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Blondie et la mort - Roger Smith (Calmann-Lévy)

 
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Fredo
Michael Myers


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Le Vol des Cigognes

MessagePosté le: Mar Mai 15, 2012 7:26 pm    Sujet du message: Blondie et la mort - Roger Smith (Calmann-Lévy) Répondre en citant

Sangs mêlés
Déjà son précédent roman, Mélanges de sangs, m'avait fait une excellente impression.
Et c'est avec un immense plaisir que se confirme au fil des pages de son second roman une écriture toujours d'une rare efficacité.
Clic Clac
Dès les premières pages, il va droit à l'essentiel. Comme le déclic du chargeur que l'on met en place du plat de la main, ou comme la balle que l'on engage dans la chambre en faisant glisser la culasse, chaque mouvement, chaque avancé du romancier démontre une remarquable maitrise des mécanismes du genre. Avec ce nouveau roman, il produit un style reconnaissable entre tous et nous ramène dans l'univers impitoyable des Flats et du gang des 28.
L'enfer sur terre
Les personnages de Roger Smith se consument dans un décor poisseux et nauséabond. Un peu comme si ces êtres damnés laissés derrière eux une terrible odeur de souffre, qui marque à jamais celles et ceux qui hument son sillage.
Blondie et la mort est la seconde preuve du talent d'un auteur à découvrir de toute urgence. Si vous aviez fait l'impasse sur Mélanges de sangs, remédiez à cela en vous ruant sur ces deux pépites brûlantes, disponibles dans la collection Robert Pépin Présente, des éditions Calmann-Lévy. Vivement les prochains.
À suivre
L'auteur étant assez prolifique, trois autres romans encore inédits en France nous attendent avant une éventuel traduction : Dust Devils, Ishmael Toffee et Capture.
À noter que Roger Smith s'est inspiré d'un certain Ice (pour entendre ce dernier, cliquez ici - attention, certains propos peuvent choquer) pour écrire le personnage de son quatrième roman, Ishmael Toffee. Personnage qui fait énormément penser à celui de Piper, psychopathe et véritable boucher dans Blondie et la mort.


Citation:
Par une énième nuit de chaleur insupportable au Cap, l'ex-top modèle Roxy Palmer et son mari Joe, trafiquant d'armes, sont kidnappés dans leur voiture. Joe finit dans une mare de sang, et, les voyous partis, Roxy prend une décision qui va à jamais changer le cours de sa vie.
Les deux kidnappeurs, Disco et Godwynn, n'ont pas disparu très longtemps... Ils sont bien décidés à la traquer. Billy Afrika, lui non plus, n'a pas l'intention de la laisser filer : Joe lui devait en effet une grosse somme d'argent...
Commence alors dans le décor somptueux du Cap un ballet d'une violence fascinante entre tous ces réprouvés ne cherchant qu'une chose : la rédemption.

http://www.4decouv.com/2012/05/chronique-blondie-et-la-mort-roger.html
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Emil'
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Miserere

MessagePosté le: Sam Aoû 23, 2014 8:44 am    Sujet du message: Répondre en citant

Le titre et la couv´ affreux ! Mais c'est un livre écrasant à l'écriture brûlante, comme les trois autres j'adore !
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norbert
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Sam Aoû 23, 2014 1:16 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Emil' a écrit:
Le titre et la couv´ affreux !


Mais, heu... ! Moi, j'aime bien... Embarassed Laughing
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« Les nouvelles sont à la littérature ce que la dégustation est à la gastronomie. »
Francis Geffard, éditeur, directeur de la collection Terres d'Amérique chez Albin Michel.
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Emil'
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Miserere

MessagePosté le: Sam Aoû 23, 2014 6:18 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Chacun ses goûts mon ami ! Laughing si ça peut te faire enfin lire un R. Smith : GO !
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norbert
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Sam Aoû 23, 2014 8:16 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Emil' a écrit:
Chacun ses goûts mon ami ! Laughing si ça peut te faire enfin lire un R. Smith : GO !

