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Jean-Christophe Grangé http://rivieres.pourpres.free.fr
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Mar Avr 29, 2008 10:59 am Sujet du message: |
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Les forgerons frétillaient d'aise à l'idée du proche spectacle. Il se crispa. Il eût été bien inspiré de les en priver eux aussi. N'étaient-ils pas d'un statut inférieur ? Mais ils étaient des leurs, avaient capturé nombre de ces Muets exilés derrière les chariots du butin, pris aux ennemis des trésors sans pareil. Les traiter comme leurs captifs eût été inconcevable. S'il leur en confiait la garde ? Ils y verraient une mesure vexatoire. Mieux valait l'oublier. Quel dommage que ces armuriers soient aussi capables, et aussi bons guerriers – S'être ainsi piégé ! – aussi bons combattants. Il les eût, sinon, avec plaisir et sans scrupule aucun, relégués à des tâches viles et inutiles, possédant toutes l'inestimable avantage de les tenir éloignés du gibet. Ce n'était qu'un rêve. Mettre à l'écart des hommes de cette trempe, à commencer par leur patriarche, n'était pas si facile.
Qu'importe, Il avait son plan – Il déplairait aux prêtres. C'était le moindre de ses soucis – pour résoudre le problème posé par ses prétentions. Il ferait, dès que l'occasion s'en présenterait, un don au colosse... Un don qui calmerait ses ardeurs et le disqualifierait... Oui, ça devrait marcher... Et il n'avait pas d'autre solution.
Le temps de la réflexion était passé. Son regard revint vers l'arbre gibet. Un autre vétéran, agile comme un écureuil malgré sa démarche claudicante, grimpait, s'aidant de ses excroissances maladives et de ses chancres, le long du tronc épais. Arrivé à la fourche d'où partait à angle droit la branche destinée à recevoir la corde, il s'y engagea sans crainte. Elle semblait solide, pleine de vie à voir les bouquets de feuilles roussissant, de taille à supporter sans se briser le poids de deux beaux taureaux. Même chargé de tous les crimes de la terre, un homme ne pèse jamais autant.
Il avança le plus loin possible. Il détacha de sa ceinture son long lasso de cuir tressé. C'était son meilleur ami. Il en usait avec une rare virtuosité et se disait capable d'arrêter avec lui un aurochs en pleine course. Il s'en était déjà souvent servi pour capturer de jeunes bovins ou des serviteurs évadés. Une fois, et il en était très fier, pour immobiliser un mange-miel furieux attaquant une troupe de petits paysans. Il l’était moins en ce jour. Il servirait, assujetti sur la maîtresse branche, à une trop sinistre besogne. Il oublierait de le reprendre si le jeune garde y périssait accroché. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Ven Mai 02, 2008 8:41 am Sujet du message: |
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Toujours juché, le pied bot fit coulisser le nœud coulant. Souple, bien fait, il briserait net le cou de la victime, au lieu de la laisser étouffer longtemps, langue pendante et yeux exorbités. Cette perspective le dégoûta. Il examina une nouvelle fois son travail. Kleworegs n'irait pas jusqu'au bout, mais... Autant lui éviter une mort ignominieuse, s'il était soudain devenu sanguinaire.
La corde était prête. Les conversations n'avaient pas cessé durant ces manipulations. Elles se turent d'un coup. La branche, la corde, rendaient présente la mort. Toute une cour de justice délivrant son jugement n'eût pas été plus éloquente. Le gros jeune homme, témoin impassible de tous ces macabres préparatifs, eut le plus grand peine, surpris par ce silence tombant comme une chape de plomb, à retenir des frissons. Tout était fait pour allonger au maximum les préliminaires de son exécution. C'était exaspérant... c'était rassurant. On ne mettait pas sans raison sa fermeté d'âme à l'épreuve. Combien, à sa place, seraient déjà devenus fous ?
Malgré son courage, il peinait à dompter la bête en lui, dévorée par la peur. Une irrépressible coulée de sueur parcourut son échine. Dieux merci, nul ne s'en aperçut dans la lueur du jour passant à la brune. Il avait, dans son angoisse, une énorme envie de hurler. Qu'on en finisse, par les dieux ! En même temps, il regardait tous ces préparatifs comme s'il observait des fourmis traînant du grain tombé sur un sentier ou des corbeaux se disputant une charogne. Bien plus, son esprit sortait de son corps. Un second lui, impalpable et intangible, l'examinait et le jugeait. Il était satisfait. Son premier, sur sa rosse, se tenait bien devant la mort.
