informé que le corps d'une jeune fille, habillée en robe de soirée, est retrouvée dans un square parisien. Personne ne sait rien d'elle, sauf qu'elle est issue d'un milieu extrêmement modeste.


Mon vote :
Citation:

… ou comment le commissaire Maigret en vient à enquêter sur la mort d’une jeune inconnue, découverte place de Vintimille, en allant chasser la vérité sur les terres de l’inspecteur Lognon, et graduellement découvrir l’identité de la victime – Louise Laboine –, reconstituer son passé et découvrir qu’elle aura surtout été, bien malheureuse, le jouet d’une triste association et frappée par un destin affligeant. J’ai adoré retrouver le style de Georges Simenon, sec, rogné jusqu’à l’os, mettant en relief des portraits parfois attachants, parfois détestables. Notre limier va faire preuve d’une immense empathie pour la pauvre Louise, et reconstituer, pas à pas, ce qui a mené la jeune femme à la mort, avec les racines du fléau qui va la toucher commençant aux Etats-Unis. Une intrigue prenante et efficace, qui commence très vite dans le roman, presque sur les chapeaux de roues, et ne perd jamais cette cadence dynamique. Si je ne suis pas certain de me souvenir très longtemps du cœur de l’histoire, en revanche, je sais que deux éléments me marqueront : la manière dont Louise aura été maltraitée par la fatalité – les dernières pages où Maigret évoquent la succession de hasards, coups du sorts et autres malveillantes infortunes qui l’ont conduite au trépas sont mémorables, ainsi que le portrait en creux de Lognon, dit le « Malgracieux » : chétif, constamment malade, n’ayant pas les ressources intellectuelles pour intégrer le prestigieux service de police de Maigret, il vivra souvent l’apparition de notre commissaire dans « son » enquête comme une intrusion, au même titre que sa propre femme. Un autre bon opus d’une foisonnante bibliographie, qu’il s’agisse de celle de Georges Simenon ou de celle mettant en scène Jules Maigret. A mes yeux, probablement pas le meilleur, certes, mais il entretient avec qualité et élégance la flamme de la passion que je voue à l’auteur belge.
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