Jean-Christophe Grangé — Polars Pourpres Index du Forum Jean-Christophe Grangé — Polars Pourpres
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Polars Pourpres

encore moi

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Jean-Christophe Grangé — Polars Pourpres Index du Forum -> Ecrivains en herbe
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Cthulhu
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Dim Avr 08, 2007 6:04 pm    Sujet du message: encore moi Répondre en citant

une autre nouvelle, assez spéciale je préviens
je l'ai écrite hier soir et aujourd'hui, donc ce n'est qu'un premier jet, il y aura sans doute des modifications, alors lâchez vos commentaires et conseils!!
bonne lecture au pays des fous


L’air chaud de ce bel après-midi d’été s’engouffra dans ses cheveux lorsqu’il ouvrit la fenêtre. L’homme ferma les yeux et laissa le soleil chauffer agréablement sa peau, tout en respirant profondément.
Il était assis sur une chaise de bois plus dure qu’un banc d’église, posée en face de la fenêtre ouest de son appartement. Ledit appartement étant un trois pièces aménagé au dixième étage d’un immeuble qui en comportait le double. De là où il était assis, il jouissait d’une vue imprenable sur la grande rue qui partait du palais de justice et descendait pendant cinq cent bons mètres jusqu’au kiosque à journaux, devant le grand-place. Il pouvait également observer les grands terrains vagues derrière, le stade de foot, et la les maisons ridicules vue d’ici qui longeaient la route. A quelques trente mètres en-dessous de sa fenêtre, il pouvait voir les passants dévaler rapidement les rue, les T-shirts aux couleurs éclatantes, les chapeaux et casquettes diverses, les animaux de compagnie haletants sous le soleil brûlant, et les voitures qui passaient et repassaient sans discontinuer devant l’immeuble. L’homme passait des fois des heures entières à observer les véhicules débouler en haut de la rue à plus de soixante kilomètres heure et piler arrivées au feu. Il s’amusait à en deviner la marque, chose qui n’était pas chose aisée vue de dessus.

L’homme se leva et alla verrouiller son appartement de l’intérieur. Il retira son bermuda et son débardeur en nylon, restant juste en caleçon. La ventilation de l’appartement ne fonctionnait pas bien, et il faisait chaud comme dans un four. L’homme alluma son vieux poste de radio, et glissa un CD audio dans le lecteur. Les enceintes posées de chaque côtés du lit contre le mur se mirent à cracher du Green Day avec force. On devait entendre la musique au moins jusque dans la rue. Des coups sourds ne tardèrent pas à se faire entendre dans le mur de gauche, puis au plafond. Ses imbéciles de voisins. Il espérait avoir le temps de s’en occuper. Il leur ferait écouter de la musique comme ils n’en avaient jamais entendus, et ça leur ferait du bien, à ces cons-là.
L’homme s’accroupit et tira un sac de sport de sous son lit. Il s’assit et en sortit son Magnum 352. Il enleva le capuchon de la lunette de visée et entreprit de vider les boîtes de cartouches de Winchester qui traînaient au fond du sac. Il chargea le fusil et le posa en appuis sur le mur sous la fenêtre.
Il scrutait attentivement la rue en tentant d’apercevoir quelqu’un, lorsqu’une chose poilue et chaude vint lui frôler le mollet. Il baissa le regard sur son chat, qui ondulait doucement entre ses jambes. Ce chat n’avait pas de nom, il l’avait trouvé dans la rue l’automne précédent en rentrant des courses. Il l’avait adopté tout autant que le félin l’avait adopté, lui, mais il ne lui avait pas donné de nom. Pourquoi donner un nom à une bestiole qu’il n’appelait jamais ?
Mais le chat venait de lui donner une idée. Une idée géniale. L’homme sourit, et pour la première fois, s’adressa à l’animal :
« Alors, tu vas bien mon ami ? Pas trop chaud ? »
Il s’assit sur sa chaise devant la fenêtre et posa le chat face à lui sur ses genoux, le tenant sous les épaules, et lui caressant machinalement la tête.
« Dis-moi, le chat, tu as déjà volé ? »
Pas de réponse.
« Au fait, ça ne te dérange pas que je t’appelle comme ça ? J’ai pas de nom en tête, alors plutôt que de t’appeler Félix… Alors chat, ça te vas ? »
Seul le silence lui répondit. Le félin le fixait de ses pupilles fines comme des lames de rasoir. L’homme plongea son regard dans celui de l’animal et sourit de plus belle.
« Moi, j’ai jamais volé. Maman a un jour voulu que je prenne l’avion pour aller chez mon oncle Phil, dans le Vermont aux Etats-Unis. J’aurais bien aimé y aller tu vois, le chat, mais mon oncle a claqué deux jours avant qu’on parte. Alors Maman a tout annulé. J’ai beaucoup pleuré. Maman pensait que c’était pour mon oncle qui était mort et monté au ciel et tout et tout, parce que j’avais huit ans, tu comprends, mais je vais te dire un secret, le chat, garde-le bien pour toi, mais lorsque j’ai pleuré, c’était pas pour m’on oncle, je m’en foutais de lui. J’étais triste parce que j’avais pas pris l’avion. »
Des larmes se mirent à perler sur le visage de l’homme qui continua toutefois à sourire et à serrer le chat sur ses genoux, le regard de l’animal fixé sur lui. La radio jouait Boulevard of Broken Dreams. Les voisins tambourinèrent à la porte quelques instants avant de laisser tomber.
L’homme poursuivit :
« Tu vois, le chat, je n’ai jamais volé de toute ma vie. C’est triste, non ? Mais toi tu vas avoir cette chance aujourd’hui, grâce à moi. T’es pas content ? »
Silence. Toujours ce regard perçant.