Il affecta une totale indifférence. Elle lui vaudrait l'estime générale. Le vétéran qui l'avait désentravé prit la haridelle par la bride et la mena vers l'arbre d'un pas lent, mais décidé. C'était le cheval le plus laid et le plus rétif parmi tous ceux capturés. Quelle honte de chevaucher cette bête, plus proche du cheval servile venu du midi outre les montagnes que du coursier ! Elle en effaçait son angoisse. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Ven Mai 09, 2008 10:33 am Sujet du message: |
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Ils arrivèrent sous la branche, à son exacte verticale. D'autres vétérans se précipitèrent. Ils l'aidèrent à se mettre debout sur le dos de la rosse. L'un d'eux, avec des gestes amicaux et presque tendres, lui passa sous le menton la corde du supplice. Dans la situation où il se trouvait ! Le guerrier si précautionneux voyait-il combien ses gestes étaient risibles ? Cet amusement fut bien fugitif. À l'instant, d'autres sujets, vitaux, requirent tous ses soins. Il devait se tenir sur la pointe des pieds pour éviter d'être étranglé par le cuir qui lui enserrait la gorge. Il avait mal. Ses kilos en trop, pesant à ses extrémités, tiraient tous ses muscles. Il serait, s'il s'en sortait, toujours tempérant... Ah, s'il avait participé avec plus de régularité et de zèle aux danses des guerriers ! Il aurait su faire des pointes. Il souffrirait moins.
(« Nous y voilà ! ») Il s'était familiarisé, pendant leurs deux jours de cohabitation forcée, avec son caractère. La rosse dont il sentait les dorsaux sous le coussinet de ses orteils était plus susceptible que ces plantes dont les gousses éclatent, projetant leurs graines à l'entour, au plus léger effleurement. Une vraie boule de nerfs. Le moindre éternuement, la plus infime douleur, la faisaient se cabrer, ruer, se rouler à terre. Sa situation était précaire. Le guerrier désigné comme bourreau lui parla avec douceur. Sensible à ce ton et à ces sonorités inhabituels, elle consentit à observer la plus stricte immobilité. Pourvu qu'elle persiste dans ces bons sentiments ! (« Bhage ! Que rien ne vienne la troubler ! ») Un peu trop de vacarme, un taon en mal de piqûre, elle se lancerait, en un instant, dans un furieux galop, causant sa mort nette et sans bavures.
Kleworegs s'approcha, l'allure calme et décidée. Il fut très admiré. Ainsi marche le dieu de la justice. Il installa son cheval, le plus beau de la troupe comme il sied au chef, près de la vieille bourrique, autant pour la surveiller que la maintenir.
(« Pourvu que, de jalousie, elle ne se mette à ruer ! ») Ses craintes en voyant arriver le superbe étalon furent vaines. Elle était d'un calme exceptionnel, quasi hiératique, comme consciente de la solennité du moment.
– Honte sur toi, qui as dormi pendant ton tour de garde ! J'espère que tu as eu le temps de t'en repentir la soirée d'hier et ce jour !
Il regarda son roi droit dans les yeux. Il ne desserra pas les dents. La question était de pure rhétorique. Il n'attendait pas de réponse. Il l'interrogeait à seule fin d'exposer sa théorie de la discipline. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Lun Mai 12, 2008 12:15 pm Sujet du message: |
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Il avait bien jugé. Kleworegs, sans plus s'intéresser à lui, se tourna vers ses guerriers. Il prit un ton emphatique, s'écoutant déclamer. Ses paroles semblaient plus destinées au condamné qu'à ceux qu'il regardait, mais chacun en ferait sa provende.
– Pendant que tu cheminais sur le cheval d'opprobre, lié et courbé sous le poids de ta méprisable faute, tu as réfléchi et regretté ton crime. En vrai guerrier fils d’un de nos guerriers que tu es resté, j'espère, au fond de toi, tu as détesté et maudit ta conduite et ses possibles conséquences pour la troupe, non ton juste châtiment...
... Nous allons vérifier que tu as eu une attitude digne de ton sang. Si cela est, tu ne mourras pas. Tu redeviendras une personne, digne de combattre pour la gloire des tiens. La loi dit que, sauf en combat loyal et singulier, aucun de nous ne tuera un de sa race. Tu as, en dormant pendant ta garde, trahi ton sang... Il se peut, cependant, que tu aies ressenti, ensuite, pendant ton sursis, une juste haine de ton laisser-aller, danger pour nous tous. Elle t'aura sans conteste ramené parmi nous...