Si ça peut te rassurer, je les ai tous en grands formats chez moi, dans ma PAL (Pièce à Lire), et je compte bien m'y mettre prochainement.
Notamment lorsque toi-même, tu auras lu La Dette de Mike Nicol... Wink
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Emil'
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Miserere

MessagePosté le: Dim Aoû 24, 2014 7:13 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je sais que tu les as ! C'est bien pour ça que je t'incite à les ouvrir !
Wink
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Emil'
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MessagePosté le: Mar Aoû 26, 2014 9:37 am    Sujet du message: Répondre en citant



L'auteur n'épargne à aucun moment son lecteur, le ton est donné dès les premières lignes et ne vous attendez pas à trouver une once d'amour ou de bonheur dans ce récit. C'est rude, violent, les personnages mauvais depuis l'enfance rongés par la drogue, la vengeance, la soif de domination pour les uns, la soumission pour les autres. L'écriture de Roger Smith est aussi brûlante et âpre que la ville du Cap, accablante mais excellente, j'adore.
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Les Rivières Pourpres

MessagePosté le: Jeu Aoû 17, 2017 9:23 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je viens de lire un texte écrit par Roger Smith pour Télérama et publié en mars 2013.

http://www.telerama.fr/livre/l-afrique-du-sud-foutu-pays-par-roger-smith,105941.php

J'ai lu Le sable était brûlant de lui et j'avais trouvé le récit particulièrement noir et désespéré. Visiblement, la réalité l'est encore plus... :


Citation:
“L'Afrique du Sud, foutu pays”, par Roger Smith
Publié le 30/03/2013. Mis à jour le 06/12/2013 à 16h09.

A l'occasion de la mort de Nelson Mandela, nous publions ce texte écrit pour Télérama par l'écrivain Roger Smith. Il revient sur l'assassinat du frère de sa femme par un gang d'un township du Cap et explique à quel point la violence gangrène la société.

L'an dernier, le frère de mon épouse s'est fait assassiner dans un ghetto du Cap. Son corps criblé de sept balles s'est effondré ­devant la maison familiale, sous les yeux de sa mère.

Ce vendredi matin à 10 heures, Mahmoed De Wet attendait un ami sur le trottoir. Son jean et sa veste fine n'offraient qu'une piètre protection contre le vent qui soufflait des montagnes enneigées Hottentots-Holland et s'infiltrait dans les maisons, taudis et ­appartements surpeuplés s'étendant à perte de vue sur l'aridité sableuse des plaines du Cap, les Cape Flats, où habitent trois millions de métis. Qu'on appelle coloured, au Cap.

Il avait envie d'une cigarette pour se réchauffer, mais sa mère buvait son café sous le porche et, malgré ses 27 ans, il ne fumait jamais devant elle. Il piétinait sur place, fourrait ses mains au plus profond de ses poches et observait, par-dessus les toits, le soleil aqueux qui perçait les nuages et balayait la lointaine montagne de la Table.

« Viens fermer les yeux de ton enfant »

Il aurait pu compter le nombre de fois où il était allé au centre-ville sur les doigts d'une main ; Le Cap touristique n'était qu'un rêve distant. Il s'y était rendu un jour, adolescent, pour comparaître au tribunal qui l'avait reconnu coupable d'un vol de bicyclette et condamné à trois mois de détention dans une prison pour mineurs. Au cours des dix dernières années, Mahmoed s'était efforcé de bien se tenir, ce qui n'est guère facile avec la criminalité galopante des Flats. Grâce à quelques petits boulots et à l'aide de ses ­parents, il réussissait tout juste à s'en sortir. Mais son ami avait appris qu'un chantier embauchait ; ce vendredi serait peut-être son jour de chance.

Mahmoed entendit des bruits de pas, se retourna pour saluer son copain, et se trouva face aux canons de deux pistolets. Les agresseurs aux visages cagoulés ouvrirent le feu. Il reçut six balles dans l'abdomen et une autre dans le dos lorsqu'il se retourna pour rejoindre sa mère. Elle hurla, lâcha sa tasse de café et se précipita vers le corps de son fils, effondré par terre.

L'un des agresseurs braqua son arme sur Surina De Wet, mais sans presser la détente. Il se contenta de lui dire : « Viens fermer les yeux de ton enfant », avant de rejoindre son complice au pas de course.

Surina s'agenouilla, berça la tête de son fils dont la bouche saignait sur sa robe, et hurla à son mari d'aller chercher leur fille qui habitait dans une maison voisine et possédait une voiture. Appeler une ambulance dans les Cape Flats est une perte de temps. Elles arrivent toujours trop tard. Quand elles arrivent.

En cinq minutes, les De Wet évacuaient Mahmoed à toute allure vers l'hôpital ­Tygerberg, mais le jeune homme s'éteignit dans les bras de sa mère avant d'arriver aux urgences.

Ma femme Sumaya et moi avions quitté l'Afrique du Sud quelques mois auparavant pour voyager en Asie : c'est là que nous avons appris la nouvelle, par le coup de téléphone d'une cousine qui nous a donné une version embrouillée des événements.

