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Nulle part sur la terre - Michael Farris Smith (Sonatine)

 
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norbert
Serial killer : Hannibal Lecter


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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Mer Aoû 30, 2017 5:14 am    Sujet du message: Nulle part sur la terre - Michael Farris Smith (Sonatine) Répondre en citant

Après Une pluie sans fin publié chez Super 8 (et en poche chez 10-18 ), Nulle part sur la terre, le nouveau roman de Michael Farris Smith, vient de paraître chez Sonatine, traduit par Pierre Demarty.






Le livre :

Les oubliés du rêve américain.

Une femme marche seule avec une petite fille sur une route de Louisiane.
Elle n’a nulle part où aller.
Partie sans rien quelques années plus tôt de la ville où elle a grandi, elle revient tout aussi démunie.
Elle pense avoir connu le pire.
Elle se trompe.

Russel a lui aussi quitté sa ville natale, onze ans plus tôt.
Pour une peine de prison qui vient tout juste d’arriver à son terme.
Il retourne chez lui en pensant avoir réglé sa dette.
C’est sans compter sur le désir de vengeance de ceux qui l’attendent.

Dans les paysages désolés de la campagne américaine, un meurtre va réunir ces âmes perdues, dont les vies vont bientôt ne plus tenir qu’à un fil.

On a envie de comparer Michael Farris Smith à Sam Shepard ou à Cormac McCarthy, tant on a besoin de repères quand on assiste à la naissance d’un écrivain majeur. Ce serait faire erreur. Michael Farris Smith possède en effet un style et un talent d’évocation totalement singuliers qui vont droit au cœur du lecteur. Avec ces personnages qui s’accrochent à la vie envers et contre tout, il nous offre un magnifique roman sur la condition humaine, qui ne quittera pas nos esprits avant longtemps.



« De temps à autre apparaît un auteur amoureux de son art, du langage écrit et des grands mystères qui résident de l'autre côté du monde physique. Il y avait William Faulkner, Cormac McCarthy ou Annie Proulx. Vous pouvez maintenant ajouter Michael Farris Smith à la liste. »
JAMES LEE BURKE

« Nulle part sur la terre nous parle d'un homme et d'une femme marqués au fer rouge par la violence avec un rythme et une élégance sans faille. Ces personnages qui auraient pu être réduits au statut de stéréotype entre des mains moins expertes prennent vie, et nous en arrivons à trembler pour eux en les regardant essayer de reconstruire leur existence. Un tour de force. »
RON RASH

« Un roman qui offre grâce et dignité aux damnés de la terre. Nulle part sur la terre est un roman courageux, guttural et férocement sincère. Michael Farris Smith a su tout simplement trouvé sa place parmi les meilleurs auteurs de notre temps. »
DAVID JOY





>> Le site de l'auteur : https://michaelfarrissmith.com/

>> Sa page Facebook : https://www.facebook.com/MichaelFarrisSmith





L'auteur :

Michael Farris Smith est né dans le Mississippi, mais a longtemps vécu à l'étranger, en France et en Suisse.
La Mississippi Arts Commission et l'Alabama Arts Council lui ont tous deux attribué une bourse d'écriture (respectivement la Literary Arts Fellowship et le Fellowship Award for Literature).
Il a remporté le prix de la fiction de la Transatlantic Review et le prix de la nouvelle de Brick Streets Press.
Ses nouvelles ont aussi été nominées par deux fois pour le Pushcart Prize, et ses oeuvres (de fiction ou non) ont été publiées dans de nombreuses revues et anthologies littéraires.
Il a suivi les cours de l'université d'Etat du Mississippi puis, plus tard, ceux du Center for Writers de l'université du Southern Mississippi.
Il vit maintenant à Colombus, dans le Mississippi, avec sa femme et leurs deux filles.
Après Une pluie sans fin (Super 8 éditions, 2015), Nulle part sur la terre est son deuxième roman.