L’homme se leva de sa chaise, se tourna vers la fenêtre ouverte, le félin dans les bras, et se pencha sur le rebord.
« On dit que les chats retombent toujours sur leurs pattes, tu savais ça ? Franchement, je pense pas que ce soit vrai. Vous êtes comme tout le monde, vous pouvez tomber, non ? Mais c’est pas grave, le chat, on va voir ça tout de suite. »
Il tendit les bras au-dessus du vide, l’animal entre les mains, et il se mit à déclamer tout haut, comme s’il s’adressait aux passants, dix étages plus bas :
« Et maintenant, mesdames et messieurs, vous allez avoir le plaisir de voir chat, le premier chat volant ! Nous allons voir s’il retombe bien sur ses pattes ! »
Plusieurs têtes se levèrent dans sa direction.
L’homme cria, quelque chose qui ressemblait à un cri de victoire (hiiiihaaaaa !!!) et lâcha le chat.

L’animal tomba en tournant sur lui-même, de plus en plus vite, se précipitant vers le bitume brûlant.
Sur ses pattes est-ce qu’il un chat toujours pattes les chats pattes toujours chats retombent…
Il y eut un bruit qui ressemblait à celui qu’aurait fait un chiffon trempé en tombant sur le sol. Puis des cris.
L’homme éclata de rire : sur ses pattes ! Cette sale bestiole était tombée sur ses pattes !Elle s’était écrasée comme une vulgaire crêpe, mais sur ses putain de pattes ! L’homme regarda sur le sol tout en s’esclaffant, incapable de se retenir. Le chat n’était plus qu’un amas informe de viande qui cuirait sur le sol chaud. Les badauds se rassemblaient autour de la dépouille, des enfants quittaient le terrain de foot pour voir ce qui se passait, les gens s’arrêtaient et s’amassaient sur le trottoir sous la fenêtre, formant un grand cercle autour du cadavre, les voitures ralentissaient en passant devant la troupe assemblée. Plusieurs personnes levèrent la tête, puis tout le monde, et des cris fusèrent :
_ Malade !
_ Ca va pas ?
_ Complètement timbré !
Le chat était devenu une véritable attraction et l’homme la proie des injures des gens.
Excédé par leur raffut qui couvrait presque la sono, il brandit son fusil devant le rebord de la fenêtre et fit feu vers le ciel. La détonation claqua dans l’air chaud, et résonna jusqu’aux terrains vagues.
Cette fois ce furent des hurlements qui éclatèrent de la petite foule amassée sur le trottoir. Les gens s’enfuirent en courant, certains traversant la route sans regarder, obligeant les voitures à piler au dernier moment pour les éviter, et délaissant le tas de chairs et d’os sur le bitume.
L’homme se retira dans sa chambre, referma la fenêtre et tira les rideaux. Il sortit du beurre et du jambon de son frigo, et entreprit de se faire un petit pique-nique improvisé sur son lit.
La sono crachait les premières notes de Holiday.



