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Série Le Royaume des insensés - Gilles Sebhan (Rouergue)

 
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norbert
Serial killer : Hannibal Lecter


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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Jeu Mar 22, 2018 10:47 am    Sujet du message: Série Le Royaume des insensés - Gilles Sebhan (Rouergue) Répondre en citant

Bénéficiant d'un très bel accueil critique depuis sa sortie, Cirque mort de Gilles Sebhan, paru en début d'année au Rouergue Noir, inaugure la série policière Le Royaume des insensés, centrée autour du personnage du lieutenant Dapper.






Le livre :

« Est-ce que Théo est avec toi ? »
Pour le lieutenant Dapper, le malheur a commencé avec ces mots-là, ce jeudi noir où sa femme l’a appelé parce que leur fils n’était pas rentré à la maison, après la classe.
Il enquêtait alors sur la disparition de deux garçons.
Peu de temps avant, un événement avait horrifié les habitants de la petite ville : tous les animaux d’un cirque installé pour Noël avaient été décimés à la hache.

Depuis que Théo n’est pas rentré, depuis tout un hiver, Dapper, dessaisi de l’enquête, ne parvient pas à se résigner.
Parce qu’un enfant disparu n’est jamais un enfant mort.
Alors, puisqu’il n’a rien d’autre, il décide de suivre la piste que lui offre une lettre anonyme.
Elle mène au centre hospitalier où sont accueillis de jeunes psychotiques.
Dans ce lieu étrange, un adolescent, Ilyas, prétend avoir été l’ami de Théo.
Dapper reprend espoir, puis comprend qu’il ne savait pas tout de son fils.
Et comment en parler à sa femme, dire : « J’ai rencontré un garçon qui a des visions et j’ai foi en lui ? »

Dans ce roman singulier et oppressant, Gilles Sebhan nous emporte sur les pas d’un homme dont peu à peu l’enveloppe se déchire. Dapper est prêt à tout pour retrouver son enfant, y compris à ne plus incarner la raison et la loi comme il a accepté de le faire quinze ans durant.




>> Lire les premières pages




>> Le site de l'auteur : http://www.gilles-sebhan.fr/

>> Sa page Facebook : https://www.facebook.com/gilles.sebhan





L'auteur :

Né en 1967, Gilles Sebhan est un écrivain et peintre français d'origine juive marocaine.
Auteur de plusieurs romans autobiographiques publiés chez Gallimard et Denoël, et de deux essais consacrés à Tony Duvert (notamment Retour à Duvert, Le Dilettante, 2015), Gilles Sebhan s’interroge de livre en livre sur la transgression, la criminalité, les frontières entre norme et folie.
Cirque mort est sa première incursion dans le roman noir.



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Dernière édition par norbert le Lun Oct 07, 2019 2:58 pm; édité 2 fois
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norbert
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MessagePosté le: Jeu Mar 22, 2018 11:43 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Yan sur Encore du Noir :

Citation:

Cirque mort, de Gilles Sebhan



Dapper est un lieutenant de police affligé par la disparition de son enfant.
Un jeudi, Théo neuf ans, n’est pas rentré de l’école.
Dans cette ville du nord aux hivers mornes et froids, les choses avaient commencé à se dérégler un an auparavant.
Un matin, les enfants qui se rendaient à l’école avaient découvert sur leur chemin les animaux du cirque qui faisait alors halte dans la cité, dépecés sur la neige qui recouvrait la place.
Théo avait un peu changé depuis… puis il s’était volatilisé.
D’autres enfants aussi.


Une lettre anonyme laisse croire à Dapper que son fils est vivant.
Elle oriente le policier vers le docteur Tristan, directeur d’un hôpital psychiatrique accueillant enfants et adolescents.
Là, outre cet étrange médecin, le policier rencontre Ilyas, un adolescent qui dit être l’ami de Théo et qui, surtout, dit être encore en contact avec lui par le biais de visions.
Dapper, qui a la sensation d’avoir tout perdu, qui voit l’enquête menée par ses collègues s’enliser depuis des mois, se laissera-t-il tenter par la croyance dans les pouvoirs de cet étrange garçon ?


