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L'Europe il y a 5000 ans, un sujet porteur ?
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Galan
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MessagePosté le: Mer Juin 18, 2008 1:49 pm    Sujet du message: Répondre en citant

C’était des tissus d'une matière inconnue, brillante, souple et légère, des bijoux de fils d'or ténus comme ceux de ces araignées que la brise emporte, des pierres rares, porte-bonheur ou contrepoisons. Le sang du grenat côtoyait le bleu-vert des turquoises des monts lointains ; les onyx, les opales, se répondaient en une chatoyante symphonie. Il vit une carapace de tortue griffée de signes, des cylindres gravés, en légers creux, d'animaux fantastiques, quelques poignards d'obsidienne et de silex. Les lames en étaient fines à couper la feuille qui, portée par le vent, tomberait sur leur fil. Il négligea les nombreux lingots feu ou d'un gris terne. Par droit de prise et selon la tradition d'Aryana, c'était la part des forgerons. Rien qu'avec ces saumons de métal, Pewortor pouvait ré équiper la totalité de sa troupe, de l'adolescent tout juste en âge de se battre au vieillard qui veut mourir en un ultime combat, en nouvelles armes encore meilleures.
L'admiration des arrivants – ils ne se lassaient pas de pousser des oh ! et des ah ! stupéfaits, sans pouvoir rassasier leurs regards d'autant de beautés – le secoua. Leur attitude appuyait son rêve. Il accomplirait les paroles de la prophétesse. Son destin n'était pas de rester un petit chef d'un riche, mais petit wiks. Il devait frapper un grand coup. - Maintenant, voyez le plus beau, la pièce maîtresse du butin : le k'rawal, comme ils l'appelaient.
D'autorité, bousculant Pewortor, il pénétra au fond du chariot. C’était à lui de leur montrer la merveille de son butin. Elle était dans un coffret, taillé d'une seule pièce dans un bois au parfum prenant à la gorge. Des griffures aux motifs répétés, en forme de croix inclinée, le couvraient de tous côtés. Aux bouts de chaque branche en naissait une nouvelle, plus courte, à angle droit. Chacune rejoignait la suivante en une ronde sans fin. Leur abondance était signe d’une protection magique.
Il était fermé d'une planchette du même bois, pyrogravée en creux d’une seule grande croix identique. Elle coulissait dans les rainures de la boite, découvrant, sur un tissu de grand prix, ce que lui, son bhlaghmen et les forgerons qui s'en étaient emparé, avaient été les seuls à contempler jusqu'alors.
Il s'apprêtait à faire glisser le couvercle. Il suspendit son geste. Il ne serait pas assez solennel. Il appela son prêtre. Mieux valait que ce soit lui qui l'accomplisse. Son intervention rendrait plus sacrée encore l'ostension. Elle lui assurerait un surcroît d'ascendant et de prestige. Elle conférerait à l'objet l'aura d'un don divin. Il hésita un instant. Si cette pièce, dont il était si fier, était commune ailleurs en Aryana ? Il aurait bonne mine ! Il courrait ce risque. Il devait impressionner ceux de Kerdarya. Alors, ils rapporteraient partout combien Kleworegs aux beaux butins, fort au combat, n'était pas moins respectueux des dieux et de leurs prêtres, et avait leur soutien.
L'orant prit le coffret.
– Admirez combien Bhagos le distributeur, Thonros le guerrier, et toutes les puissances, favorisent le pieux Kleworegs et son clan !
Et il fit glisser le couvercle.
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holden
Serial killer : Leland Beaumont



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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Mer Juin 18, 2008 2:02 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Galan a écrit:
Bonsoir, Holden.
Vous pouvez déjà télécharger la première partie d'AUBE, qui correspond à plus de 150 posts, à l'URL suivante :
http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit-marc-galan-aube-I
Bonne lecture.


merci
et bravo pour votre courage Very Happy
_________________
welcome in my...
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Galan
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MessagePosté le: Jeu Juin 19, 2008 12:17 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci, Holden
En espérant quand même avoir d'autres qualités (littéraires) que le courage.
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Galan
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MessagePosté le: Sam Juin 21, 2008 1:02 am    Sujet du message: Répondre en citant

Vous pouvez déjà télécharger la première partie d'AUBE, qui correspond à plus de 150 posts, à l'URL suivante (en Pdf)
http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit-marc-galan-aube-I
Maintenant, ça marche contrairement à ces dix derniers jours. Very Happy
Bonne lecture.
Mais si vous êtes patients et préférez lire à petites doses, voici la suite des posts précédents :



