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Des jours sans fin - Sebastian Barry (Joëlle Losfeld)

 
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norbert
Serial killer : Hannibal Lecter


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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Mar Jan 23, 2018 2:46 pm    Sujet du message: Des jours sans fin - Sebastian Barry (Joëlle Losfeld) Répondre en citant

Mêlant roman d'aventure et roman historique à partir de l'histoire vraie et romancée d'un membre de sa famille, Des jours sans fin de l'Irlandais Sebastian Barry, récompensé par le prestigieux Costa Award du Livre de l'année, vient de paraître aux Editions Joëlle Losfeld dans une traduction de Laetitia Devaux.






Le livre :

Chassé de son pays d’origine par la Grande Famine, Thomas McNulty, un jeune émigré irlandais, vient tenter sa chance en Amérique.
Sa destinée se liera à celle de John Cole, l’ami et amour de sa vie.

Dans le récit de Thomas, la violence de l’Histoire se fait profondément ressentir dans le corps humain, livré à la faim, au froid et parfois à une peur abjecte.
Tour à tour, Thomas et John combattent les Indiens des grandes plaines de l’Ouest, se travestissent en femmes pour des spectacles, et s’engagent du côté de l’Union dans la guerre de Sécession.

Malgré la violence de ces fresques se dessine cependant le portrait d’une famille aussi étrange que touchante, composée de ce couple inséparable, de Winona leur fille adoptive sioux bien-aimée et du vieux poète noir McSweny comme grand-père.

Sebastian Barry offre dans ce roman une réflexion sur ce qui vaut la peine d’être vécu dans une existence souvent âpre et quelquefois entrecoupée d’un bonheur qui donne l’impression que le jour sera sans fin.



« Mon roman préféré de l'année reste le magnifique Des jours sans fin. »
Kazuo Ishiguro, Prix Nobel de littérature 2017





>> Lire un extrait




L'auteur :

Sebastian Barry, écrivain et dramaturge, est né à Dublin en 1955.
Il vit avec son épouse et ses trois enfants à Wicklow, en Irlande.
Barry a qualifié son enfance de « singulière pagaille ».
Lui et ses trois frères et sœurs ont grandi à la campagne chez des parents de la famille, et y ont été nourris d'histoires sur la première Guerre Mondiale, l’Insurrection de Pâques 1916 et la Guerre civile en Irlande, histoires que Barry s’est ensuite réapproprié dans ses romans.
Il s’est en effet ouvertement inspiré des membres de sa famille éloignée pour construire les intrigues de ses romans Annie Dunne (2005), Un long long chemin (2006), Le testament caché (2009), et Du côté de Canaan (2012).
L'homme provisoire (2014), qui dépeint son grand-père alcoolique lui a valu d’être déshérité par ledit ancêtre, et Thomas McNulty, le personnage principal de Des jours sans fin (2018) a été largement inspiré par l’homosexualité de son fils.
Sebastian Barry est considéré comme l’un des écrivains irlandais les plus doués de sa génération.
Remarqués en France tant par la presse que par les lecteurs, ses livres ont plusieurs fois fait partie de la dernière sélection du Prix Femina étranger et du Grand Prix des lectrices de Elle.
Sebastian Barry est le seul romancier à avoir obtenu deux fois le Costa Book of the Year, pour Le testament caché et Des jours sans fin.
Tous ses livres sont publiés en France aux Editions Joëlle Losfeld.



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« Il vaut mieux cinq mille lecteurs qui ne vous oublieront plus jamais à des centaines de milliers qui vous auront consommé comme une denrée périssable. » Jérôme Leroy


Dernière édition par norbert le Mer Jan 24, 2018 1:14 pm; édité 1 fois
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norbert
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Mar Jan 23, 2018 3:25 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Chose assez étonnante : le jeune homme qui est sur la photo en médaillon sur la couverture n'est autre que l'ancêtre de Sebastian Barry qui lui a inspiré (ainsi que son fils) le personnage de Thomas McNulty dans ce roman. Une photo qu'il a retrouvée durant ses recherches aux Etats-Unis !
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Hoel
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Le Vol des Cigognes

MessagePosté le: Mar Jan 23, 2018 5:58 pm    Sujet du message: Répondre en citant

McNulty ?