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« Les nouvelles sont à la littérature ce que la dégustation est à la gastronomie. »
Francis Geffard, éditeur, directeur de la collection Terres d'Amérique chez Albin Michel.
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norbert
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MessagePosté le: Mer Aoû 30, 2017 5:33 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Yan sur Encore du Noir :

Citation:

Nulle part sur la terre, de Michael Farris Smith



Paru il y a deux ans aux éditions Super 8, Une pluie sans fin, de Michael Farris Smith, était un assez bon roman post-apocalyptique dont on espérait alors qu’il annonçait pour la suite des écrits encore meilleurs.
Michael Farris Smith est donc de retour avec Nulle part sur la terre, roman au décor plus sobre mais aux personnages bien plus fouillés et intéressants.


Maben erre avec sa fille le long d’une route entre Louisiane et Mississippi, revenant vers une ville dont elle est partie des années plus tôt.
Toutes ses possessions tiennent dans un sac-poubelle et l’avenir – immédiat comme plus lointain – s’annonce bien sombre.
Au point d’envisager même de vendre son corps pour gagner de quoi avancer encore de quelques dizaines de kilomètres et nourrir la petite Annalee.


Russel, lui, sort de prison après une peine de onze ans.
Lorsqu’il descend du car qui le dépose dans la petite ville du Mississippi d’où il est originaire, un comité d’accueil l’attend pour le passer à tabac.


Finit-on jamais de payer ses erreurs ou celles des autres ?
Peut-on briser le cercle de la violence et de la vengeance ?
Peut-on enrayer le mécanisme de la chute ?
Autant de questions que posent les destins entrecroisés puis même entremêlés de Maben et de Russel.
Rien de bien exceptionnel donc pour un roman noir en général et pour un de ces romans du sud-est américain auxquels on commence maintenant à être habitués en particulier.
James Lee Burke, cité en quatrième de couverture, compare Michael Farris Smith à Annie Proulx, Cormac McCarthy et – c’est un peu devenu la tarte à la crème pour tout écrivain sudiste – à Faulkner.
Peut-être parce que je suis à côté de la plaque, au jeu des comparaisons j’ai plutôt pensé à Larry Brown.
À cause du cadre bien sûr, ce Mississippi rural, ses petites communautés dans lesquelles tout le monde se connaît, où les amitiés comme les haines s’ancrent avec force, mais aussi pour la capacité de Michael Farris Smith a incarner des personnages complexes, tiraillés entre leurs instincts et leur raison, leur profond désir de liberté et la nécessité de gagner une forme de rédemption, le besoin d’essayer de recoller des morceaux dont ils savent qu’en fin de compte ils ne pourront jamais reformer la perfection de ce qui a été et n’est définitivement plus.


Tout cela, Michael Farris Smith le fait avec une grande finesse, évitant toujours le pathos inutile et la facilité qui consisterait à faire de ses deux personnages principaux de simples innocents injustement chahutés par la vie.
Ni Maben ni Russel ne sont des salauds, certes, et sans doute ne méritent-ils pas le sort qui semble s’acharner sur eux, mais ils ont fait et continuent de faire des choix, bons et mauvais.
Leur rencontre en est la conséquence et elle portera son lot de douleurs mais aussi de véritables moments de grâce.


Nulle part sur la terre est ainsi une histoire simple avec des personnages compliqués placés face à des choix douloureux.
C’est surtout un beau roman.



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norbert
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MessagePosté le: Sam Sep 02, 2017 5:46 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Christophe Laurent sur The Killer Inside Me :

Citation:

Nulle part sur la terre : un deuxième roman bien meilleur



Franchement, Michael Farris Smith s'était pris les pieds dans le tapis avec Une pluie sans fin paru chez Super 8 (lire ici) il y a deux ans.
Son Nulle part sur la terre (Sonatine cette fois) partait donc avec un handicap.
Un a priori.
Mais il y a eu quelques critiques positives et ce mot de James Lee Burke, himself, « un auteur amoureux de son art ».
Même si la quatrième de couverture va un peu loin en parlant de Sam Shepard et Cormac Mc Carthy, la curiosité était déjà là.