Des cris d'admiration s'élevèrent. Même les guerriers trop éloignés pour voir l'objet que le prêtre venait de dévoiler y allèrent de leurs louanges. Les patrouilleurs écarquillèrent les yeux. Leur chef resta bouche bée un long moment. Il se tourna vers Pewortor. Son ton était empreint d'une rare émotion.
E, neres kerd, cœur de noble... car si Thonros t'a inspiré de t'emparer de ce chariot avec cet inestimable trésor, c'est qu'il avait vu ta nature de guerrier sous ton indigne défroque de forgeron et su reconnaître, dans sa sagesse, que tu étais né pour le prier, sois béni et remercié pour ton don précieux et sacré à Aryana !
Pewortor se rengorgea. Ner. Un chef-patrouilleur, représentant l'instance suprême de la seconde caste, le conseil des hauts rois de guerre, l'avait salué et reconnu comme ner, et pris en compte sa revendication implicite. C'était à cause du joyau dans le coffret, mais il devait y avoir d'autres raisons cachées. Trop heureux, il ne chercherait pas, pour le moment, à les approfondir. Kleworegs devrait entériner son entrée parmi ceux de la deuxième fonction. Il n'aurait pas à marchander cette élévation, présentée comme une faveur, contre les dieux savent quelles compromissions. Il était ner, ner de plein droit. Nul ne pouvait plus le lui contester. Malgré l'attitude peu amène du chef patrouilleur, la revendication de son rôle dans la capture du joyau n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd.
Il s'attendait, en dépit de la qualité de celui qui l'avait en passant proclamé ner, à un concert de protestations, par bonheur vaines, de ses nouveaux égaux. Il y eut quelques regards ébahis. Des visages témoignèrent d'une interrogation muette, d'un vague dégoût. Ce fut tout. Dans l'enthousiasme général, sa promotion passa sans trop de peine. Seuls les prêtres marquèrent leur désapprobation… L'affaire ne concernait que les guerriers. Hors le persuader de renoncer à son élévation, ils étaient impuissants.
Leur colère rentrée ne le toucha guère. Il se repassait ce nom dont on l'avait salué. Il ne cessait de lui trouver de nouveaux charmes. Il avait, depuis qu'il l’avait entendu et compris, rêvé qu'il s'appliquerait à lui. C’était arrivé. Il se caressa la barbe, cuivre piqueté d'étain. Dire qu'il avait attendu d'être un ancien du clan pour que son ambition insensée se réalise.
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Galan
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MessagePosté le: Mer Juil 09, 2008 9:58 am    Sujet du message: Répondre en citant

Insensée, oui ! Il avait beau y être arrivé, il avait perdu le sens pour avoir, si longtemps, cru y accéder par ses seules vertus. Il avait fallu un hasard inouï. Kleworegs arborait un air furieux. Pourquoi ? (Il l’apprendrait plus tard : Il comptait l’élever à ce rang tombé du ciel contre les secrets du métal. Pas étonnant qu’il soit sombre ! Cette initiative intempestive sapait à la base ses projets). Bhagos, par la bouche de ce patrouilleur, le lui conférait quand il avait toujours espéré le recevoir de Thonros.
(« Restons tout à notre joie, ne pensons à rien. C'était tramé depuis le premier ciel rouge. » )
(« Ner. » ) A l'oreille, il n'y avait – il en fut presque déçu, surtout choqué –, qu'une différence assez minime entre ce ner respectueux dont on l'honorait enfin et le familier wiro dont on l’avait toujours salué. Qu'importe ! Au cœur, la musique en était tout autre ! Le sien n'allait-il pas éclater ? C'était indéfinissable... Ce qu'éprouvent les malheureux longtemps privés de nourriture et de boisson quand une personne compatissante, mais ignorante, leur verse le contenu d'une outre entière entre les dents ou les gave de viandes riches et grasses. C'était une irruption de plaisir, forte, violente. Ça arrivait, impétueux comme fleuve en crue brisant les dérisoires retenues bâties par l'homme ou les bièvres. Dans l'ivresse de sa joie, dans son trop-plein de bonheur, qu'importait le sort de ses anciens frères de caste ? Oubliées ses éternelles revendications en faveur des siens !
Son élévation était-elle prémices de l'ascension de tous ceux de sa fonction, ou cette joie n'appartenait-elle qu'à lui ? La question n'était, alors, pas de mise. S'il ne concernait que lui, son honneur rejaillissait eux tous. Tout forgeron devait s'en réjouir. Chercher plus loin eût été argutie ou insulte.