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Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire... J'ai la certitude d'être encore heureux.
Jules Renard (1864-1910)

http://hanniballelecteur.wordpress.com/
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norbert
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MessagePosté le: Mar Jan 23, 2018 6:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Mr. Green
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norbert
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MessagePosté le: Mer Jan 24, 2018 1:58 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Paotrsaout sur Nyctalopes :

Citation:

DES JOURS SANS FIN de Sebastian Barry /Editions Joëlle Losfeld



J’ai lu ces deux dernières années un certain nombre de romans auxquels j’ai pensé au fil des pages de celui de l’Irlandais Sebastian Barry.
Des romans qui, par leur cadre historique, leurs personnages, leurs choix narratifs et dramatiques, se sont imposés comme des références à mes yeux.
Je me suis posé cette question : peut-on encore lire et apprécier un texte comme Des jours sans fin après avoir été marqué par les lectures cumulées de Neverhome de Laird Hunt, L’Oiseau du Bon Dieu de James McBride, Les Marches de l’Amérique de Lance Weller, La Poudre et la Cendre de Taylor Brown (ouvrages tous chroniqués par Nyctalopes, ce qui n’est pas hasard) ?


La réponse, fort heureusement, est oui.


Des Jours sans fin est le récit de Thomas McNulty, jeune Irlandais, seul survivant de sa famille décimée par la famine, qui n’arrive pas cadavre sur la terre d’Amérique, comme des milliers d’autres, abîmés par les privations et l’éprouvante traversée.
Thomas va lier son destin à celui de John Cole, un paria vagabond comme lui, rencontré sur un chemin qui n’a pas de direction véritable.
Ils sont jeunes, doivent survivre, leur gracile constitution physique va leur permettre dans un premier temps de travailler dans un saloon, grimés en femmes.
Ce n’est pas sans provoquer des émois profonds à Thomas, qui se sait très vite attiré par John Cole.
Pudiquement, Sebastian Barry nous fait comprendre que ces deux-là sont plus qu’un couple d’amis.


Les garçons mûrissent physiquement et changent, ils n’ont d’autre choix à un moment que d’embrasser une carrière militaire.
Sous l’uniforme, après tout, la promiscuité masculine n’a rien de suspect.
Cette décision les emmènera dans l’Ouest.
Avec leur unité, ils « pacifient » la nouvelle colonie de Californie, combattent plus tard les Indiens des Plaines.
Ce à quoi ils participent, ils le réalisent, est de la violence pure, raciste, aveugle.
De façon incompréhensible, cela se déroule dans un pays magnifique et redoutable et parmi les êtres vrillés par la guerre qu’ils côtoient ; il y en a certains pourtant qui deviennent leurs fidèles amis.
A l’issue d’un énième affrontement avec une tribu tantôt amicale tantôt rétive, ils recueillent Winona, petite fille sioux désormais orpheline.
Quand vient le temps de la démobilisation, Winona est comme la fille du couple John Cole – Thomas McNulty.
Celui-ci reprend sa vie de travestis de cabaret, avec un talent nouveau.
Un vieillard noir, McSweny, devient le grand-père de cette famille improbable.
Mais quand résonnent à nouveau les tambours de la guerre, Thomas et John rejoignent leurs frères d’armes et les troupes de l’Union sur le champ de bataille, jusqu’à la capture et l’emprisonnement, puis la paix.
Cette fois, il faudra payer un prix bien plus lourd pour trouver le peu de bonheur auquel ils aspirent tous ensemble avec Winona.
Ce n’est qu’une particule dans des existences âpres, brutales, mais qui donne l’impression que, malgré tout, la vie vaut la peine d’être vécue et que, au moment où elle est goûtée, « le jour sera sans fin. »


Le texte de Sebastian Barry est tout simplement magnifique.
Il repose sur une voix, celle de Thomas McNulty.
D’origine populaire, il s’exprime comme tel.
Le travail d’écriture est là.
Les phrases sont courtes, épurées, l’expression est « vulgaire » (au sens de contraire à « littéraire »).
Pourtant, c’est d’une puissance imagée rare.
Bien souvent, la poésie étincelle.
Et par poésie, j’entends le pouvoir du parler du banal, du trivial, du détail, d’une façon unique.