Une heure plus tard, il se tenait de nouveau sur sa chaise devant la fenêtre grande ouverte, le fusil dans les mains. Il avait envie de s’amuser un peu, ces temps-ci.
Il avait regardé à la verticale sous sa fenêtre, mais il ne restait plus qu’une tâche sombre. Le cadavre avait du être enlevé. Il n’y avait plus personne dans la rue. Le soleil était toujours haut dans le ciel mais brûlait déjà moins les yeux.
Il cala bien la crosse de l’arme contre le creux de son épaule et posa le canon sur le rebord. Il avait remis la musique mais avait baissé le volume. Il voulait profiter du spectacle à fond. Même du bruit.
Il colla son œil contre la lunette de visée et balaya la rue du regard. Il passa sans s’arrêter sur le vert du terrain de foot, descendit lentement sur un parc, et glissa sur la masse sombre des maisons au bord de la route. Il remonta jusqu’au haut de la rue et son regard croisa subitement une forme mouvante. Il s’arrêta, revint en arrière, et découvrit la cible idéale. Ne jeune femme aux cheveux blonds flamboyants marchait lentement, les bras tendus sur la poignée d’une poussette.
L’homme sourit et suivit du regard la jeune maman qui descendait la rue, accompagnant son mouvement, comme s’il marchait avec elle. Ses lèves bougeaient, comme si elle parlait doucement à l’enfant qu’elle poussait. Ses cheveux lui retombaient sur les épaules avec légèreté, et l’homme du se retenir de ne pas tirer. Il attendit cependant encore, suivant l’allure de la jeune femme.
La sono lâchait son rock dans la pièce. American Idiot.
L’homme resserra sa prise autour de l’arme, retint son souffle et pressa la détente. Il encaissa mal le recul et la crosse du fusil vint cogner durement dans son épaule. Mais il garda l’œil vissé sur la lunette.
La tête et les cheveux blonds avaient disparu d’un coup.
Remplacés par un jet violent et sombre. Le mur derrière la jeune femme se couvrit instantanément de sang, de débris d’os et d’une matière grisâtre qui devait être de la cervelle. L’homme devina même quelques cheveux brûlés sur le sol. Le corps sembla hésiter, en équilibre entre la position debout et la chute, avant de s’affaler sur le bitume. Les mains restèrent un instant fermées sur la poignée de la poussette, avant de retomber mollement à la suite du corps, comme un pantin désarticulé. L’homme éclata de rire.
A présent libre, la poussette commença à descendre lentement la rue, zigzagant lentement sur le trottoir. Puis la pente s’accentua et elle prit de la vitesse. Elle prit une trajectoire droite et se mit à dévaler la rue à toute allure telle une luge grotesque sur une piste de ski.
L’homme n’en croyait pas ses yeux. La poussette s’était transformée en un petit bolide et roulait à tout berzingue sur le trottoir. Il entendit les cris du bébé à l’intérieur. Puis une roue rebondit sur quelque chose, une pierre peut-être, ou tomba dans un trou. Quoi qu’il en soit, la poussette dévia de sa trajectoire, et vint percuter une marche d’un perron. Les roues se mirent en travers de la porte. Et la poussette bascula (est-ce qu’un enfant retombe sur ses pattes est-ce qu’un chat enfant tombe sur ses pattes ?).
L’homme pouffa de rire lorsqu’elle se renversa complètement sur la route, dérapant à pleine vitesse sur le bitume avec un crissement à vriller les oreilles. Les pleurs du gosse devinrent des cris, puis des hurlements à s’arracher les cordes vocales lorsqu’il fut éjecté à un mètre de la poussette, au beau milieu de la rue. C’est alors qu’une voiture apparut en vrombissant en haut de la rue, et accéléra en dévalant la pente.