Et ça commence fort.
Un terrible accident de la route nocturne, racontée par une témoin.
Puis une scène de viol par un flic qui se fait lester de plomb par sa victime.
Quarante premières pages qui happent, très rythmées, bien écrites, réalistes, sans verser dans l'exagération.
Est-ce le même auteur qu'Une pluie sans fin ?
Oui.
Parce que le héros de ce deuxième roman est un taulard fraîchement sorti de prison qui revient dans sa petite ville en Mississippi et Louisiane, un trentenaire qui s'occupait de retaper des maisons avec son père.
Dans Une pluie sans fin, le personnage principal, Cohen, était déjà lui maçon.
Fin de la ressemblance.
Ou presque, puisqu'il s'agit encore de destins qui vont se croiser mais avec cette fois un réalisme social saisissant.


Maben, la femme donc qui a trucidé le ripoux, traverse ce comté de Pike (bonjour Whitmer !) avec sa petite fille de cinq ans, à la recherche d'un toit, d'un petit boulot mais surtout d'une parenthèse, d'un peu de repos, poursuivies qu'elles sont par le mauvais sort, les sales coups.
Russell, l'ex-taulard, lui, se fait déboîter la face à peine arrivé dans son bled, par les frères du jeune qu'il a tué au volant.
Conscient d'avoir ruiné sa vie (11 ans pour un accident de la route mortel, ça rigole pas dans le Sud), mais aussi sans doute un peu celle de son père, de la femme qu'il aimé, Russell veut se tenir peinard, jusqu'au moment où Maben le braque avec le flingue du flic qu'elle a tué.


Michael Farris Smith a su construire une histoire forte, crédible, comme un fait divers, un roman noir sur, non pas les miséreux, mais les malchanceux ou plutôt ceux qui n'auront pas eu de seconde chance et qui n'en finissent pas de payer un mauvais choix, le premier, le seul.
Outre Maben et Russell, l'auteur a particulièrement réussi ses personnages secondaires : le père, Boyd, l'ami policier et surtout Larry, véritable crevure :

« mais cette sérénité pouvait tout aussi bien se briser et s'éparpiller dans les recoins les plus sombres de la campagne quand il était soudain submergé par les pensées haineuses qui l'habitaient - l'épouse qu'il n'avait plus et le fils qu'il ne pouvait plus voir et la femme qui était la sienne aujourd'hui et les hommes qui fricotaient avec elle et les morts qui ne reviendraient jamais et les vivants qui reviendraient toujours. Et alors il enrageait contre l'objet le plus saillant de sa haine, et il regardait dans le rétroviseur et cet objet était là et luis rendait son regard, et il était facile de haïr tout le reste, mais se haïr soi même était une torture et c'était dans ces moments d'introspection au comble de l'ivresse et de l'ignominie, qu'il comprenait qu'il finirait un jour par tuer l'homme, Russell Gaines, qui avait tué Jason. »


Sans être génial, Nulle part sur la terre distille une très belle tension et un suspense réel.
Sans oublier d'évoquer ce Sud des Etats-Unis, ces bars, ces routes de nuit, ces shériffs.
Pas de clichés, pas de cartes postales, une présence forte mais pas omniprésente.
Bref, un bon moment de lecture.
Et, par contre, une seconde chance pour Farris Smith.



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MessagePosté le: Mar Sep 05, 2017 9:40 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Jean-Marc Laherrère sur Actu du Noir :

Citation:

Beau roman de Michael Farris Smith



On avait découvert Michael Farris Smith avec Une pluie sans fin, roman post apocalyptique qui ne m’avait convaincu qu’à moitié.
Il revient avec Nulle part sur la terre, à mon humble avis beaucoup plus abouti.