Sebastian Barry évoque une violence terrible, les souffrances, le sang, la merde, la beauté du monde aussi, et la quête d’un sens que nous cherchons à donner à notre passage sur terre (aussi particuliers soyons-nous ou pensons-nous être).
Il a été écrit ailleurs que l’écriture de ce roman doit beaucoup au fait que l’auteur et son fils homosexuel se sont libérés l’un et l’autre de se dire la vérité sur qui ils étaient et ressentaient l’un pour l’autre.
Il ne faut pas oublier que ce roman nous parle de l’homosexualité, de l’identité sexuelle, avec beaucoup de justesse et de délicatesse.


Dans le tohu-bohu de nos vies, où qu’elles se passent, n’importe quand et comment elles se passent, nous ne cherchons sans doute que de simples moments de bonheur (un foyer, des proches, des sentiments) qui nous permettront peut-être de traverser nos existences sans être dominés par la défaite de l’absurdité.
Alors voilà un roman historique empli de vacarme, aux ramifications existentielles, qui pourrait vous donner à penser et, comme à moi, vous serrer les tripes et la gorge.


Vif et poignant.
Même si l’année est loin d’avoir donné toutes ses récoltes, il me semble déjà qu’il me sera difficile d’ignorer ce roman à l’heure des bilans.



[...]


>> Lire la chronique en intégralité ici


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MessagePosté le: Sam Fév 03, 2018 1:33 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Léon-Marc Lévy sur La Cause littéraire :

Citation:

Des jours sans fin, Sebastian Barry



Sebastian Barry est irlandais et, comme ses ancêtres irlandais, il va et nous emmène en Amérique.
Pour y retrouver des Irlandais bien sûr, à commencer par les deux héros de ce roman, Thomas McNulty et John Cole, deux jeunes garçons, amoureux l’un de l’autre, qui cherchent ensemble un destin.


Si Thomas McNulty, le narrateur de ce roman, vous le résumait, il dirait sûrement qu’entre deux massacres d’Indiens et un carnage entre eux, les Blancs découvrent aussi que l’on peut aimer et être heureux.
Sebastian Barry nous offre un livre d’amour au milieu des flots de sang du XIXè siècle américain, dans un page-turner passionnant.
Par le contraste saisissant entre l’horreur et la possibilité du bonheur, il construit un roman superbe sur l’absurdité des hommes, leur aptitude à entreprendre les cauchemars et à être les premiers à en souffrir.


Le couple Thomas-John est en soi une métaphore de l’Amérique.
Entre amour, tendresse, générosité et Guerres, violence, fureur.
Pour tout vous dire, ils sont danseurs travestis en femmes dans les périodes où ils sont civils, et soldats dans l’armée yankee le reste du temps !
Ce n’est pas commun.


La narration par Thomas donne un ton particulier à tout le roman.
C’est une voix goguenarde, souvent drôle, d’une simplicité presque innocente, distanciée de l’événement.
Si bien que le pire – et il est fréquent – arrive comme une chose banale, ce qui a pour effet d’accroître l’horreur décrite.
Thomas cache sa honte et son horreur derrière un cynisme apparent, où vibre toujours une affliction parfois dite.
Ainsi de la guerre contre les Indiens, avec les exactions épouvantables de l’armée des Blancs au service des colons.


« Au fond de nous, on savait que la mission, ça serait les Indiens. Les colons de Californie voulaient qu’on les en débarrasse. Il les voulaient plus en travers de leur chemin. Alors, bien sûr, les soldats avaient pas le droit aux primes, mais un haut gradé avait accepté de donner un coup de pouce. Deux dollars le scalp d’un civil, c’était quand même pas rien. Une façon amusante de gagner de l’argent pour le jouer aux cartes. Des volontaires partiraient en mission, tueraient pour environ soixante dollars et ramèneraient les corps. »


Et les pages consacrées aux carnages dont les hommes ont le secret se font, avec la voix de Thomas, chant de mort, ode à l’absurde, cri de détresse.


« Puis la mission a pris fin on entendait plus que les pleurs des survivants et les terribles gémissements des blessés. La fumée s’est dissipée, et on a enfin pu voir notre champ de bataille. Mon cœur s’est tapi dans le nid formé par mes côtes. Il y avait là uniquement des femmes et des enfants. Pas un seul brave. On était tombés sur la cachette des squaws, le refuge qu’elles avaient trouvé pour échapper à l’incendie et à la tuerie. J’étais épouvanté et étrangement outré, surtout envers moi-même, car j’avais ressenti un étrange plaisir dans cet assaut. »


Comment ne pas faire le lien qui unit cette scène, et d’autres du même livre, avec les cauchemars modernes menés par d’autres armées américaines – My Laï par exemple ?
Comment ne pas percevoir ce que Barry veut nous dire de la trace sanglante que fut l’Histoire américaine ?