L’homme sourit en reconnaissant la forme d’une Peugeot 607.
Le véhicule accéléra encore, et passa devant le cadavre de la femme à pleine vitesse, sans doute sans même que le conducteur l’ai aperçu. Il ne freina qu’une vingtaine de mètres avant la poussette renversée et le bébé au milieu de la route. Trop tard.
Les freins crissèrent, les pneus hurlèrent sur le bitume, laissant derrière eux deux larges traces de gomme noire, et la voiture eut comme un sursaut lorsqu’elle passa sur l’enfant et la poussette.
L’homme s’étranglait tellement il riait. Plié en deux sur sa chaise, le fusil calé sous l’épaule, il s’esclaffait à n’en plus pouvoir. Cet imbécile à la 607 avait écrasé le bébé. Comme une vulgaire crotte de chien.
« A table ! hurla-t-il les larmes aux yeux. Au menu de ce beau jour, crêpe de bébé aux pneus Peugeot, et que Dieu nous bénisse ! »
Il parvint enfin à contrôler son fou rire et regarda à nouveau dans sa lunette.
Le conducteur de la 607 était descendu du véhicule. Il se tenait appuyé contre la portière avant ouverte, une main sur la bouche, comme pour masquer un cri silencieux et interminable. Des débris de plastique et une roue distordue dépassaient de l’avant du véhicule. Une petite masse rosâtre et indéfinissable gisait quelques mètres derrière.
« Qu’ai-je dis ? Crêpe de bébé ? Qu’on me pardonne, ce sera pâté chaud servi sur bitume, et attention aux os ! » cria-t-il de nouveau.
Et il repartit d’un grand rire suraigu lorsque le conducteur de la 607 se mit à courir comme un dératé en direction de la maison la plus proche, vers une grande porte verte. Il courait en agitant frénétiquement les bras, avec de grands gestes. Et il avait apparemment retrouvé sa voix : il hurlait à s’arracher les poumons :
« Oh mon Dieu, à l’aide, au secours, mon Dieu ! » et ainsi de suite.
L’homme visa et fit feu.
La balle le cueillit dans le dos, entre les omoplates, alors qu’il arrivait devant les marches de la maison à la porte verte.
Il s’effondra avec un petit cri de souris. Hiiiiiii…
L’homme se mit à chanter entre ses dents les notes d’American Idiot et regarda le conducteur à terre ramper comme un serpent, mettant un coude en avant, puis l’autre, tirant sur ses bras pour avancer, centimètre par centimètre. Une vrai larve. A hurler de rire.
Un second coup de feu retentit et cette fois le pantalon de l’homme rampant s’assombrit brutalement. La larve serra un instant sa cuisse avec une grimace de douleur, et toujours ces petits cris (hiiiii…) avant de se remettre à ramper, laissant derrière lui une large traînée sombrer sur le sol.
L’homme le regarda essayer en vain d’escalader les marches du perron, sans réussite. Par trois fois, il prit appui sur une marche, poussa sur ses bras tremblants, et trois fois s’affala de tout son long en gémissant de sa voix de souris.
Un bruit de moteur parvint aux oreilles de l’homme. Il balaya son champ de vision, et vit une petite voiture, genre Clio ou C3, débouler en haut de la rue. Il eut tout juste le temps de revenir en arrière et loger une balle dans la tête de la larve effondrée devant les marches avant que la voiture ne freine brutalement, une dizaine de mètres avant la 607. Puis, elle remonta en marche arrière, et s’arrêta devant le cadavre décapité de la jeune maman.
Un vieille femme sortit lentement de la voiture, fit le tour et jeta un coup d’œil sur le trottoir. L’homme entendit un cri, et la vieille femme se baissa pour vomir devant sa portière. Puis elle remonta rapidement dans le véhicule, et il la vit sortir ce qui ressemblait à une petite boîte argentée. Un téléphone.
Il ne lui laissa pas le temps d’en faire quoi que ce soit. Il tira quatre fois à-travers le pare-brise. Le verre explosa, et un geyser de sang vint asperger l’avant du capot. Le corps décapité s’affala sur le volant et le klaxon de la voiture lança sa plainte stridente pendant quelques secondes, avant que ce qui était encore quelques instants auparavant une femme d’une soixantaine d’années ne s’écroule sur le siège passager, inondant l’habitacle de sang, de cervelle et d’esquilles d’os.
L’homme repartit se son rire suraigu. Le fusil lui brûlait la main, mais il garda l’œil collé à la lunette pour pouvoir profiter au maximum du spectacle.