C’est un livre étrange que Cirque mort, qui se place aux limites du roman noir et du fantastique.
Cela tient bien entendu à l’histoire mais aussi – et même surtout – à l’ambiance qu’arrive à installer Gilles Sebhan.
Il y a cette ville anonyme qui semble constamment écrasée sous une grisaille de plomb qui n’est certainement que l’écho des sentiments de Dapper, il y a les murs de l’institution que dirige Tristan et, surtout, il y a les enfants.
Ce avec quoi joue Sebhan, c’est cette étrange période qu’est l’enfance, la manière dont, adultes, on en garde un souvenir et on en a une vision tronquée, déformée et ce moment où l’on cesse de vraiment comprendre ce qui peut passer par la tête d’un enfant.
C’est ce fossé entre le monde des adultes et celui des enfants, que Sebhan transforme en quelque sorte en abyme.
Dès lors, l’enfance revêt un aspect mystérieux et même ici, inquiétant.
Des forces sont à l’œuvre qui échappent autant à un Dapper qui a toutes les raisons d’oublier qu’il a été un enfant qu’au lecteur, et cette aura pesante rend Cirque mort particulièrement oppressant.


Un peu comme Écorces, de Xavier Gloubokii, le roman de Gilles Sebhan est un de ces livres qui mettent mal à l’aise, qui semblent chercher l’inconfort du lecteur et qui, derrière une intrigue qui paraît en fin de compte relativement banale, cachent un monde bien plus ample et, surtout, de multiples niveaux de lecture – l’enfance, donc, et ses mystères, les dérives de la psychiatrie, la folie vue comme l’ultime moyen d’accès à la compréhension du monde – qui viennent se nicher dans une multitudes de détails.
Une véritable curiosité.



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MessagePosté le: Dim Mar 25, 2018 1:02 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> Les avis postés, pour l'instant, sur PP :

TaiGooBe a écrit:


Roman court et atypique où un flic cherche son fils disparu depuis quelques mois et qui devra investiguer, en marge de l'enquête officielle, dans l'ambiance particulière d'un hôpital psy pour enfants.
L'histoire est originale, l'auteur sait scotcher le lecteur et nous réserve une fin toute en surprise.
7/10




Teledog a écrit:


Excellent roman à suspense.
Quand Dapper, lieutenant de police, est dessaisi d’une enquête durant laquelle son propre fils de 8 ans disparaît.
Très bien écrit, ce récit nous montre comment, dans une situation de désespoir, un personne conformiste peut transgresser les règles pour élucider ce qui est mystérieux.
Cette vérité fut-elle réconfortante ou pas.
La fin à rebondissements du bouquin m’a beaucoup plu.
Une atmosphère et des personnages qui nous installent au fil des pages dans l’angoisse.
Très belle surprise que ce « Cirque mort » !
8/10







>> Le mot de l'éditrice :

Dans le dernier N° de L'INDIC de mars 2018 (voir ici), une passionnante interview de Nathalie Démoulin, directrice de la collection Rouergue Noir, nous révèle au détour d'une question l'enthousiasme qui a été le sien lorsqu'elle a reçu et lu le manuscrit de Cirque Mort.
Extrait :

Citation:

L'INDIC : Est-ce que vous vous posez la question des catégories et du genre, de la place d'un roman en littérature ou en « noir » ?

Nathalie Démoulin :
Gilles Sebhan, typiquement, est un auteur qui a une oeuvre d'une grande cohérence, dans laquelle il y a des motifs récurrents qui font qu'on peut comprendre qu'il ait eu envie d'écrire un roman policier. Mais c'est vrai que Cirque mort est un livre qui échappe à la catégorisation. C'est un auteur avec une oeuvre complexe et ce livre est une facette de l'oeuvre. Je lis bien sûr les textes de nombreuses fois avant qu'ils sortent, et j'avoue qu'avec Gilles il y a des moments j'ai oublié que j'étais en train de travailler, tellement j'étais captée par le texte. Je me disais « reprends-toi, tu dois faire attention aux détails, n'oublie pas ton stylo rouge », mais c'était tellement envoûtant... J'aime énormément cet auteur. C'était une grande joie quand son manuscrit est arrivé, j'ai commencé à lire et... Waouh ! Parce qu'il y a des moments de découragement, lorsque l'on découvre les manuscrits.
Il y a eu lui, et puis Valentine Imhof, alors là je faisais des bonds sur ma chaise tellement j'étais heureuse de la force, de la beauté de cette littérature. Quand on tombe sur des textes comme ça, quelle joie ! C'est la récompense de tous les moments où c'est dur.


[...]




>> La chronique très enthousiaste de Michel Abescat et de Christine Ferniot dans le Cercle Polar du 19/01/2018, à visionner ici



>> Le Coup de coeur de L'INDIC, dans la rubrique « Comparution immédiate » de son N° 32 de mars/mai 2018 :

Citation:


On ne dira jamais assez le plaisir éprouvé à la lecture de ce roman qui dès la première page fait savoir qu'il va vous attraper.
Enfance, norme et folie, portés par une écriture à part.