Guerrier ! Pewortor nageait dans l'allégresse de sa haute promotion et flottait sur le nuage du plaisir né de son nouveau statut. Le patrouilleur, voix du conseil des rois à Kerdarya, sanctuaire et lieu le plus sacré d'Aryana, l'avait déjà oublié. Passant aux choses importantes, il s'était tourné vers Kleworegs et son premier prêtre.
– E, bhlaghmen, e, reg, pour avoir mené ce raid cent fois béni, où votre guerrier s'est emparé d'un signe si favorable – le Signe annoncé, à n'en guère douter – les dieux vous ont en grande amitié et soutien. Ta piété, prêtre, doit être bien grande, le fumet de tes sacrifices bien enivrant et de parfaite senteur, pour que les puissances divines en aient gratifié ton clan...
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Galan
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MessagePosté le: Jeu Juil 10, 2008 11:49 pm    Sujet du message: Répondre en citant

... Quant à toi, roi, les dieux t'ont favorisé d'avoir des guerriers aussi forts et aussi avisés. Sitôt remis en route, narre-nous l'histoire de ce splendide butin. Tu raccourciras notre chemin. J'aimerais aussi entendre ton guerrier nous conter la prise du joyau dans le coffret. Celui qui a ôté aux ennemis un trésor digne des héros doit décrire, avec ses mots, son haut-fait. Mon homme le plus rapide va partir sans délai pour Kerdarya. Il y annoncera ton exploit. Il y parlera de ta trouvaille… Sans doute le Signe prophétisé par le premier devin à l'entrée de la saison chaude. J'en envoie un autre à ton wiks. Il leur fera connaître ton prochain retour. Il leur dira de préparer ton arrivée avec tout le faste qui convient à un roi tel que toi. Nerswekwos s'y est fait des amies. Il sera ravi de nous précéder.
Kleworegs grimaça. Le patrouilleur en prenait trop à son aise. En saluant Pewortor du titre de ner, il avait ruiné ses plans. Maintenant, il décidait comment son clan célébrerait son retour. Il en oublia, de colère, de s'enquérir de la prophétie.
– C'est ça, très bien, ça me convient tout à fait. Je vais lui confier mon bâton de commandement, pour qu'on le prenne au sérieux (« et toc » ), et lui donner mes ordres (« et re-toc » ) pour qu'il fasse préparer une grande fête.
Il ne releva pas.
– Oui, c'est ça, une grande, grande fête ! Invite aussi de nombreux reges et domunos voisins. Vous aurez tant de merveilles à troquer, et la pièce maîtresse du butin à exposer... Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau.
– Je voudrais me reposer un peu, avant d'arriver chez moi.
– Droit devant nous, il y a un village qui fera l'affaire. De combien as-tu besoin ?
– Disons... deux, trois jours. Et on y arrive quand ?
– À ciel rouge... Oui, sans peine.
– Parfait, ça me va ! Nous prendrons, si tu veux bien, deux jours et trois nuits de repos. Pense à le signaler au messager pour qu'on sache quand j'arrive.
– D'accord, je le lui dirai.
– Bien... Bhebhroussunou, donne aux deux gars qui partent une bonne charge de venaison, à s'en faire péter le ventre ! Et change leurs chevaux contre deux bêtes fraîches ! Nous allons nous mettre en route.

Il ne verrait pas Kleworegs arriver à son village, sa prochaine halte. Les collines du puy aux aulnes se profilaient, à moins de trois pas de Sawel. Sitôt arrivé, il s'installerait pour observer les anciens champs fouillés par les sangliers avides de racines. Bhagos aidant, il n'attendrait pas longtemps avant d'apercevoir un beau solitaire. Cette perspective lui mit du cœur au ventre. Il pressa le pas, sifflotant.
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Galan
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MessagePosté le: Lun Juil 14, 2008 7:23 am    Sujet du message: Répondre en citant