Deux nouvelles voitures arrivèrent et pilèrent derrière la petite voiture. Une autre passa dans l’autre sens et ralentit devant la 607.
Un coup de feu claqua, un bruit métallique et une étincelle jaillirent de l’avant de la Laguna, et elle repartit dans un crissement de pneus. Les autres restaient derrière, immobiles dans l’air chaud. L’homme attendit qu’un des conducteurs sortent. Comme aucun ne le fit, il tira sur la première voiture, ce qui eut pour effet de les faire toutes les deux partir en marche arrière, avant de faire demi-tour dans un contre-allée. Ils avaient du appeler les flic. Tant mieux, il commençait à s’ennuyer.

Il attendit cinq bonnes minutes devant la fenêtre, regardant passer les voitures, essayant de deviner leur marque, sans tirer un coup de feu. Certaines fonçaient sans ralentir, d’autre s’arrêtaient devant le carnage, et repartaient, le temps sans doute au conducteur d’appeler la police. Vu le nombre de voitures qui passaient – c’était l’heure de débauche – , ils n’allaient pas tarder à rappliquer. L’homme avait rechargé son fusil, et l’occasion de le vider à nouveau se présenta quelques instants plus tard : un bus d’écoliers remontait la rue à faible allure, cinquante kilomètres à l’heure, peut-être moins. Le bus d’un blanc nacré, sans doute un vingt-deux places de location, ralentit en passant devant la 607, et s’immobilisa complètement au niveau de la fenêtre ouverte lorsque la petite voiture de la vieille femme fut en vue.
L’homme mit en joue, calant bien le canon contre le rebord, et visa la tête d’un enfant au milieu du bus. Sept-huit ans, pas plus. Il était penché sur son siège, les yeux rivés sur sa GameBoy, les traits concentrés. L’homme sourit :
« Coucou, toi… Tu veux bien jouer avec moi, petit ? »
La seule réponse qui lui parvint fut le bruit du moteur qui se coupait. On entendait plus que le rock craché par la sono. Alors il pressa la détente.
Un impact de la taille d’une main apparut sur la vitre avec un bruit de verre cassé. Des cris retentirent. Mais le gamin n’était pas touché.
L’homme fit feu une nouvelle fois. Nouvelle détonation, nouveau recul douloureux dans l’épaule. Nouvel impact, nouveau cri du verre. Et toujours l’enfant, assis sur son siège. Cette fois, ce fut une véritable panique dans le bus. Les enfants terrorisés tentaient en vain de sortir, se montant les uns sur les autres dans les rangées étroites de sièges, les cris des adultes les exhortant au calme couvrant à peine leurs hurlements. Le désordre qui régnait dans le petit bus blanc, toutes les silhouettes paniquées, debout sur les sièges, criant, rendaient plus difficile le choix d’une cible précise. Mais l’homme était fâché d’avoir raté deux fois le gosse à la GameBoy. Vexé, même. Ce salaud vivait encore.
Alors l’homme ouvrit le feu sans viser. Il tira à hauteur de taille à travers la vitre, il vida son chargeur en balayant le côté du bus. Les vitres explosèrent et se couvrirent de rouge. Il rechargea et vida un deuxième chargeur sur le bus. Les cris laissèrent place aux explosions du canon du fusil qui crachait le feu à vive cadence, ratissant tout ce qui se trouvait à sa portée. La fumée vint brouiller la vue, il ne distinguait plus rien, hormis cette fumée grise et impénétrable, et l’odeur de poudre et de brûlé lui monta aux narines, l’étouffant. Les explosions lui avaient vrillé les oreilles. Des klaxons lui parvinrent à-travers ce brouillard, en partie masquées par un profond bourdonnement. Il rechargea.