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MessagePosté le: Ven Mar 30, 2018 5:26 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Jérôme Leroy dans Causeur :

Citation:

Gilles Sebhan dissèque un « Cirque mort »

Un roman noir somptueux




Gilles Sebhan a écrit sur Jean Genet et surtout Tony Duvert, écrivain célèbre dans les années 1970, qui avait fait de la pédophilie son thème de prédilection et qui, bien que publié par les éditions de Minuit, est mort dans la solitude et voit son œuvre, de fait, proprement oubliée, gommée, assurant la victoire désormais totale de la morale sur la littérature.


De la poésie avec du foutre séché


Autant dire que si la meute ne s’est pas encore jetée sur Gilles Sebhan, c’est sans doute par distraction.
Il vient d’écrire un polar, ce qui pourrait surprendre.
Pourtant, son Retour à Duvert, au Dilettante, ressemble déjà à une enquête mais pas policière, surtout pas.
Il ne s’agissait pas de juger, mais de comprendre.
Sebhan est également l’auteur de Salamandre, toujours au Dilettante, qui raconte une histoire de meurtre sordide dans les cabines d’un cinéma porno gay.
C’est assez hardcore, mais écrit impeccablement, somptueusement même.
Comme chez Duvert. Sebhan y fait de la poésie pure avec du foutre séché et la grâce jaillit de l’abjection de manière très paulinienne : « Là où le pêché abonde, la Grâce surabonde. »
Nous, on n’avait pas lu ça depuis Pierre Guyotat et son Tombeau pour cinq cent mille soldats.


Il est assez logique, donc, que Sebhan aggrave son cas en sortant ce Cirque mort (éditions du Rouergue), un roman noir de plein exercice.
Un exercice pris au sérieux, pas pour faire un coup, être à la mode, mais par respect et foi dans le genre et ses possibilités subversives.
Il n’y a pas plus respectueux, finalement, que les profanateurs.



Deux corps d’enfants avec des morceaux d’animaux greffés


Cirque mort parle de la disparition d’adolescents psychotiques après le massacre des animaux d’un cirque, massacre suivi de l’enquête d’un flic, Dapper, dont le fils fait partie des disparus.
On est dans une ville de montagne, quand le dégel arrive, que le printemps maladif chasse l’hiver serein.
On découvre alors deux corps d’enfants, avec des morceaux d’animaux greffés.
Théo n’en fait pas partie.
L’enquête de Dapper, flic mutique, fier de sa normalité, et père désespéré, tourne vite pour l’essentiel autour du centre qui hébergeait ces ados psychotiques, dirigé par le docteur Tristan, vieux médecin hanté par l’inversion des valeurs admises en matière de psychiatrie : « Pour Tristan, c’était une métaphore parfaite de l’hypocrisie sociale, un centre qu’on aurait transformé en maison de rétention, un lieu où les malades seraient devenus coupables ; la maison de correction, telle qu’elle avait été inventée par des âmes éminemment perverses et humanistes, ces deux mots qu’on avait peine à accoler et pour cause : leur association révélait la grande manipulation des partisans du progrès qui depuis la fin du XIXème siècle, prétendaient soigner l’homme et le protéger de lui-même en l’enfermant. Une camisole de fleurs, pensa Tristan. »



Sebhan hors des clous


Cirque mort, à l’intrigue retorse et poignante, est une histoire de désirs indicibles aujourd’hui, de tabous définitifs, de points Godwin de la morale à l’époque des nouvelles Yvonne De Gaulle de Twitter et des Jean Royer 2.0.
Sauf que Sebhan, qui est un écrivain, ne s’occupe que de la beauté même dans l’horreur et se fout de l’ordre moral, sexuel, psychiatrique du moment.
D’ailleurs, Cirque mort est aussi une histoire où ce qu’il est médicalement convenu d’appeler la folie est en fait le seul mode rationnel de connaissance du monde et aide à résoudre l’enquête.


Inutile de dire que Sebhan n’est pas franchement dans l’air du temps quand la littérature, même noire, conteste bien dans les clous et quand on écrit en respectant le code de la route, même si on fait semblant de faire des excès de vitesse pour épater le bourgeois que cela laisse pourtant indifférent depuis longtemps.


Gilles Sebhan, lui, est dans le pur travail du négatif.
Il est bien seul.
C’est pour cela qu’il faudrait lire son Cirque mort.
Et passer le mot.