PRISES DE RISQUE



Le chef de patrouille, de curiosité insatisfaite, tapotait la crinière de sa bête. Kleworegs éludait toutes ses questions sans se priver, en revanche, de l’en saouler, et assez habile pour avoir les réponses. Il prenait son mal en patience. Bien des rois se taisent sur leurs exploits dans l’attente d’un large auditoire. La prochaine halte était assez peuplée, quoique pauvre. Pourvu qu’il estime son public suffisant. Pour le nombre, sans doute. Pour la qualité... ? Non. Ils aiment à parler devant les foules, qu’importe leur valeur. Ce soir, sa curiosité serait apaisée.
En attendant, il s’enquérait de tout, hormis la prophétie. Après s’être préoccupé d'Aryana, il revint à son village. Comment se portait sa femme ? Que voulait-il ? Sans doute des nouvelles de sa grossesse, ou savoir si un fils lui était né. Sa question n’avait sinon aucun sens.
Il rassembla ses souvenirs. Un de ses vieillards, avec une énorme loupe sur la tête « Ah ! Je vois qui c’est. Il est au courant de tout ! » lui en avait parlé. L'épouse de son roi le rendrait très bientôt père. La plupart des femmes restaient chez elles, encore enceintes ou à peine accouchées. Les matrones allaient, affairées, de foyer en foyer. Seules quelques jeunes mères promenaient leurs bébés accrochés à leur dos.
– Depuis que je suis roi, je n’ai pas lieu de me plaindre. Nous avons beaucoup d’enfants, futurs prêtres érudits, guerriers invincibles, paysans forts et sains ou femmes fécondes qui nous donneront des fils. Presque tous survivent. Nous n’avons jamais dû en exposer faute de quoi manger.
– C’est vrai ?
– Oh, deux ou trois fois, nous avons failli. Des femmes n’avaient pas de lait et ne trouvaient pas de nourrice. Ça s’est toujours arrangé, je crois. C’était chez les wiroi... Si tu veux, tu demanderas au prêtre.
– Tant mieux, mais, dis-moi...
– Tu m'as dit que les autres clans n'avaient fait que peu de raids, tous sans gloire ni succès. N'est-ce qu'ici, ou partout ?
– Ailleurs, je ne sais pas. Mais depuis un lustre, au moins, les raids ne rapportent plus guère nulle part.
– Hein ! Comment est-ce possible ?
– Beaucoup de rois ont perdu le feu sacré. Ils ne pensent plus qu'à leur bétail et à leurs femmes. J’en ai vu beaucoup. Tu es un des rares à oser partir aussi loin et aussi longtemps. Il est juste que Thonros et Bhagos t'aient récompensé. Le dieu du courage sourit à l'audacieux, lui offrant foule d'ennemis à écraser. Le Distributeur lui accorde un butin superbe et digne d'un chant.


Dernière édition par Galan le Mar Aoû 05, 2008 8:44 am; édité 1 fois
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Galan
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MessagePosté le: Mar Aoû 05, 2008 11:04 pm    Sujet du message: Répondre en citant

– Oui, je me bats bien. J'ai mes raisons. Ça remonte à mon enfance. À l'époque, mon père était roi. Chaque année, il partait à la tête d'un tout petit groupe, et revenait peu après avec quelques ballots de peaux de bièvres et de rares captifs pouilleux. Les enfants sont cruels envers la faiblesse et le malheur, mais nous n'osions, tant ils étaient pitoyables, accabler de quolibets ces malheureux. Les guerriers talochent ceux qui jettent boue et cailloux sur les vaincus accablés. Tu peux penser que cette crainte nous retenait. Détrompe-toi. Nous trouvions dérisoire de nous en moquer. Déjà nous avions honte, bien plus que pour eux, pour ceux qui les avaient pris...
... Malgré ses raids minables, il était très bon guerrier. Il entraînait ses hommes avec zèle, patience et efficacité. Tous ses élèves se battaient comme s'ils avaient été initiés aux armes par les compagnons de Thonros, voire Thonros lui-même. Il en faisait d'excellents combattants. La qualité de mes vétérans, formés par lui, le prouve. À chaque tournoi opposant les wikos à l'entour, nous étions, à armes égales, toujours vainqueurs.
– Alors, de quoi te plains-tu ?
– Je te l'ai dit, pourtant... Si tu as bien écouté mes derniers mots...
– Attends... Tes derniers mots ? « Toujours vainqueurs », ça ne doit pas être ça. « À armes égales », peut-être ? Oui, le vice, c'est dans : « À armes égales ». J'ai pas raison ?
– Oui. Je t'explique. Nous avons deux genres de tournois, sans compter ceux qui font s'affronter les futurs guerriers, à mains nues ou avec des armes en bois. C'est eux que j'ai le plus de plaisir à regarder. Là, tout dépend de l'habileté. Ils durent et ne cessent que lorsqu'un adversaire a désarmé l'autre. On les dit de simples danses, mais ceux qui y excellent sauvent leur vie là où les autres périssent ou subissent les pires blessures. Pourquoi crois-tu que je suis encore là après treize campagnes ! ... Parlons des vrais tournois. L'un oppose des guerriers armés de lames tirées au sort ; l'autre des clans équipés des leurs, choisies en vue de ces assauts...
... Dans le premier, on se bat pour la beauté du geste et l’admiration des spectateurs. Ils sont tout prêts à acclamer les meilleurs, d’où qu’ils viennent. Chaque arme est marquée au signe d’un clan. On attache à leur poignée une longue lanière de cuir, puis on les dissimule sous une épaisse couche de paille. Chacun tire sur la lanière choisie, sans savoir sur quoi il va tomber. Bhagos lui donne, selon son humeur, un beau glaive dur et sonore, une arme aux qualités et faiblesses égales, ou un infâme morceau de métal mou et mal ouvré...
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Galan
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MessagePosté le: Mer Aoû 27, 2008 8:28 pm    Sujet du message: Répondre en citant