Le martyre des esprits, le martyre des corps se déclinent comme un psaume funèbre, comme une litanie énoncée par la voix de Thomas.
Jusqu’à l’insoutenable parfois.
La Guerre de sécession – obsession de l’Histoire américaine – atteint les sommets de la terreur.


« L’aide-soignant, qui était tout ce dont on disposait à l’époque comme médecin, faisait ce qu’il pouvait, mais à part éponger, y avait pas grand-chose à faire. Tous les tuyaux dans le ventre du sergent étaient foutus, la merde lui sortait parfois par la bouche comme si elle avait perdu le sens de l’orientation dans les plaines de son corps. »


La lumière, pour Thomas et John, aura un visage.
Celui de Winona, une petite indienne qu’ils ont recueillie à la fin d’un des massacres qu’ils ont commis.
Elle sera leur rédemption, leur espoir, le sens même de leur vie.


Sebastian Barry nous invite à un beau roman, au rythme haletant et à la tension palpable.
La traduction de Laetitia Devaux est irréprochable.
Une belle façon de commencer la nouvelle année littéraire !



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MessagePosté le: Ven Fév 16, 2018 5:24 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Christophe Laurent sur The Killer Inside Me :

Citation:

Des jours sans fin : l'amour entre guerres indiennes et guerre de Sécession



D'une incroyable tendresse et d'une force rare, Des jours sans fin s'impose comme l'un des chocs littéraires de ce début 2018.
L'histoire d'un très jeune immigré irlandais aux Etats-Unis, Thomas McNulty, et de son amoureux John Cole, soldats de la cavalerie qui s'engagent dans les guerres indiennes de 1850 dans le Grand Ouest puis soldats de la Fédération contre l'armée sudiste.


Deux gamins qui font d'abord tout pour survivre dans le pays.
Ils sont d'ailleurs, avant d'être des militaires, des "danseuses" de cabaret pour mineurs éreintés, se grimant en femmes pour jouer une illusion que ce monde ouvrier, en quête d'un peu de poésie, accepte bien volontiers.
Entre deux conflits, une fois devenus jeunes hommes, Thomas et John recommenceront le travestissement en y ajoutant cette fois un peu de théâtre, de poésie.
Surtout, ils sont accompagnés de la jeune Winona ("la première née"), nièce d'un coriace chef indien.
Une enfant qu'ils vont littéralement adopter.
De Fort Laramie, dans le Wyoming, à Grand Rapids, dans l'Ohio, les deux amis et leur protégée vont souffrir, s'aimer, se séparer, se retrouver, être blessés...


Une histoire extraordinaire, au sens littéral du mot, puisqu'elle narre une partie de l'immigration irlandaise du milieu du 19e siècle, tout comme elle raconte bien sûr la construction des Etats-Unis, le terrible sort réservé notamment aux peuples sioux, apaches, pawnees...
Tout cela, Sebastian Barry le fait sans appuyer, avec une certaine justesse et avec le regard de Thomas McNulty.
Qui est sans doute l'un des personnages les plus attachants de l'année.


Naïf et bon, courageux et sensible, ce petit Irlandais voue un amour noble à son compagnon John.
Une homosexualité très tendre, celle de deux enfants qui se sont croisés dans la rue, dans la galère de la vie.
Il n'y a pas de scènes de sexe dans Des jours sans fin, la délicatesse de Barry s'attarde plutôt sur les traits de John Cole, la simple beauté de son visage mais aussi sa noblesse d'âme.
Forcément on pense à Brokeback Mountain, sauf que là, il n'y a pas le poids de la société, les deux amants s'efforçant de rester d'abord discrets.
Et puis, petit à petit, Thomas va accepter un peu plus de vivre comme une femme.
Après tout, il a vu lui-même que certains indiens vivaient ainsi sans que cela ne pose question à leurs tribus.


Dans une langue très populaire, l'auteur rend bien compte des sentiments de son héros.
C'est le tour magistral de ce roman, de posséder une "voix" et de parvenir à ne pas tomber ni dans le pathos, ni dans l'héroïsme béat.
Un équilibre parfait.
Mais il y a aussi, forcément en ces temps-là, des scènes de batailles dantesques, que ce soit des massacres de femmes et d'enfants indiens ou des face à face Sudistes-Nordistes qui se terminent à la baïonnette !
Des pages entières de sang et de poudre, de pluies déchaînées, de prison infâme, qui contrastent, avec un certain génie, avec les sentiments purs entre John et Thomas, ou envers Winona.
Un équilibre, un jeu entre le clair et l'obscur.