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MessagePosté le: Mer Avr 11, 2018 5:42 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Caroline de Benedetti sur Fondu au Noir :

Citation:

Cirque mort de Gilles Sebhan



« Pas de cris silencieux entre les branches, pas de monstres se glissant dans une porte entrouverte. »


Dapper est un flic dont le fils a été enlevé.
Le sujet ne suscite pas forcément l’enthousiasme.
Mais parfois, il suffit de peu pour céder à un livre.
Dans Cirque Mort, à la première page une phrase agit comme une promesse de surprise, un clin d’oeil à ce que le livre ne sera pas, la garantie que des poncifs seront déjoués (et les codes, explosés, diraient certains).


« Et si, tout compte fait, sa préférence était allée à ce petit fou qui, à travers les royaumes de l’irréel, lui rappelait sa propre jeunesse ? »


Et puis l’histoire s’installe, l’institution policière affronte l’institution psychiatrique, l’enfance percute le monde adulte.
Le mystère se trouve entre les murs de l’établissement, dans la personnalité du docteur Tristan, un Frankenstein dépassé par les conséquences de sa quête d’un homme meilleur.
Car « être adulte, c’était déchoir. C’était perdre ses pouvoirs. »


Dans le fantasme de ces adultes, l’enfance incarne un absolu débarrassé de la médiocrité.
Ces deux périodes de la vie s’affrontent, se côtoient, envisagent leur perméabilité, la possibilité d’aller de l’un à l’autre.
Mais atteindre cet absolu donne son lot de souffrances, et force est de constater que certaines normes peuvent nous rebuter mais nous aident à construire une société.
Alors il n’est peut-être pas tant question de s’égarer dans la projection d’un idéal que de « s’approcher de soi-même », au plus près possible.
Cirque Mort remet en question les frontières et les normes, le roman est appuyé par une écriture qui louvoie, bondit d’un personnage à un autre, passe à la première personne le temps d’une phrase, créant un rythme tout particulier.


L’enfance intéresse de nombreux auteurs, Claire Favan parle de la violence (Dompteur d’anges), Hideo Yokoyama parle admirablement des enfants disparus (Six Quatre), Lee Martin base son histoire sur la disparition d’une fillette (Cet été-là), mais la disparition d’un enfant sert le plus souvent de moteur sensationnel aux polars.
Gilles Sebhan apporte à cette thématique sa touche bien personnelle et donne envie de découvrir ses autres ouvrages.
En racontant l’histoire de Dapper et la disparition de son fils, Gilles Sebhan livre un roman noir surprenant et dérangeant.
Ce que le roman noir a trop souvent oublié d’être.



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MessagePosté le: Jeu Avr 19, 2018 11:43 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Philippe Garnier dans Philosophie Magazine :

Citation:

Cirque mort



« Le grand remplacement, je vous le prédis, ce ne seront ni les migrants du Sud ni ceux de l’Est […] mais tous mes petits insensés. Un jour vous vous réveillerez et les petits insensés auront pris les commandes. »
Directeur d’un asile psychiatrique de province, le Dr Tristan appelle de ses vœux le triomphe de la folie.
Va-t-il être exaucé ?
Tout, au début de Cirque mort, semble lui donner raison : les animaux d’un cirque installé pour Noël ont été décimés à la hache.
À partir de cette horreur fondatrice, le commissaire Dapper mène l’enquête dans la petite ville.
Son propre fils, Théo, a disparu avec deux autres enfants.
En Dapper, l’enquêteur, le père, le gardien de l’ordre et le garant du sens ne font qu’un.
Et pourtant, sous son allure militaire, affleurent le doute, la fragilité, et comme un regard d’enfant égaré.


Telle est la beauté de Cirque mort, premier roman policier de Gilles Sebhan.
Tout y est, l’intrigue se déroule en hiver dans une petite ville de l’est de la France.
Le lecteur se trouve embarqué dans une énigme à plusieurs strates, brillamment menée, dont le centre est la disparition du petit Théo.
Mais d’autres questions planent, plus troublantes.
Doit-on chercher à rentrer dans l’ordre du monde pour le comprendre ?
La raison n’est-elle pas une variété particulière de la folie ?
Dans Cirque mort, l’intrigue policière introduit à d’autres gouffres.
On y entrevoit un réel en miettes dont seuls des enfants schizophrènes ont la clé.
Un univers sans monstres n’est-il pas le plus monstrueux de tous ?
Depuis Presque gentil et La Salamandre, en passant par Tony Duvert, l’enfant silencieux, l’œuvre littéraire de Gilles Sebhan semble traversée par cette obsédante question.