Encore sous le choc, Sumaya a allumé son ordinateur portable et recherché sur Google les articles traitant des assassinats dans les Cape Flats, pour tenter de trouver des ­renseignements sur le décès de son frère. Quelques minutes plus tard, elle m'a appelé. « T'as trouvé quelque chose ? lui ai-je dit. - Non, rien sur Moedhie, m'a-t-elle répon­du, mais regarde ça, bon Dieu. »
« White pipe », mélange de Mandrax, sédatif illégal, et de marijuana. C’est la drogue la plus courante et la moins chère en Afrique du Sud. © David Lurie/Erdmann Contemporary Gallery

« Une tolérance généralisée de la violence »

Sur l'écran apparaissait une liste apparemment infinie d'assassinats perpétrés dans les Flats au cours des dernières quarante-huit heures. Hommes. Femmes. Enfants. Une femme de 80 ans, brûlée vive. Une femme enceinte victime d'un viol collectif puis poignardée dans un parc, le foetus ­arraché de son ventre et abandonné, mort, à côté de sa mère.

Mon épouse a grandi dans les Cape Flats. À 18 ans, menacée de viol à maintes reprises par des gangsters de son quartier, elle avait fini par acheter une arme légale. Quand ils étaient venus pour la tournante, elle avait tiré et blessé trois d'entre eux. Elle ne connaissait que trop bien le monde des Flats.

Mais la période hors d'Afrique du Sud avait attendri l'armure qu'elle s'était construite en grandissant dans ce rude environnement. Elle a hoché la tête, pleuré pour son frère et son pays, en disant : « That bloody country. » Ce foutu pays.

Oui, ce foutu pays.

Je n'essaierai même pas d'illustrer le degré de violence qui sévit en Afrique du Sud, je laisserai ce soin au prestigieux Centre d'étude de la violence et de la réconciliation, qui vient de publier les résultats objectifs d'une enquête réalisée à la demande du gouvernement : « Nos propres statistiques du crime, et la comparaison entre nos données et celles d'autres pays, démontrent que l'Afrique du Sud fait incontestablement partie des pays les plus violents au monde. »

L'étude signale ensuite que « l'Afrique du Sud n'est pas seulement accablée par une subculture de violence et de criminalité, elle se ­caractérise aussi par une "culture de violence" basée sur une tolérance généralisée et normative de la violence ».

C'est vrai, l'Afrique du Sud est un pays ­violent. Très violent. Les statistiques sont alarmantes : une femme sud-africaine a plus de chance d'être violée que d'apprendre à lire. Plus de mille cinq cents enfants ont été ­assassinés l'an dernier, la plupart après avoir été violés.

Mais comment cette culture de violence se manifeste-t-elle ? Tout d'abord, les populations qui souffraient sous le régime d'apartheid (la majorité noire ou métisse du pays) continuent de souffrir aujourd'hui, car, si la plupart des responsables de crimes violents sont noirs et métis, il faut bien voir que la plupart des victimes le sont aussi.

« Si un jour j’ai des enfants, jamais je ne les élèverai ici. C’est l’enfer sur terre », raconte une jeune femme membre d’un gang. © David Lurie/Erdmann Contemporary Gallery


Loin du regard des riches Blancs

Les médias et la droite blanche voudraient nous donner une autre version des faits ; ils insinuent que les Sud-Africains noirs et métis sont en guerre contre les Sud-Africains blancs. C'est vrai, les braquages de voitures, les intrusions violentes dans des maisons et les meurtres dans les fermes ne sont que trop communs. Mais s'il s'agit effectivement d'une guerre, le front se trouve alors dans les townships (les ghettos urbains) et les campements de fortune en milieu rural, loin du regard de la presse et des Sud-Africains privilégiés (et principalement blancs). La vérité, c'est que les trois crimes haineux les plus médiatisés de la dernière décennie ont été commis par de jeunes Afrikaners blancs contre des Noirs.

En 2003, quatre jeunes Sud-Africains nantis ont tué un SDF noir à coups de pied, dans un parc de Pretoria. Ils n'ont exprimé aucun remords lors de leur procès.