McComb, petite ville du Mississippi à la limite de la Louisiane.
Russell y revient après 11 ans de prison.
Entre temps sa mère est morte, mais son père est toujours en ville.
Ainsi que deux frères, Larry et Walt, qui veulent se venger de ce qu’il a fait, onze ans auparavant.

Sur la route venant de Louisiane, Maden et Annalee, sa fillette, marchent, brûlées par le soleil, épuisées, avec pour seul bagage un sac poubelle qui contient toutes leurs possessions.
Maden veut atteindre McComb où, si ses souvenirs sont exacts, un foyer d’accueil de femmes seules pourrait leur permettre de souffler quelques jours.

Dans les jours à venir les destins de ces trois personnes vont se mêler.


Deux remarques pour commencer.


La première, oui on est un peu submergés depuis quelques mois par les romans sur les petits blancs du sud.
Oui ça peut devenir une mode aussi agaçante que celle des romans scandinaves.
Mais non, Nulle part sur la terre n’a pas grand-chose à voir avec les histoires de ploucs qui produisent de la meth dans des vallées perdues et se massacrent hardiment.
Avec tout le bien que je peux penser de certaines histoires de ploucs qui…


Ce qui m’amène à la deuxième : Si Une pluie sans fin péchait par un manque de profondeur des personnages au profit de la « simple » description d’un paysage apocalyptique, ce qui fait justement la qualité de ce nouveau roman, c’est la force de ses personnages.
Sans grandes actions dramatiques, sans fusillades, sans méchant diabolique.
On est ici plus proche de Daniel Woodrell ou de Larry Brown que d’un Pollock ou d’un Withmer.


Car même si on a le droit, sur la fin, à une réflexion sur le Bien et le Mal (on est quand même chez ces sacrés cul-bénits de ricains), aucun des personnages n’est l’incarnation de l’un ou de l’autre.
Ce sont juste des gens qui ont fait des choix, parfois de petits choix, mais qui s’avèrent lourds de conséquences.
Et d’autres personnes de la petite ville de McComb qui vont être amenées à faire d’autres choix, plus ou moins importants, qui pourraient changer leur vie, ou celle de ceux qu’ils croisent.


Tout cela dans une petite ville où l’on s’ennuie, où l’on se distrait en roulant la nuit, vitres ouvertes, une bière entre les jambes.
Une petite ville avec son lot de brutes, de gens bien et d’imbéciles.
Sans grand diable ni chevalier blanc.


Une ville et des gens que l’auteur prend le temps de décrire avec beaucoup de tendresse, de compréhension, sans cacher leurs défauts, leurs conneries, leur détresse, leurs joies et leurs moments de grandeur.
Au gré d’une intrigue qui nous amène, lentement mais sûrement, vers une violence inévitable.


Et tout au long du chemin, des moments durs, noirs, mais aussi des moments lumineux comme ces minutes très fortes, sans un mot ou presque, entre un père et son fils assis au bord d’un étang.
Un beau roman.



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MessagePosté le: Mer Sep 06, 2017 8:36 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Claude Le Nocher sur Action-Suspense :

Citation:

Michael Farris Smith : Nulle part sur la terre (Éd.Sonatine, 2017)

[...]


« Il pensa au flic assassiné. Se demanda si sa mort avait été clémente. Comme la mort clémente qu’il avait tant de fois appelée de ses vœux, la nuit, quand il n’arrivait pas à fermer l’œil, terrorisé à l’idée de ce qui l’attendait le lendemain. Lui ou le type d’à côté.
Rentre chez toi, avait dit Boyd. Il secoua la tête. Songea que Larry et Walt étaient peut-être en ce moment même en train de l’attendre sur le perron de sa maison. Ou derrière. Ou cachés dans un placard. Il continua à marcher et à boire et à gamberger. Parfois il s’adressait tout haut aux étoiles. Parfois il donnait des coups de pied dans l’herbe.
Il savait que tôt ou tard il se rendrait à cette adresse pour en avoir le cœur net, vérifier si elle était toujours là, et pourquoi pas maintenant après tout ? Il remonta dans le pick-up et fit demi-tour. Franchit la barrière défoncée et alluma une cigarette. Puis il reprit la 48 en direction du sud et se mit en route vers Magnolia. »