>> La chronique de Jérôme Avenas sur Toute la culture :

Citation:

« Cirque mort » de Gilles Sebhan, polar borderline


Les Éditions du Rouergue publient le premier polar de Gilles Sebhan dans la collection Rouergue Noir. Un inspecteur de police est à la recherche de son fils disparu dans une ville traumatisée par le massacre à la hache des animaux d’un cirque. Un coup d’essai réussi.



On a du mal à croire que Cirque mort soit la « première incursion [de Gilles Sebhan] dans le roman noir » tant l’écrivain y apporte quelque chose de personnel, de mature.
Ne vous attendez pas au rythme de vos polars habituels, ne vous attendez pas aux dévoilements successifs avec roulement de tambours, ici tout est différent.
Relativement court pour ce genre (160 pages), Cirque mort ne manque pas de consistance.
Premier atout, le plus évident et de très bon augure : dès le début, on ne veut plus lâcher ce livre, on veut aller jusqu’au bout, d’une traite, et connaître la vérité sur la disparition de Théo.


L’enfant s’est volatilisé un an après le massacre à la hache de tous les animaux d’un cirque, carnage qui a profondément choqué la population.
Dapper, son père, est officier de police.
Pour la première fois de sa vie, il se retrouve du côté des victimes.
Une lettre anonyme va le conduire dans une institution pour enfants psychotiques où officie le Docteur Tristan.
Le psychiatre est fasciné par ses patients en qui il voit, à contre-courant de la médecine, non pas un « dysfonctionnement » mais « une mutation programmée de l’esprit humain ».
L’auteur de la lettre anonyme est un jeune psychotique.
Ilyas prétend avoir connu Théo et avoir « des visions de lui ».


Cirque mort est nimbé de brumes.
On ne saura jamais dans quelle ville on se trouve, on en saura le moins possible sur le passé des personnages.
Seule compte une sorte de présent opaque et gras, seuls comptent des lieux inquiétants que l’on visite avec Dapper en partageant sa détresse, sa colère et son désespoir.
À chaque page, on flirte avec les limites, à commencer par la frontière entre protection et violence : « [Dapper] l’attrapa par le bras, un peu rudement, au cas où il aurait voulu s’enfuir. Ses doigts crispés serraient trop fort. Avec Théo, il se comportait souvent de la sorte, et se le reprochait. Sa volonté de protéger se confondait avec une certaine brutalité, comme si l’un ne pouvait pas aller sans l’autre. »
Aucun personnage n’est épargné, tous sont gouvernés par un désir de transgression : au bout de leur humanité, l’animalité émerge, une inquiétante ménagerie humaine qui donne à Cirque mort une saveur particulière.








>> La chronique de Nadia sur Livresse du Noir :

Citation:

Cirque mort – Gilles Sebhan



Le premier roman noir de Gilles Sebhan, auteur de plusieurs romans autobiographiques et de deux essais consacrés à Tony Duvert.


Un drame survient dans une petite ville calme, tous les animaux d’un cirque sont massacrés à la hache.
Deux jeunes garçons disparaissent, les mois passent et l’enquête piétine.
Disparition ? Assassinat ?
Puis Théo, le fils du lieutenant Dapper, disparait à son tour.


Dans la région, un hôpital accueille des adolescents très perturbés, il est dirigé par un psychiatre-gourou très bizarre.
Ilyas, un adolescent aux visions étranges, semble savoir beaucoup de choses sur la disparition de Théo.
Dapper va mener l’enquête, il s’écartera de la loi et du cadre légal, il est prêt à tout pour retrouver son fils.
Je ne vous en dirai pas plus sous peine de trahir le roman.


Gilles Sebhan nous offre un polar étrange et singulier, à la limite du fantastique.
C’est angoissant, oppressant, glaçant jusqu’au malaise.
L’auteur nous perturbe en nous questionnant sur la mort et les frontières entre normalité et folie.
Sa plume est fine, subtile, ciselée, chaque mot, chaque phrase trouve sa juste place.
Le suspense est présent jusqu’à la dernière page de ce livre très court qui se lit d’une traite.

Lancez vous dans cette expérience de lecture déstabilisante !



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MessagePosté le: Jeu Mai 31, 2018 12:49 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Cédric Segapelli sur Mon Roman ? Noir et bien serré :

Citation:

Gilles Sebhan : Cirque Mort.

Normes et désordres.