... Mais comment savoir si tu l'as, au fond de ton cœur, éprouvée ? Je pourrais te le demander. Si tu es resté loin de nous, tu mentiras. Le mensonge te sera si naturel qu'il aura l'exacte apparence de la vérité. Le Muet menteur est aussi crédible que celui des nôtres qui dit vrai en jurant par les grands dieux. Cela correspond à leur nature respective...
... Dieux merci, nous avons le moyen de savoir si un homme ayant perdu aux vents mauvais son pur vêtement de vérité en est à nouveau recouvert et protégé.
Il fit venir vers l'arbre, d'un geste impérieux, ses trois plus vieux guerriers. Il leur désigna le condamné juché, sur la pointe des pieds, sur l'échine de la rosse. Il donna un ordre au plus proche.
– Ôte-lui sa tunique !
Pour dissimuler ses bourrelets, toujours disgracieux et ridicules, plus encore chez un adolescent, il avait ajusté et lacé très serré sa peau de loup. Ces lanières, couvertes de sueur et de graisse, étaient difficiles à dénouer. Le vétéran sortit son poignard pour les couper. Kleworegs s'y opposa. Il le rappela à l'ordre. Qu'il se souvienne de ce point du rituel des exécutions : Il fallait dénouer, non couper, pour dénuder les condamnés ! Il s'escrima longtemps sur les boucles, ce qui était méritoire. Vu les circonstances, il s'abstint aussi de jurer, ce qui pour lui était héroïque. Ses gros doigts gourds, aux ongles courts et rongés jusqu'au sang, ne trouvaient pas de prise. Malgré la faiblesse apparente de l'effort et la fraîcheur de la nuit tombée, la sueur lui dégoulinait du front. Il arriva à ses fins. Il arracha la tunique délacée. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Ven Mai 16, 2008 9:05 am Sujet du message: |
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Il dévoila un torse glabre, couvert d'une épaisse couche de graisse que sa nudité exposait. Ce matelas adipeux absorbait sans dommage des coups à ébranler un arbre. C'était un avantage, mais il était quand même trop gras ! S'il survivait, Kleworegs lui demanderait de faire un peu fondre tout ça. (« Un guerrier doit avoir des muscles, pas ce sain de porc au gavage ! »)
Il fit signe au vétéran de s'éloigner sur son cheval. Il ne se fit pas prier. Sitôt hors de vue, il s'envoya un fond d'outre d'hydromel pour étancher sa soif et se récompenser de n'avoir pas sacré une seule fois, malgré l'envie qui l'en tenaillait. La rosse avait semblé, un instant, vouloir le suivre. Kleworegs, aidé par les deux autres, l'avait, à temps, rappelée à l'ordre. Anticipant son mouvement inattendu, ils s'étaient précipités vers elle et l'avaient maintenue calme et droite.
– Il va nous faire des conneries, ce bestiau. Surveillez-le bien !
Il avait chuchoté, à la limite de l'audible, à l'oreille de chacun. Malgré le ton doux, c'était un ordre, tout aussi impératif qu'un hurlement.
Le vétéran qui s'était éloigné de l'arbre et en avait profité pour se rafraîchir glotte et idées n'était pas allé loin. Sa dernière gorgée engloutie, sans même s'être essuyé la moustache du dos de la main, il s'était dirigé vers le plus proche bivouac. Réunis autour d'un grand feu, ses frères l'alimentaient de branches mortes et d'herbe sèche. Le combustible ne manquait pas. Le brasier en imposait. Arrivé près des flammes, il sortit son glaive. Il en plongea la lame parmi les braises. L'arme était d'un seul bloc. Il guetta, à travers le cuir dont on gainait la poignée en pareille occasion – Il valait mieux éviter de se faire plus mal que le supplicié –, le moment où elle deviendrait quasi impossible à tenir.
Bientôt, la chaleur du brasier, passant par la lame, s'était transmise à tout le glaive. Il le brûlait. Il retira du feu, serrant les dents, son ami de cent combats. Il l'embrassait chaque fois qu'il l'avait aidé à occire un ennemi. Il le regardait en cet instant avec hostilité. Il avait toujours eu horreur du feu et même du chaud.