En 2007, quatre étudiants afrikaners de l'Université de l'État libre à Bloemfontein ont tourné une vidéo où ils forçaient des agents de nettoyage noirs (quatre femmes d'âge mûr et un homme) à manger de la viande trempée dans de l'urine pour « protester » contre l'intégration raciale de la résidence universitaire. Toujours en 2007, un Afrikaner de 17 ans a ouvert le feu et tué quatre Noirs - dont un nourrisson et un enfant de 10 ans - et en a blessé huit autres dans un bidonville proche de Swartruggens, dans la province du Nord-Ouest. Voici ce qu'il hurla en ouvrant le feu : « Kom julle uit, julle fokken kaffirs. Ek will julle doodmaak. »

« Sortez de là, saloperies de kaffirs. Je veux vous tuer. »

Oui, les gens qui ont souffert pendant le régime d'apartheid continuent de souffrir.

Mais les nantis reprennent un verre de l'excellent vin du Cap et racontent aux étrangers que tout va bien en Afrique du sud. Qu'ils devraient venir voir par eux-mêmes la qualité des plages et des réserves de gibier. Et quand on leur demande où les crimes sont perpétrés, ils répondent, en haussant les épaules : « Oh, seulement dans les townships. » Traduisez que les victimes sont métisses ou noires, et donc sans grande importance.

Voici la dure réalité de l'épidémie de crimes en Afrique du Sud : pendant que les Blancs perdent leurs biens, les Noirs et métis perdent leur vie.

Un peu plus tard dans la journée, mon épouse a reçu un autre appel avec du nouveau sur le décès de son frère. Il avait apparemment eu une altercation avec un chef de gang du quartier peu avant. Le gangster avait abordé mon beau-frère dans la rue et exigé qu'il cambriole des maisons pour lui. C'est une pratique commune chez les casseurs des Flats : forcer des innocents, sous la menace, à faire leur sale boulot.

Mahmoed avait refusé.


Le viol, pratique initiatique

Le chef de gang - type émacié aux dents noircies par l'ice [méthamphétamine, NDLR], le corps tapissé de tatouages de prison - lui avait dit « Jou ma se poes » en afrikaans des Cape Flats.

« Le con de ta mère. »

C'est ainsi que Mahmoed lui avait renvoyé la même insulte.

Les gens racontaient donc que l'assassinat de Mahmoed était un acte de vengeance. Peut-être. C'est assez plausible dans les Flats, où les meurtres sont monnaie courante. Personne ne pourra jamais l'affirmer avec certitude et, de toute façon, Mahmoed avait des antécédents conflictuels avec les gangs.

À 12 ans, damné par une beauté quasi ­féminine, il avait été victime d'un viol collectif du gang.

Près de la maison de ses parents, une retenue d'eau peu profonde était bordée de mimosas broussailleux qui survivaient tant bien que mal dans la terre desséchée et sablonneuse des Flats. C'est là que pêchaient les garçons du quartier. Ils prenaient des grenouilles et des crabes, et, un jour après l'école, Mahmoed avait décidé d'essayer d'y trouver un poisson-chat.

Cinq jeunes entre 17 et 20 ans l'avaient suivi, déshabillé, ligoté à un tronc d'arbre et bâillonné avec des chaussettes sales pour étouffer ses cris. Ils l'avaient violé à maintes reprises. Le viol s'inscrit dans une pratique initiatique, malheureusement répandue dans les Flats, pour devenir membre de gang.

Mahmoed avait eu de la chance ce jour-là. Beaucoup d'initiations doivent aller jusqu'au meurtre.

Il était rentré chez lui en sang, traumatisé. Ses parents l'avaient amené à l'hôpital, où il avait été soigné pour ses blessures physi­ques. Dans les Flats, la notion de suivi psychologique post-traumatique n'existe pas.

Il avait révélé l'identité de ses ­agresseurs à ses parents, qui l'avaient ­accompagné au poste de police pour porter plainte. Les flics étaient loin d'être compatissants ; après un interrogatoire délibérément humiliant, ils n'avaient pas donné suite à l'affaire. La police étant à la solde des gangs, les jeunes violeurs n'avaient même pas été questionnés, sans parler d'être inquiétés ou arrêtés. Pendant des années, Mahmoed avait dû endurer le tourment de croiser ses violeurs dans la rue et d'entendre leurs railleries : « Et toi, ja, ton cul puant passera encore à la casserole si tu fais pas gaffe à toi. »

Pas étonnant qu'il n'ait pas voulu collaborer avec le gangster.