... Le Borgne ne marquait pour notre clan ni sympathie, ni antipathie sensible. La majorité des nôtres héritait d’armes moyennes, dont les facteurs n’auraient eu ni à rougir, ni à montrer une particulière fierté. Si certains touchaient des glaives ne valant guère mieux que ceux des danses, d’autres, en revanche, en recevaient de beaux, lourds et solides à souhait. Le tout s’équilibrait, ce qui était juste. Nous étions de bons guerriers, mais sans rien pour alerter les dieux...
... À ce stade, nous ne nous en tirions pas trop mal, voire mieux que ça. Ceux qui avaient reçu en partage des rogatons ne cédaient qu’après un combat acharné. À défaut de leur valoir la victoire dans ces luttes où les meilleurs se mesurent aux meilleurs, cette résistance leur assurait l’admiration. Leurs lames brisées sous le choc d’un noble bronze, les dieux contre eux, ils cédaient sans déshonneur. Ceux qui se battaient à armes égales gagnaient souvent. Je ne te parle pas des favorisés. Ces duels devenaient des formalités presque ennuyeuses. Sauf à tomber sur des colosses aussi bien armés qu’eux, il leur était plus facile de vaincre que de voler un gâteau de miel à un enfant… et aussi peu gratifiant. Reste que c’était des victoires. À l’issue de ces duels, nous étions dans le groupe de tête, voire en tête, du tournoi. Nous nous réjouissions et nous exultions... plus pour longtemps...
... Venait le vrai combat, qui désigne le triomphateur et lui assure, outre un grand renom, les biens des perdants. Si, jusque là, chacun a lutté pour l’honneur et la gloire, l’on se bat ici, clan contre clan, pour le butin ou, si l’on ne peut vaincre, pour que le vainqueur, devant votre courage, en distraie quelques beaux coursiers pour vous honorer. À l’issue de chaque tournoi il en est ainsi. Celui-ci – le village le plus riche et donc le mieux équipé – reçoit la totalité des mises et le devient encore plus. Si l’on a mis une limite aux enjeux pour permettre à tous, même les plus pauvres, de se mesurer, ce système reste à l’image de la vie. Il favorise les plus puissants au détriment des plus faibles et des moins nantis...
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Galan
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MessagePosté le: Dim Sep 14, 2008 8:54 am    Sujet du message: Répondre en citant