La ville de McComb existe vraiment.
Elle est située à moins de deux cent kilomètres au nord de La Nouvelle Orléans, à peine deux heures de route.
Pour l’anecdote, c’est la ville natale de la chanteuse Britney Spears et de sa famille, ainsi que du bluesman Bo Diddley (1928-2008).
Il s’agit d’une ville assez typique du Sud des États-Unis, ni déplaisante, ni attirante.
Plus sûrement un endroit où l’on passe qu’un lieu où l’on s’installe.
C’est ce que suggèrent les premières pages du roman, sur l’aire d’autoroute.
Malgré tout, c’est bien là que – chacun de son côté – reviennent Russell et Maben.


Il est possible que Nulle part sur la terre ait pu se dérouler dans un autre décor.
Mais le sud du pays semble propice à ce genre d’âpres romans noirs, comme l’ont démontré bon nombre d’auteurs américains.
Question "d'identité", de racines et d’ambiance, on peut l’imaginer.
Michael Farris Smith esquisse tout cela, sans imposer de clichés.


Aussi chaotique soit-il, c’est leur destin qui guide Maben et Russell.
Dans le passé de ces deux-là, il s’est produit un point de non-retour, début des épreuves auxquelles l’un et l’autre ont été confrontés.
Si Russell et Maben se sont marginalisés, l’auteur n’en fait pas des gens strictement fragiles.
Dans le cas de Russell, il a été capable de résister à de longues années d’enfermement, puis à une conseillère en réinsertion antipathique, à l’idée que son père ait refait sa vie, et à la hargne du brutal Larry.
Dans celui de Maben, quatre ans à errer de ville en ville à travers la Louisiane, vivotant avec une enfant en bas-âge, ça exige aussi de savoir se défendre afin de ne pas sombrer.


Aux yeux du monde, ils passent peut-être pour des perdants, des ratés, mais ce n’est pas la vérité.
Car de la volonté, de l’opiniâtreté, ils en ont à revendre.
Ce qui, pour Russell, n’est pas sans inquiéter son copain, le policier local Boyd Wilson.
Ils eurent autrefois un coach qui les éduqua à la confiance, ça va jouer au cours de cette histoire.
À propos de la petite Annalee, l’auteur a l’intelligence de ne pas tomber dans le pathos.
Avec sa mère, leur vie est au comble de l’instabilité, c’est exact.
Toutefois, une forme de résilience s’est certainement développée aussi chez l’enfant.
Quant à Maben, jusqu’ici, ce ne sont pas les hommes qui lui ont permis d’améliorer son sort, au contraire.
Voilà un remarquable roman, riche d’humanité.



>> Lire l'intégralité de la chronique ici


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MessagePosté le: Ven Sep 08, 2017 11:27 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de La Livrophage :

Citation:

« Nulle part sur la terre » – Michael Farris Smith – Sonatine Editions, traduit par Pierre Demarty



« Le vieil homme avait presque atteint la frontière de la Louisiane quand il les aperçut qui marchaient de l’autre côté de la route, la femme avec un sac-poubelle jeté sur l’épaule et la fillette derrière elle traînant les pieds. Il les regarda quand il les dépassa puis il les regarda dans le rétroviseur et il regarda les autres voitures les ignorer comme de simples panneaux de signalisation. Le soleil était au zénith et le ciel limpide, et s’il ne savait rien d’elles il devinait au moins qu’elles devaient avoir chaud, alors il prit la première sortie, traversa le pont de l’ autoroute I-55 dans l’autre direction, vers le nord. Il les avait vues quelques kilomètres plus tôt et il continua de rouler en se demandant ce qu’elles pouvaient bien fabriquer là. Il espérait qu’elles avaient une foutue bonne raison. »


Ce sont Maben et Annalee, mère et fille, qui marchent sans trop savoir où elles vont.
Sous la chaleur étouffante du sud, avec un piètre bagage, la faim au ventre et une petite poignée de billets, de quoi tenir à peine quelques jours, elles marchent.