Pour être presque complet, il faut aussi parler de la vision de l'Amérique du jeune McNulty.
Un pays de pluies, de crues, de froid, de neige.
La Nature hostile n'épargne rien aux deux jeunes hommes.
Sauf quelques rares moments de pure félicité :
« Quatre ou cinq heures plus tard, on découvre une région dont la beauté conquiert jusqu'à notre âme. Je dis beauté et je le pense. Souvent, en Amérique, on peut devenir fou à force de laideur. De l'herbe sur un millier de kilomètres sans même une colline pour briser la monotonie... Mais cette fois le paysage qu'on découvre, on dirait qu'un homme est en train de le peindre avec un immense pinceau. »
Là aussi la langue de Sebastian Barry force l'admiration, faite de peu de mots, savamment façonnés, moulés au plus près des émotions.


On ressort Des jours sans fin avec l'impression d'avoir côtoyé un livre rare, qui est aussi le témoignage ardent de l'auteur pour son fils homosexuel.
Il y a beaucoup de choses à puiser dans ces 259 pages.
Et d'abord, c'est un peu couillon oui, de l'amour.



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MessagePosté le: Dim Mai 27, 2018 9:17 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> Le Coup de coeur de Nicole G. sur Onlalu :

Citation:

Coup de coeur


Un héros inoubliable, une ode au simple bonheur de vivre.




Ce livre magnifique vous fait soudain mieux comprendre à quel point toutes les plumes ne sont pas égales.
C’est ce qui m’est venu à l’esprit en le refermant.
Je me suis dit que Sebastian Barry était un sacré écrivain, parce que ce qu’il parvient à rendre (et n’oublions pas le sublime travail de la traductrice, Lætitia Devaux), cette émotion à l’état pur qui vous serre la gorge de bonheur, est tout simplement exceptionnel.
Avec une langue apparemment simple, celle d’un jeune homme peu instruit, il tisse une toile qui parvient à exprimer toute la complexité des sentiments, celle qui fait une vie.
Et nous offre la figure d’un héros touchant et difficile à oublier.


Cette figure c’est celle de Thomas McNulty, jeune émigré irlandais, chassé comme beaucoup de ses compatriotes par la famine qui a décimé sa famille et arrivé en Amérique avec juste l’espoir de survivre.
Sans rien, même pas un habit correct pour se vêtir.
Il fait un jour la connaissance de John Cole, aussi pauvre que lui, à peine un peu plus âgé, et les deux adolescents sont miraculeusement embauchés par M. Noone, un tenancier de saloon qui divertit ses clients grâce à un spectacle de gamins travestis en femmes.
Jusqu’à ce que leur apparence physique change au point de ne plus être adaptée à leur emploi.
Ils s’engagent alors dans l’armée et participent aux batailles contre les Indiens de l’Ouest ; plus tard, ce sera l’armée de l’Union et les horreurs de la Guerre de Sécession.
Toujours ensemble.
Amis et amoureux.
Un embryon de famille bientôt enrichi de figures bienveillantes rencontrées au fil de leur parcours et même d’une fille adoptive, Winona, une jeune indienne dont la tribu a été massacrée.
Et une vie qui se construit, sans rien ou avec si peu, mais riche de tous ces liens qui leur donnent à chacun des raisons d’exister.


Ce qui est fascinant c’est cette dualité qui affleure tout au long du récit de la vie de Thomas et John, alternance des pires violences (scènes de guerre, terribles conditions de survie dans le froid et l’immensité des plaines de l’Ouest, massacres des indiens, guerre fratricide ensuite…) et de la douceur à peine esquissée mais bien présente entre les deux hommes, puis vis à vis de leur fille.
Une dualité portée par le personnage de Thomas qui agit comme un homme mais se sent si féminin, plus à l’aise en robe qu’en tenue de guerrier.
La mort rôde à chaque seconde autour d’eux et pourtant, chacun de leur pas en avant est une ode à la vie.
A ces petites choses que l’on partage avec ceux que l’on aime, juste parce qu’on a envie d’être avec eux.