... Là commençait la catastrophe, l’horreur, tout ce qu’il te plaira d’imaginer de triste et de sordide. Nous n’avions que des armes de cuivre pur, molles, flexibles, que le choc de l’airain suffisait à plier, voire à briser. On avait dit à mon père qu'il s’obtient en mélangeant l’étain qui se raye de l’ongle au métal rouge. Son bon gros sens lui avait soufflé que c'était impossible – impossible, avec l’aide des dieux ! ? – L’adjonction au cuivre rouge du tendre métal blanc ne pouvait donner l’airain puissant et sonore. Il en avait, cent fois, refusé à notre forgeron le moindre morceau. Il ne servirait pas à faire le bronze, mais à préparer des maléfices dont souffriraient les guerriers. Voilà pourquoi, face à tous les autres clans dont les armuriers, pourtant, n'avaient pas la science du nôtre, nous étions si mal équipés...
... Tout à la fin de sa vie, il avait admis, du bout des lèvres, la nécessité d’ajouter un métal au cuivre pour le transformer en bronze invincible. Il n’arrivait toujours pas à comprendre que ce soit l’étain. Notre forgeron essayait de le convaincre. Il jurait, par les jumeaux du serment et du châtiment du parjure, en avoir besoin pour de bons glaives. Il céda, à contrecœur. Il lui fournit, je ne sais comment vu nos ressources et son avarice, deux ou trois minuscules lingots de métal gris, vieux reste de butin... Trop peu, trop petits... Il ne put rien en faire...
... Ce qui est sûr, et m’a marqué dès que j’ai eu l’âge de comprendre la dignité de notre fonction, c’est qu’au moment des joutes finales, où chacun se bat avec ses armes rescapées des engagements précédents, les nôtres, brillants le premier jour, échouaient et s’inclinaient dès le début. Oh, leur défaite n’était pas lamentable ! ... Loin de là, même – on admirait leur courage et leur opiniâtreté –, mais rapide et inéluctable... Comment vaincre lorsque à l’issue des duels nous récupérions nos glaives émoussés, ébréchés, tordus, rompus ? Ni cœur ni force ne nous évitaient la déroute. Nous perdions toujours face à nos adversaires encore bien armés. Nous étions, à côté, à mains nues...
... L’échec succédant à l’échec, chaque saison nous voyait plus pauvres. Sans la générosité des vainqueurs, hommage à nos beaux combats, notre clan eût disparu. Je désespérais d’y obvier jamais. J’allais m’exiler. Mon père mourut... Un glaive de bronze n’assure pas toujours la victoire sur un couple de mange-miel, surtout quand le mâle est ivre de venger les blessures de sa femelle. Affronter deux de ces monstres au pelage et à la peau épais avec une lame de cuivre, c’est du suicide...
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Galan
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MessagePosté le: Sam Sep 27, 2008 11:17 pm    Sujet du message: Répondre en citant

... Il fut mis en terre, puni par les dieux pour son mépris du bronze. Je lui succédai...
... Les feuilles rougissaient… Une main de lunes à ronger mon frein. Je n’avais aucun projet bien défini – Sa mort (Il était bâti pour voir les petits-enfants de ses petits-enfants.) m’avait surpris –, qu’une certitude : Tout plutôt que la médiocrité souffreteuse où nous avions croupi sous lui. Nous avions trop pâti de ses demi-mesures, de son faux bon sens, de son refus de l’avenir. Comment supporter d’avoir les meilleurs guerriers et de les voir subir défaite sur défaite aux jeux, faute de beaux bronzes ? ...
... À peine acclamé roi, je pris les choses en main. J’étais né « Roi de gloire ». J’honorerais ce nom reçu des dieux. Je ne rendis chez ceux du métal...
... J’arrivai chez Punesnizdos le forgeron. Le père de Pewortor ne ressemblait pas à son fils. Il était lourd et maussade. On eût dit, malgré sa corpulence et ses muscles, un serviteur s’attendant, cœur glacé d’effroi, à une sévère correction... Bien loin d’un de ces génies du feu que leurs fils évoquent quand, au cours de leurs jeux, ils parlent d’eux...
... Il m’accueillit avec respect – C’était son devoir face à un roi et un guerrier –, mais sans la moindre amabilité. Il eût reçu un vagabond étranger pouilleux avec plus de chaleur et de plaisir. Son fils, lui, me salua avec peut-être moins de déférence, mais plus de cordialité. J’appelle ça de la cordialité. C’est ce qui s’en rapprochait le plus. Les forgerons ne sont pas gens cordiaux...
... Ils attendirent mes paroles. Nul ne s’adresse à son roi sans y avoir été invité une première fois. Les ferai-je patienter un bon moment, pour montrer mon pouvoir, ou parlerai-je tout de suite ? Obtenir de belles armes me taraudait. Je ne les tins pas longtemps sur les braises. Je serais un plus grand chef en donnant aux miens des glaives solides qu’en lassant leur patience. Je leur expliquai le pourquoi de ma venue, et leur intérêt à trouver une solution à nos malheurs...
« Forgeron, depuis que j’ai été en âge d’assister aux tournois et, plus tard, d’y lutter, comme tout fils de roi, j’ai toujours vu les miens, pourtant les plus forts, les plus agiles, les plus vaillants, se faire vaincre sans recours à cause de leurs pauvres armes... de tes armes. Qu’as-tu à dire ? »
... Il me regarda, apeuré. Quoi qu’il dise et fasse, il serait le coupable sur mesure, la victime expiatoire. Pewortor était passé d’un coup à une franche hostilité, à peine dissimulée sous le respect de mise. À ma grande surprise, ce fut lui qui parla, alors que son père continuait à baisser les yeux et à se tordre les mains, comme s’il craignait de m’adresser la parole...
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Freyja
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MessagePosté le: Lun Sep 29, 2008 3:02 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Oh, comme on se retrouve.
Ainsi que je te l'avais dit en son temps, ce thème est tout à la fois original et intéressant. En tout cas, il pique ma curiosité.
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Galan
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MessagePosté le: Lun Sep 29, 2008 5:23 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci de ta visite, Freyja (même si je préférerais Freyja, en avatar, plutôt que le bon Michel de Nostre Dame)
Je vais aller voir ton blog ce soir et t'y faire un petit salut.
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Freyja
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MessagePosté le: Lun Sep 29, 2008 7:11 pm    Sujet du message: Répondre en citant