Dès les premières pages, ce roman m’a frappé par son écriture.
Le rythme choisi et l’atmosphère qui s’en dégage.
Langueur, lenteur, des phrases le plus souvent assez courtes, et puis une plus longue comme une expiration.
Un souffle, une respiration et la chaleur.
Et en avançant au fil des pages, on se rend compte que cette écriture crée en même temps une extraordinaire tension, dans le récit et le suspense.
Enfin « suspense », le terme n’est pas tout à fait le bon peut-être bien pas assez fort, plutôt « tension » , comme une attente de quelque chose dont on ignore tout, mais qu’on redoute ; on se pose beaucoup de questions en découvrant l’histoire, celle de Maben qui forcément va converger avec celle de Russell, sorti de prison après avoir purgé une peine de 11 ans.
Il faut du temps pour que tout s’emboîte, pour qu’on comprenne le drame qui a tissé ces destins, les injustices et les humiliations.
On suppose, on cherche à comprendre, on est maintenu dans une attente vraiment formidable pour le lecteur.
Maben passe son temps à fuir, sa condition de femme engendre des violences, quelque chose d’inéluctable qui n’en finit pas.


Pour Russell c’est bien différent.
Il a causé la mort du jeune Jason – on ne sait comment qu’à la fin – , il a purgé sa peine et il rentre chez lui où il retrouve son père, Mitchell, avec sa compagne Consuela, une femme elle aussi blessée par la vie et à qui Mitchell a donné la paix :

« Elle avait mis tout ce qu’elle possédait au monde dans une taie d’oreiller et puis elle était montée dans le pick-up avec Mitchell et ils étaient repartis vers le Mississippi, laissant derrière eux le soleil qui se couchait dans un ciel limpide, comme poussés par la nuée des lueurs rouges et rose pâle. Entre eux, le silence. mais un silence pas comme les autres. Un silence partagé. »


Russell retrouve un toit, de l’affection – son père l’accueille avec beaucoup de pudeur mais ils s’aiment, ça se sent – et un métier.
Cependant, restent Larry et Walt, les frères de Jason et Larry en particulier va accueillir Russell à sa façon.
Même si la prison est violente au quotidien, Russell va devoir se prémunir de Larry.
C’est un homme en colère; son petit frère est mort et la femme de sa vie l’a quitté, son fils l’ignore.
Là, une scène sidérante sur le terrain de foot, où l’on comprend à quel point Larry est atteint et se sent déchu de tout, dépossédé et dans une rage meurtrière – où on peut saisir aussi le fait qu’il soit seul et rejeté de son fils, Larry inspire la pitié – pas de l’empathie, de la pitié – car au fond, il n’a que la violence pour langage.
Son fils refuse de lui parler, réaction ( exemple de rythme, phrases brèves puis une phrase longue, sans ponctuation comme une expiration, un souffle ) :

« Il alla ramasser son gobelet. Le vida d’un trait et sentit l’alcool lui brûler la gorge. Puis il donna un grand coup de batte contre le grillage et le bruit résonna en écho sur tout le terrain et l’arbitre et les coachs et les gamins en place et les gamins dans la fosse et les spectateurs sur les gradins et les gens en train de fumer à l’écart tournèrent tous la tête vers la droite du côté du type à la batte. Il la brandit et frappa de nouveau le grillage et gueula et maintenant on va voir si tu me parles pas nom de Dieu. »