« Tous les enfants sont des hommes. Peu d'adultes le restent. »
C’est probablement avec cet aphorisme de Tony Duvert, auquel Gilles Sebhan a consacré deux ouvrages sur le destin de cet auteur sulfureux, que l’on peut résumer l’univers étroitement lié de ces deux écrivains dérangeants évoquant les thèmes de l’enfance au travers de la sexualité et d’une certaine forme de violence à la fois trouble et subversive.
Comme un écho à cette sentence et à l’occasion de cette première incursion dans le domaine de la littérature noire, Gilles Sebhan reste donc fidèle à la thématique de l’enfance et du rapport avec l’adulte tout en délaissant les notions de sexualité pour nous livrer, avec Cirque Mort, un roman policier déroutant nous entraînant, par le biais d’une angoissante série de disparitions d’enfants, dans l’univers trouble d’une institution psychiatrique pour jeunes patients psychotiques.


Un mystérieux message anonyme conduit le lieutenant Dapper vers le centre hospitalier où sont internés de jeunes mineurs névrosés. Il s’agit de l’unique indice auquel il peut se raccrocher pour retrouver son fils Théo qui a disparu depuis plusieurs semaines tout comme les deux garçons sur lesquels il enquêtait avant d’être dessaisi de l’affaire. Comme un signe annonciateur, préfigurant cette série de disparitions, peut-il y avoir un lien avec le massacre à coup de hache de tous les animaux d’un cirque installé pour Noël ? Parce qu’il ne peut se résigner, Dapper va tenter de trouver des réponses au sein de cette institution singulière en plaçant tous ses espoirs sur le témoignage d’Ilyas, un adolescent en proie à d’étranges visions qui prétend être l’ami de Théo. Névroses ou hallucinations, Dapper n’a pas le choix et va devoir se départir de toutes ses certitudes pour tenter de retrouver son fils tout en se demandant ce qui a bien pu unir Ilyas et Théo issus de deux mondes tellement différents.


Si la littérature noire a souvent eu pour vocation de dénoncer par le biais du crime ou du fait divers des dysfonctionnements au sein de la société, Gilles Sebhan interpelle le lecteur sur un registre quelque peu différent avec un récit dérangeant qui ne cesse de susciter le malaise, notamment avec ce monde de l’enfance s’éloignant des archétypes de l’innocence, propre à cette thématique.
De cette manière, l’enquête policière prend une toute autre tournure que ce à quoi l’on peut s’attendre avec une intrigue portant sur la disparition d’enfants impliquant un père désemparé à la recherche de son fils kidnappé.
Car bien au-delà d’une mise en scène emprunte de suspense et de rebondissements bien maitrisés, il faut voir avec Cirque Mort toute la dimension étrange qui se dégage du rapport entre l’adulte et cet univers de l’enfance disloquée, où la raison et la folie se désagrègent sur une question de point de vue.


Car tout l’enjeu réside au cœur de cette institution psychiatrique sur laquelle règne le docteur Tristan qui, tel un savant fou, façonne la personnalité de ses jeunes patients au gré de ses expérimentations issues de quelques théories obscures où la raison et la folie se déclinent en fonction des règles et des normes établies par la société et que l’on pourrait remettre en cause sur fond de grand chambardement.
Dans le confinement de cet établissement, le psychiatre endosse ainsi le rôle d’arbitre, pour apparaître rapidement comme un homme dépassé, en quête de l’idéal absolu qui résiderait dans la personnalité trouble de ses petits protégés.
Un constat d’autant plus effrayant que loin d’être vulnérable, un enfant perturbé tel qu’Ilyas se révèle être un patient redoutable et bien plus inquiétant qu’il n’y paraît, en étant capable de se soustraire à toutes tentatives de manipulations pour parvenir à ses fins.
Ainsi, au travers des investigations d’un homme vulnérable comme le lieutenant Dapper, le lecteur perçoit donc le jeu à la fois subtil et pervers des influences qu’exercent les différents protagonistes qu’il croise sur son chemin.


Dans la torpeur hivernale d’une ville de province anonyme et au détour de ces d’évènements étranges se situant à la lisière du fantastique, Gilles Sebhan distille, au gré d’une écriture à la fois surprenante et saisissante, une atmosphère oppressante pour mettre en exergue les rapports ambigus régissant le monde de l’enfance et l’univers des adultes qui résonnent au cœur de cette intrigue policière atypique, faisant ainsi de Cirque Mort un roman singulier et provoquant.



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MessagePosté le: Lun Oct 07, 2019 3:20 pm    Sujet du message: Répondre en citant




► Après Cirque mort, on retrouve le lieutenant Dapper dans La folie Tristan, 2ème volet de la série (trilogie ?) Le Royaume des insensés de Gilles Sebhan paru en janvier 2019 au Rouergue Noir.