C'est très sympathique à toi, merci.
Ne t'inquiète pas, j'ai conservé mon bel avatar (sur mon disque dur). Wink
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Galan
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MessagePosté le: Mer Oct 08, 2008 5:08 am    Sujet du message: Répondre en citant

« Ton père voulait des armes de bronze, et refusait de procurer au mien le métal blanc. Reprocheras-tu à qui prépare l’hydromel de te donner de l’eau, si tu lui interdis de toucher au miel ! ? »
... Je le regardai avec colère. Me manquer ainsi ! Il ne me laissa pas lui répliquer...
« Père a fait des armes de bronze plus fortes et plus belles que les meilleures, quand on lui en a laissé le droit et le loisir. »
... Avant d’entendre ces mots, j’avais l’intention de le châtier avec la plus grande sévérité. Son attitude avait été trop injurieuse ; son mépris de toutes règles et hiérarchie, insupportable. Ils désarmèrent ma colère. Elle céda la place à une intense curiosité. Malgré l’arrogance de ce garçon (Il était de trois ou quatre ans mon aîné mais, ayant son père, l’était encore quand, orphelin, j’étais un homme, et un roi.), je contins mon irritation. Puisqu’il semblait, en dépit de son statut de dépendance, être le vrai chef de cette famille, je le sommai d’être plus clair. Qu’il me prouve ses prétentions par autre chose que ces dires. Rien, que je sache, n’était jamais venu les étayer ! ...
... Impérieux, il se tourna vers son père. Gêné, le vieux forgeron courtaud se dirigea, traînant le pas, vers le fond de sa forge. Il y fourragea parmi un monceau de peaux tannées, destinées à la fabrication de fourreaux. Il retira de sous cet amas un glaive d’un bronze luisant. Il me le tendit, yeux baissés, gamin qui s’attend à une gifle...
... J’écarquillai les yeux. L’arme était sans doute une des plus belles, non, la plus belle, que j’aie alors jamais vue. Élégante de lignes, elle donnait une impression de puissance que je n’avais jusqu’alors rencontrée, poussée à ce point, dans aucun glaive. Je tendis la main pour le prendre. Punesnizdos me le confia comme s’il se libérait d’un poids...
« Prends-le, il est à toi. Il m’avait été commandé par le frère de ton père, qui fut notre roi si peu de temps. C’était juste avant sa mort. Jamais ton père n’est venu le chercher. J’espère que tu sauras l’apprécier. C’est du vrai bronze, le meilleur, avec les proportions idéales de cuivre et d’étain soufflées par les dieux. »
... Je le lui pris (en réalité, j’ai dû le lui arracher) des mains. Je la brandis aussi haut que le permettait le toit. Je fis sonner la lame, dont j’étais déjà amoureux, contre l’énorme creuset où se fondait le métal. Son tintement me mit une grande joie au cœur. Mon oreille avait reconnu, sans conteste, le son d’un grand bronze. Je ne l’avais entendu qu’en de très rares occasions, quand des neres du plus haut rang échangeaient quelques passes au cours des plus grands tournois...
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