Lorsque la fumée fut entièrement dissipée, il put voir ce qui restait du bus. Les vitres étaient complètement explosées, et les banquettes jonchées de cadavres. Des pleurs retentissaient encore, des silhouettes étendues sur les sièges bougeait doucement. Il était sûr d’avoir tué au moins la moitié des passagers. Les autres se cachaient entre les cadavres, sans doute blessés.
Une petite file de voitures étaient arrêtées derrière le bus, les visages des conducteurs effarés lui apparaissaient de plus en plus nettement. La circulation se dissipa, les véhicules changeant brusquement de direction, tournant sur les petites rues perpendiculaires à l’artère principale. Et, quelque part, plus loin derrière la petite voiture, s’élevèrent les hurlements de sirènes.

Enfin. La cavalerie arrivait.
Le grand festival allait pouvoir commencer.
Les premiers véhicules de police s’arrêtèrent à distance respectable de l’immeuble, une trentaine de mètres derrière la petite voiture. D’autres arrivèrent dans la foulée de l’autre côté, depuis le kiosque à journaux. La rue fut coupée à la circulation. Les voitures arrivaient, et étaient refoulées par les flics. Puis ce furent des camions qui débarquèrent. Le GIGN, sans doute, ou bien le RAID ou un autre truc de ce genre. Ils sortaient l’artillerie lourde. Et tout ça pour lui.
L’homme regarda sur le trottoir, en bas de sa fenêtre, la trace sanglante, vestige de son chat. Tout avait commencé avec lui.
« Tu vois, chat, déclara l’homme. T’as volé, t’es retombé sur tes pattes mais tu pourras pas voir le bouquet final, le feu d’artifice magistral, la fin grandissime. »
Il se mit à rire, à hurler de rire, à gorge déployée.
La sono jouait Holiday, le CD était revenu au début pour la troisième fois.
« Tu vas rater le plus beau, mon petit, tu vas rater Hiroshima deux ! »
Les voitures de police s’amassaient, de plus en plus nombreuses. Une voix amplifiée par un interphone lui dit quelque chose qu’il ne comprit pas, qu’il ne voulu même pas entendre. Il se contenta de monter le son de la sono à son maximum. Green Day envahit la rue et fit trembler les murs de l’appartement.
« Avec un peu de chance, reprit-il, tu aurais même pu me voire voler. On va voir si moi aussi, je retombe sur mes pattes. Mais avant le saut final, place au feu d’artifice ! Au menu du jour, petits flics grillés à la Winchester ! Merci mon Dieu pour cette bonne bouffe, et à la soupe !!! »

Alors l’homme sortit le buste de la fenêtre et, hurlant les paroles de la musique, laissa tomber son fusil sur le trottoir.
Eclats de voix dans l’interphone. Hurlements de la sono.
Il retourna à l’intérieur quelques instants, puis ressortit les bras au-dehors, tendus au-dessus de sa tête comme en signe de victoire.
Dans chacune de ses mains il tenait trois grenades.
Alors le feu d’artifice commença.