Le livre :

Thriller psychanalytique où entre pères et fils se jouent des scénarios noirs.

Dans cette petite ville secouée par les disparitions tragiques de plusieurs enfants, un vieil hôpital constitue le nouvel épicentre.
C’est là que le lieutenant Dapper, qui vient de retrouver son fils et de tuer son ravisseur, se retrouve hospitalisé après une blessure par balle.
Là que Théo est examiné par médecins et psychiatres pour évaluer son état après trois mois de captivité.
Là encore que planque un journaliste dépêché par sa rédaction pour écrire sur cette affaire au dénouement aussi heureux qu’imprévisible.
Or, Dapper, qui a remué ciel et terre pour sauver Théo, se découvre incapable de renouer les liens avec son fils.
Au contraire, son propre passé d’enfant abandonné, trimballé de foyer en foyer, l’envahit.
Il décide d’enquêter sur les mystères qui entourent sa naissance.
Sans se douter de la folie vers laquelle son fils dérive, ni que de nouveaux événements sont sur le point de meurtrir la ville.

Dans ce vénéneux roman de Gilles Sebhan, tout commence au pied d’un arbre de pierre, dans la ville ancienne, tout conduit au secret du cœur des pères, tout ramène aux origines. Et si l’innocence constituait la plus grande des cruautés ?



« On ne dira jamais assez le plaisir éprouvé à la lecture de ce roman qui dès la première page fait savoir qu'il va vous attraper. Enfance, norme et folie, portés par une écriture à part. » L'INDIC, à propos de Cirque mort



>> Le site de l'auteur : http://www.gilles-sebhan.fr/

>> Sa page Facebook : https://www.facebook.com/gsebhan/








>> La chronique de Christophe Berurier sur Le Nouveau Cénacle :

Citation:

« La Folie Tristan » de Gilles Sebhan – Le carnaval des fous


Deux livres à lire donc en cette rentrée littéraire d’hiver : le nouveau Houellebecq, bien sûr et le roman de Gilles Sebhan. Un après le puissant Cirque Mort, l’auteur revient avec la suite des aventures du lieutenant Dapper dans La Folie Tristan, toujours aux éditions du Rouergue. Quelques semaines après le retour de son fils Théo, le père est dans l’incapacité de renouer avec ce fils tant cherché.



L’oeuvre de Gilles Sebhan s’étoffe d’un nouveau roman et montre ainsi comment devenir un grand auteur de roman noir.
Les nombreux romans autobiographiques de l’auteur, ses essais ; les américains diraient ses oeuvres de non fiction, consacrés à l’oublié Tony Duvert lui ont permis d’acquérir une expertise de l’écriture noire.
Gilles Sebhan sait depuis longtemps parler au lecteur, il maîtrise à présent l’art du suspense.
Pour tout ceux qui seraient amenés à penser que ce roman n’est qu’un énième polar sur le marché il convient de comprendre qu’il s’agit de l’apparition, de la naissance d’un grand auteur noir.
Est-ce étonnant si pour la sortie de Cirque Mort, le grand François Angelier lui a ouvert le micro de l’émission Mauvais Genres sur France Culture ?
C’est le premier constat que l’on peut faire à la lecture.
L’ouvrage a été remis sur le métier pour offrir un roman ciselé à l’ancienne, une broderie dégueulasse dont la finesse n’a d’égal que la boule au ventre qui vous tient à la lecture.
A de multiples reprises, l’envie de reposer le livre surgit, tellement il prend aux tripes.


Le lieutenant Dapper est-il en train de devenir un personnage classique de la fiction noire, à l’image d’un Maigret, d’un Philip Marlowe, d’un Adamsberg, ou d’un San-Antonio ?
Sebhan va t il l’essorer jusqu’aux tripes, ce flic moyen qui n’en croit pas ses yeux de sentir le pouvoir du jeune Ilyas ?
Ce roman est un carnaval de fous.
On ne sait plus qui est le fou de l’autre.
Bien sûr, on retrouve l’énigmatique Docteur Tristan, dont le nom accompagné de cette fonction fait plus penser à un tueur en série qu’à un psychiatre, Ilyas, Hans et tous les gamins du centre thérapeutique. Mais Théo lui-même n’est plus complètement le même, n’en déplaise à sa mère. Puis il y a Marlène et son barbouze séducteur qu’elle rencontre au bar du Progrès.
Jusqu’au bout, le roman vous tient en haleine.
Vous cherchez à savoir qui et surtout pourquoi ?
C’est bien souvent le problème que l’on rencontre dans les romans de Gilles Sebhan. On ne cherche qu’à comprendre un éventuel pourquoi : Pourquoi les hommes, pourquoi les pères, pourquoi la violence, pourquoi les anormaux.
Gilles Sebhan offre une voix aux fous.