Il patienta un instant, faisant passer la poignée d'une main à l'autre. Sa chaleur était devenue supportable. Il le tiendrait. Il assura sa prise et se dirigea vers son cheval. Plus sage que les hommes, il se tenait à distance raisonnable du feu. Le vétéran ne voulait pas lâcher son glaive ardent. Il se fit aider pour remonter sur sa bête. Le brandissant haut, il revint vers Kleworegs. (« Je me taperai bien un nouveau petit coup d'hydromel quand ce sera fini ! ») Son roi fit signe à un autre guerrier de partir et de faire comme lui. En même temps, il tenait la rosse à l'œil : elle semblait avoir pris son parti de rester aussi immobile qu'une souche. On ne pouvait même pas se fier à sa folie. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Dim Mai 18, 2008 10:59 am Sujet du message: |
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Le vétéran au glaive de feu s'installa au côté du condamné. Kleworegs, la voix reposée par la courte interruption, reprit son discours
– Guerriers, celui-ci, puisqu'il a perdu son droit à être nommé en péchant contre la loi des guerriers, a commis un crime des plus graves. Désigné au poste de sentinelle, il n'a pas, comme il en avait le devoir, assuré sa garde. C'est un grand crime... Mais il en existe un bien plus grave, capital, auprès duquel sa coupable négligence n'est rien...
... Vous le savez tous. Les prêtres et les producteurs, quand ils ont commis un crime, sont soumis à une épreuve. Bhagos, le distributeur, décide de leur culpabilité en les punissant lui-même. Par le poison, leur sort est scellé. S'il les tue, c'est la preuve, ou la confirmation s'ils récusent les témoins, de leur noir forfait. S'il les épargne, la preuve de leur innocence ou de la légitimité de leur acte. Alors, tout est dit. Le clan du coupable paie sa dette de sang...
... Mais la punition du guerrier n'est pas dans les mains de Bhagos. Il a cédé, pour les coupables de notre caste, son droit de sanction à Thonros, dieu de la guerre et des combats. Il est, à la différence de son double noir Mawort, aussi doté d'un solide jugement. Dans sa sagesse, après mûre réflexion, il a décidé. Le courage du guerrier absoudrait ses fautes comme sa lâcheté, ce crime absolu, le perdrait...
... En temps de combat, tu aurais été mis en avant-garde, aux points les plus exposés. Si je t'avais jugé responsable de la mort de trois guerriers, tu aurais dû tuer de ta main trois ennemis... Dire que certains appellent ça une punition ! C'est impossible. Je n'ai pas non plus le droit d'attendre notre prochaine campagne contre les Muets pour te punir ou te donner une chance de te racheter. D'ailleurs, je ne sais combien de têtes d'ennemis exiger de toi, avant de t'absoudre...
... Aussi subiras-tu l'épreuve du courage. Trois fois on t'appliquera sur le corps le plat d'un glaive plongé dans les flammes. Une fois sur l'épaule gauche, une fois sur la droite, une fois sur la poitrine... |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Mar Mai 20, 2008 9:29 am Sujet du message: |
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Tout en s'adressant à lui, il n'avait cessé de regarder la foule indistincte des guerriers. Les visages, assombris par la nuit naissante, s'y confondaient. Ne distinguant plus leurs expressions, il revint à lui. Ses mâchoires s'étaient contractées. Il avait blêmi en entendant la sentence qui le frappait. Avant que Kleworegs ne se retourne, il s'était repris. Il arborait devant son chef, à un pas de lui, un masque indifférent. Même sous la douleur la plus extrême, il n'aurait, de lui, rien d'autre... Dût-il en mourir.
– ... Ça te fera mal, très mal même. N'oublie pas que pour nous montrer ton courage, tu ne devras ni bouger, ni crier. En revanche, tu peux serrer les mâchoires pour supporter la souffrance. Ouvre la bouche que je mette ce tampon de cuir entre. Il t'empêchera de grincer des dents. C'est un bruit si insupportable que ton cheval pourrait avoir un mauvais mouvement.
Le gros garçon acquiesça de la tête et ouvrit la bouche. Il prévint le geste de son roi.
– Tu as raison, j'appartiens à Thonros, il serait mal que Bhagos me lui vole.
Les guerriers l'approuvèrent. Il était pieux. Thonros lui donnerait le courage de supporter son châtiment. Kleworegs l'avertit une ultime fois :
– C'est tout simple. Si tu gigotes trop, tu te pends. Si tu cries, cette rosse est si nerveuse qu'elle partira au grand galop. Dans ton intérêt, sois courageux !