PS: je n'ai pas encore trouvé de titre... Embarassed
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Cthulhu
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Mar Avr 10, 2007 6:16 pm    Sujet du message: Répondre en citant

pas d'avis?... Confused
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musashi
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MessagePosté le: Mar Avr 10, 2007 6:37 pm    Sujet du message: Répondre en citant

attends je lis, je suis un peu myope ...
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sofy
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Le Vol des Cigognes

MessagePosté le: Mar Avr 10, 2007 7:41 pm    Sujet du message: Répondre en citant

très morbide... Confused
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El Marco
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Mer Avr 11, 2007 10:54 am    Sujet du message: Répondre en citant

Cthulhu a écrit:
pas d'avis?... Confused


Deux minutes, papillon, on arrive... Wink

Pour ma part, je continuerai avec plaisir à te lire. Ton style est vif, tes idées toujours aussi sanglantes et marquantes. C'est quand tu veux pour la suite, Cthulhu ! Twisted Evil
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musashi
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Mer Avr 11, 2007 12:16 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Pour un premier jet, c'est prometteur à souhait, itou je demande la suite. Bon ça et là quelques petites démesures mais je suppose que c'est voulu dans l'esprit même de la nouvelle...Je lis ça en noir et blanc avec de temps en temps une touche de couleur, un peu comme dans un film, j'ai nommé Sin City.
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Black Orchis
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Mer Mai 09, 2007 3:55 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Que dire.... c'est très morbide, j'adore ! Quand tu veux pour la suite !!
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Cthulhu
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Jeu Mai 10, 2007 12:38 pm    Sujet du message: Répondre en citant

alors lit les 2 ou 3 autres que j'ai déjà laissé! Wink
j'en prépare une autre, dans un style assez différente, pour bientôt...
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Memess
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Mar Juin 12, 2007 11:48 am    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai pas aimé toute cette violence gratuite...
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Inka
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Mar Juin 12, 2007 12:13 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai bien aimé... c'est bien morbide mais on est tout de suite dans le vif du sujet...
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luce
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MessagePosté le: Jeu Juin 21, 2007 4:33 pm    Sujet du message: Répondre en citant

je suis tout à fait d'accord avec Inka
une grande maîtrise des phrases, une écriture efficace et un vrai "truc" pour être pris dans l'histoire.
on capte tout de suite la psychologie du personnage et c'est vraiment un plus.

et histoire que tu ne prenne pas la grosse tête, je donne raison à memess parce que les carnages, ça n'est pas exactement mon truc, même en jeu vidéo.

mais ça en jette !
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Cthulhu
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MessagePosté le: Ven Juin 22, 2007 10:57 am    Sujet du message: Répondre en citant

je comprend que ça déplaise à certaines personnes, c'est vrai que ça ressemble à un premier abord à du gore pour du gore, c'est violence et violence, mais c'est aussi dû à un pari que j'avais fait... Twisted Evil
sinon j'avais essayé de dépeindre un peu plus le portrait psychologique de cet homme, , tenter de se mettre à sa place et d'avoir l'impression que ce qu'il fait n'a rien d'extraordinaire, mais j'ai encore pas mal de boulot pour pouvoir expliquer la folie si on peut l'appeler comme ça, c'est spécial à expliquer...
mais merci pour vos commentaires Wink
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tduvi
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MessagePosté le: Ven Juin 22, 2007 1:45 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Pas trés original, et la violence pour la violence pas vraiment ma tasse de thé.
Dommage un bon style qui devrait être mieux employé.
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