L'Afrique du Sud a toujours entretenu une culture de déni. Hendrick Verwoerd, architecte de l'apartheid, réfutait l'aspect discriminatoire de sa politique en affirmant qu'elle permettait aux différentes ethnies d'être « séparées mais égales ». Un mensonge, évidemment, mais un mensonge soutenu par des générations de Sud-Africains blancs car il était tout à leur avantage. En affirmant que le VIH n'était pas responsable du sida, l'ancien président Thabo Mbeki a fait reculer d'une décennie le programme de soins du sida en Afrique du Sud, ce qui a coûté un nombre incalculable de vies. Et aujourd'hui le pays refuse de reconnaître que la violence a pris des proportions calamiteuses.
Inspirés du modèle américain, les gangs sud-africains sont nés dans les prisons. Les chappies (tatouages) sont un signe de reconnaissance. © David Lurie/Erdmann Contemporary Gallery

Une culture du déni

La situation s'améliore, nous raconte-t-on. Mais qui nous le raconte ? Les hommes ­politiques qui s'engraissent sur le dos des pauvres et la police, responsable de comptabiliser les crimes. Une comptabilité vérifiée par aucune agence indépendante alors qu'il est dans l'intérêt de la police, évidemment, de donner l'impression que la situation s'améliore. Les commissaires en poste, pour protéger leurs emplois, demandent aux agents de minimiser les crimes dans leurs rapports. Une tentative de meurtre devient une simple agression. Une intrusion armée dans un domicile, un simple cambriolage. On triche sur les chiffres. On ment.

Pendant la période qui a suivi l'abolition du régime d'apartheid, quand Nelson Mandela avait pris le pouvoir, l'Afrique du Sud était passée du statut de paria, aux yeux de la communauté internationale, à celui d'un exemple édifiant de transition. Une épo­que étourdissante. Puis, quand Mandela s'est retiré du pouvoir, les dirigeants du pays sont devenus de plus en plus motivés par leurs propres intérêts et corrompus, comme c'est souvent le cas chez les hommes politiques.

Un ministre de la police condamné

L'ancien ministre de la police du pays - et président d'Interpol au moment de son ­arrestation - a été condamné en 2011 à quinze ans de prison pour corruption. Son successeur a été mis à pied quelques ­semaines après sa nomination. Pour corruption, lui aussi.

J'ai récemment lu un article publié par la machine politique du gouvernement. Par le biais d'un raisonnement aussi bizarre que complaisant, il expliquait que le fait qu'un ministre de la police ait été emprisonné et son successeur renvoyé prouvait « le bon fonctionnement du système pénal ».

Une logique typiquement sud-africaine.

Le lendemain du meurtre, le père de ma femme s'est réveillé en essayant toujours de comprendre ce qui était arrivé. Son fils était mort. Enterré le jour même de son décès, selon la tradition musulmane, son corps enveloppé dans du tissu reposait maintenant sous les sables mouvants des Cape Flats.

C'est le vent qui réveilla Robert De Wet ; il faisait claquer la tôle ondulée du toit, précipitait les ordures dans les rues hostiles des Flats, et balayait violemment la scène de crime, sur le trottoir devant chez lui. Une scène de crime où la police ne mit jamais les pieds. Une scène de crime jamais protégée de ruban jaune et noir pour la police scientifique, qui se serait pourtant déplacée pour un homicide perpétré dans un quartier opulent et blanc de la ville.

Robert De Wet s'habilla, prit une pelle, se rendit à l'endroit où Mahmoed avait été abattu et recouvrit le sang de son fils sur la terre battue du trottoir. Lorsque les cartouches des armes du crime attirèrent son attention, il les ramassa et les plaça dans son mouchoir. Il rentra chez lui et téléphona une nouvelle fois aux flics. Puis sa femme et lui s'attablèrent à la cuisine pour boire un café en attendant l'arrivée de la police.

Ils attendent toujours. ?

Traduction de Mireille Vignol


« That bloody country », expression à double sens : bloody signifie à la fois sanglant, violent, « ce violent pays », mais c'est aussi un juron : « ce foutu pays ».

Kaffir : terme péjoratif pour désigner un Noir.


Les Cape Flats, théâtre des romans de Roger Smith :

« L'endroit où on avait largué tous ceux qui n'étaient pas blancs à l'époque de l'apartheid. [...] Une plaine morne et désolée, tarabustée par le vent et la poussière. » Pauvreté, chômage, alcoolisme, drogue, gangs : les Cape Flats sont désormais l'un des endroits les plus dangereux au monde. Le photographe David Lurie a passé plusieurs mois dans le township de Manenberg.

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La vie ne devrait consister qu'à trouver les bons mots au bon moment. (Tété, Emma Stanton, 2003).
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