Russell constitue donc un excellent défouloir, rendu responsable de tout ce qui va mal dans la vie de Larry.
Une scène extraordinaire de brèves retrouvailles entre Russell et sa promise d’avant le drame, de bons croquis des soirs au café, beaucoup d’alcool et des rencontres…


Enfin dans les personnages importants, il y a Boyd et j’ai aimé Boyd car il est par excellence le personnage qui tient les destins de Russell et Maben entre ses mains ; Boyd est un homme bon, un policier qui fait ce métier par sens de la justice, parce qu’il défend certaines valeurs.
Il a celle de l’amitié et Russell était et reste son meilleur ami.
On en rencontre de bien pires dans ce livre, des policiers, dont un qui déclenche réellement le début de l’intrigue.
Boyd est bon et juste et il a un rôle essentiel dans le déroulement de l’action, et grâce à Boyd l’auteur nous offre une fin superbe où le policier se remet profondément en question.
Une réelle réflexion à propos de ce qui est bien ou mal à ses yeux d’homme, pas qu’à ceux de l’homme de loi qu’il est, une réflexion intelligente et sensible parce que son ami Russell est impliqué, parce qu’il le connait bien et qu’il l’aime.
Quelle belle fin cela donne !
Inattendue peut-être, sûrement, et le moment qui clôt en beauté ce magnifique roman.


« Il avait toujours aimé l’insigne. et la loi parce que cela lui permettait de savoir où était le bien, où était le mal, et désormais il était perdu, flottant entre ces deux notions, et ce n’était pas sa faute mais peu importait. Il en était là. […] Il laissa son bras dehors et garda sa main ouverte et puis il ralentit et s’arrêta. Coupa le moteur. Éteignit les veilleuses. L’obscurité silencieuse devant lui et derrière lui et autour de lui. Il frotta ses mains l’une contre l’autre. Se frotta le visage. Se laissa aller contre l’appuie-tête. et il demeura là, hébété par le poids de la couronne qui lui avait été donnée. »


Je ne peux pas finir ce petit article sans parler de la paix qu’on ressent chez Mitchell, de l’amour qui bien que ne se disant pas flotte entre les gens dans cet endroit où la petite Annalee retrouve la joie d’une enfant de son âge, ses petites jambes reposées des kilomètres avalés sur le bitume, son estomac satisfait mais plus que tout son cœur délivré de la peur, ce lieu où l’on pêche et où l’on contemple le soleil couchant et la beauté de la nature, belle, mais un rien inquiétante aussi :

« Dans les marais du sud du Mississippi on peut regarder le monde s’éveiller quand les rayons d’or pâle du soleil s’immiscent entre les arbres et la mousse et les grues aux larges ailes. Les libellules bourdonnent et les ratons laveurs sortent de leur tanière et crapahutent le long des troncs d’arbres effondrés. Les tortues vont se percher sur des souches qu’inondera bientôt la chaleur du jour et mille autres créatures cachées frétillent sous les eaux noires, armées d’une patience et d’une agilité meurtrières. Des branchages accablés par le temps, incapables de soutenir leur masse, ploient et se brisent tels des vieillards se résignant à rejoindre leur tombeau marécageux. Les reptiles ondoient et les merles criaillent dans le paysage zébré parla lumière de l’aube venue prendre la relève de la nuit profonde et paisible. »


Je ne sais pas si c’est une volonté de l’auteur, mais je vois ici une assez belle métaphore de ce qui se passe hors du marais, parmi les hommes ; en tous cas la même tension augmentée par la chaleur qui monte et les yeux aux aguets de toute cette faune.


Vous aurez compris que ce roman est un coup de cœur ; l’écriture, le style sont remarquables, la façon de traiter le sujet est assez shakespearienne – et j’adore Shakespeare – ; j’ai supposé souvent, envisagé beaucoup et ai été surprise toujours.
J’ai rencontré des personnages complexes et crédibles, avec des femmes dont la vie tient dans un sac poubelle ou une taie d’oreiller.
Un roman fort, touchant et captivant.



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