Thomas McNulty est un homme simple, hanté par les images des morts de faim de son enfance, capable de s’émerveiller des couleurs d’un paysage, obligé de tuer sous les ordres de ses supérieurs afin de simplement assurer sa subsistance.
Un homme qui apprend chaque jour à savourer les minuscules instants de beauté ou de bonheur offerts même dans les circonstances les plus rudes.
On ne peut qu’être conquis par cet homme qui assume sa part de féminité dans un contexte où la virilité est de rigueur.


Et par la beauté de la langue de Sebastian Barry qui trouve à chaque fois les mots pour exprimer cette dualité.
Je ne m’attendais pas à prendre un tel plaisir en me replongeant dans le far west et la guerre de Sécession…
Pourtant, ce livre m’a cueillie d’entrée et m’a déposée tout émue à la dernière ligne, le cœur gonflé de l’envie de continuer à apprécier la moindre parcelle de beauté.



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MessagePosté le: Sam Juil 07, 2018 7:11 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Marianne Peyronnet sur Black Roses for Me :

Citation:

Des jours sans fin de Sebastian Barry



Thomas McNulty, contraint par la Grande Famine à quitter son Irlande natale et à embarquer pour l’Amérique, croise dans son errance la route de John Cole, qui devient son amour.
Ils sont jeunes, si jeunes qu’ils peuvent presque passer, vêtus de jolies robes et leurs visages fardés, pour de belles jeunes femmes.
Durant les deux années suivant leur rencontre, ils font danser les mineurs au saloon de M. Noone.
Puis, leur androgynie s’envole.
C’est au début des années 1850.
L’époque a besoin de chair à canon, quiconque a deux jambes peut intégrer l’armée.
S’engager est la seule voie possible.
Ils participeront donc aux guerres indiennes, puis à la guerre de Sécession, du côté de l’Union.


Quelle connerie, la guerre !
Sebastian Barry nous fond dans le magma, dans la violence de la naissance de « l’Amérique », avec une telle finesse qu’on se croirait immergé dans une guerre contemporaine.
Thomas raconte son existence ballottée de plaines en montagnes, au rythme des avancées et des reculades de ses troupes.
Fin observateur et commentateur des horreurs, des massacres des populations indigènes auxquels il participe, il dit l’absurde avec des mots si simples qu’ils touchent au cœur.


Il dit les ordres stupides auxquels on ne peut qu’obéir, il dit les génocides, les massacres des Noirs par les Confédérés, il dit le froid qui gangrène, la chaleur qui tue, la faim qui engourdit.
Les canons broient les membres, les baïonnettes trouent les ventres, fauchent la jeunesse, qu’elle soit Apache ou Irlandaise.
Il a une telle conscience du peu de valeur accordée à une vie, à sa vie, qu’il subit sans se plaindre, concentrant son énergie à survivre.
L’habitude de la misère lui a enseigné que geindre ne sert à rien.


Faire autant d’expériences de mort imminentes rend fou ou philosophe, Thomas, écrasé par l’Histoire, sauve sa part d’humanité et reste un individu en conservant sa capacité à s’émerveiller.
Dans ce chaos, la beauté n’est que plus fulgurante ; la beauté de John Cole, de leurs caresses, discrètes, à peine mentionnées ; celle des sentiments qu’eux deux portent à Winona, cette enfant sioux qu’ils ont recueillie et adoptée comme leur fille ; celle des paysages sublimes, de la nature paisible ; celle d’un visage compatissant, d’un geste de bonté envers un étranger.


La narration de Thomas est faite de phrases courtes, d’un vocabulaire à la hauteur de son éducation, rudimentaire, mais ses propos sont gracieux, subtils, subliment la justesse du personnage et l’empathie que le lecteur ressent pour lui.
Thomas se sait ni plus malin, ni plus courageux qu’un autre, mais plus chanceux, parce qu’aimé.
Ni naïf, ni cynique, il ne juge les autres que sur leurs actes.
En retour, il trouve des êtres qui acceptent, naturellement, son désir de s’habiller en femme.
Barry, et c’est là l’une des manifestations sensibles de ce roman bouleversant, n’en fait pas une singularité primordiale, simplement un fait, une partie intégrante de son être.
Délicatesse et terreur, Les jours sont sans fin, aussi pleins de désespoir que d’amour absolus.


Parvenir, sans pathos, sans forcer le trait, à faire sentir la charogne et éprouver l’attachement…
Que c’est beau !



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