Dapper, père pas peinard.

La Folie Tristan est un roman noir.
L’auteur maîtrise pleinement les codes du genre pour pouvoir jouer avec les clichés sans se laisser prendre.
Le lieutenant Dapper n’est pas un alcoolique complètement perdu. Anna n’est pas une femme coquille vide qui ne sert qu’à mettre une touche féminine dans ces histoires d’hommes. Théo n’est pas qu’un simple petit garçon innocent. Le barbouze n’est pas qu’un prétexte à relancer le récit.
En lisant ce roman on retrouve aussi l’un des sujets favoris de l’auteur, qui depuis bientôt vingt ans n’a écrit presque que sur les hommes.
Gilles Sebhan était un écrivain de l’homosexualité masculine un peu trashos. Mais parler des hommes c’est parler des pères et des fils, c’est aussi ce qu’il fait depuis longtemps. Tirer le fil de la masculinité à partir de l’homosexualité, voilà qui est osé mais cela fonctionne. Ces hommes homos ou hétéros sont tous des fils-de ou des pères-de. C’est ce qui les relie.
N’est-ce pas l’un des rôles de ce motif qui encadre La Folie Tristan : la sculpture biblique de l’Arbre de Jessé, représentant un arbre généalogique ancré dans la pierre à l’image des liens qui ne libèrent pas. Anna, la mère de Théo, hésite à retrouver Hélène, l’institutrice de Théo, avec qui la proximité grandit.


Elle est la figure homosexuelle du roman. Malgré sa discrétion, c’est une image de femme puissante qui prend la parole face à ce lieutenant de mari qui prend la place. Le docteur Tristan, quand nous l’avons rencontré il y a un an avait tout du grand coupable. Il n’est finalement coupable de rien d’autre que d’avoir aimé ces enfants étranges, d’en avoir oublié quelques uns. Théo a laissé dans son ravissement une part de son innocence. Non pas qu’il soit devenu coupable de quoi que ce soit, mais plutôt en ce que la morale ne veut pas accepter la réalité : Théo devient un homme, au contact d’Ilyas notamment. La folie fait grandir donc. Le roman se clôt presque sur une sorte de rite initiatique qui vient boucler la boucle entamée par les premières pages de Cirque Mort.


Gilles Sebhan écrit un livre riche : thriller ultra efficace pour le lecteur qui n’aurait pas feuilleté le premier roman, livre enquête sur la paternité, et sur la masculinité de l’étrange et du flou pour les autres.
Livre d’introspection pour un personnage qui n’avait rien demandé mais qui va tout trouver dans ces pages.
Récit d’apprentissage rock’n’roll pour un Théo que la norme voudrait voir comme une éternelle victime.
« la folie le fascinait mais il savait qu’en chacun le fauve pouvait se réveiller »


Dans quelques décennies, ces deux romans montreront la puissance de l’oeuvre de Sebhan en action, et on dira « Il faut lire les deux polars de Sebhan ».







Cirque mort paraîtra le 15 janvier 2020 dans la nouvelle collection poche du Rouergue Noir, en même temps que le 3ème volet du Royaume des insensés, Feu le royaume :





Citation:


Au moment où il émerge d'une éprouvante affaire d'enlèvement, le lieutenant Dapper découvre l'identité de son père. Celui-ci vient de se donner la mort, faisant de Théo, le fils du policier, son unique légataire. Cette ultime disparition clôt-elle le cycle terrible qui a commencé quelques mois plus tôt avec le massacre à la hache des animaux d'un cirque ? Alors que la petite ville enterre ses morts et soigne les survivants, de l'autre côté de la proche frontière un homme s'évade d'une prison au prix d'un véritable massacre. Marcus Bauman, l'homme des tueries du Brabant, n'a qu'une idée en tête. Se venger de celui qui, quelques années auparavant, a permis son arrestation.

Dans un roman sans répit, où les cauchemars de l'enfance engendrent les monstres de l'âge adulte, Gilles Sebhan jette sur la petite ville un prédateur qui connaît ses moindres secrets. Et qui se joue des enquêteurs dans une terrifiante charade de meurtres et d'enlèvements.



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