La première lame avait eu le temps, pendant le discours, de refroidir un peu. Ce ne fut qu'une faible, quasi insignifiante souffrance, quand elle s'abattit sur son épaule gauche... Très loin d'une caresse, rien de la douleur atroce redoutée et espérée à la fois. En le faisant aussi peu souffrir, Thonros le moquait et le considérait comme un guerrier au rabais... Pourquoi se dépréciait-il ? Il était un héros. Il avait eu grand mal, et l'avait supporté avec cœur. C'était plus valorisant. Il s'y tiendrait. Le plus désagréable du supplice était l'odeur de peau grillée qui le prenait à la gorge. Pourvu qu'elle n'affole pas son cheval dément. À peine commençait-il à y penser que la première épreuve cessa.
Dernière édition par Galan le Ven Mai 23, 2008 8:38 am; édité 1 fois |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Ven Mai 23, 2008 8:37 am Sujet du message: |
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Il était rassuré. Son deuxième tourmenteur arriva de l'autre côté. Sa lame se posa sur sa peau. Son intense chaleur, bien plus forte qu'il ne l'avait imaginée, le surprit. Elle venait de sortir du feu et n'avait pas eu le temps, comme l'autre, de se refroidir un peu. Comble de malchance, le propriétaire de ce deuxième glaive avait la paume de la main pleine de cals, quasi insensible à la douleur. Il n'avait jamais été aussi près de hurler ou de bondir. Soudain, prenant le relais de sa faible carcasse, une force l'immobilisa et lui bloqua les mâchoires. Il mordit son tampon de cuir avec violence... Ce craquement ! Ses dents qui se brisaient ? Il se contracta, voulut relever ses jambes pour prendre une position fœtale. Il aurait moins mal. La force qui le maintenait immobile et tétanisé prévint son geste. Il resta droit. La mort est un sein où ni peine, ni douleur n' atteignent plus. Elle a le défaut de ne jamais laisser sortir.
Pour la troisième et dieux merci dernière partie de son supplice, il s'attendait à une douleur pire encore. Il s’y prépara, toute volonté tendue. Il n'en fut rien. Le troisième bourreau n'avait pas le cuir insensible de son prédécesseur. Le condamné avait, sous le derme, une épaisse couche de graisse. La souffrance s'y noya. Il étouffa un énorme ouf de soulagement. Il n'avait qu'un regret. Sa douleur aurait été encore moindre s'il avait eu, comme certains de ses compagnons plus âgés, le torse bien velu. Il en revint. Il aurait perdu au change. Les chevaux, indifférents à l'odeur de chair grillée, réagissent avec une extrême violence à celle du poil brûlé. Ils hennissent et ruent comme des possédés. Sa vie valait bien un léger surcroît de peine. De l'avoir sauvée lui donna la force de le supporter.
L'épreuve était terminée, la faute oubliée. Nul ne dirait jamais que Medhwedmartor avait pu faillir, ne serait-ce qu'un instant, à l'honneur !
Kleworegs congédia ses vétérans et vint se placer à côté du héros du jour. Un hurlement d'approbation s'éleva.
La rosse s'était bien tenue jusqu'à présent. Prémonition de son sort, effroi causé par les cris des guerriers, brusque envie de se dégourdir les jambes, elle piqua soudain un démarrage foudroyant. Il n'eut que le temps de saisir les jambes du garçon avant que la corde ne lui brise le cou.
– Holà, venez vite, détachez-le !
Sous l'émotion, ou parce que la corde lui avait trop serré la gorge, il avait cessé de respirer. On lui sortit la tête du nœud coulant. Il était temps. Le pendu s'ébroua. Il regarda Kleworegs.
– Bhagos voulait sa proie, hein !
Il l'observa. Il souffrait. Malgré ses narines pincées et son teint cireux, et en dépit de son allure de petit tonneau, il avait tout du guerrier.
– Un vrai servant de Thonros ne laisse pas Bhagos reprendre comme ça les proies auxquelles il a renoncé par serment. Sa ruse a échoué.
– Oui, mais tu m'as sauvé la vie. Elle t'appartient. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Lun Mai 26, 2008 9:07 am Sujet du message: |
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– Pas entre guerriers ! On n'en aurait jamais fini. Fais-moi un plaisir. Sois mon gardien d'armes.
Il hocha la tête. Bien sûr ! Kleworegs lui avait proposé une des fonctions les plus recherchées par les jeunes guerriers. À un tel poste, on est le confident du chef, son héraut, son messager privé. On est l'homme qui en connaît tous les secrets... son exécuteur, au besoin.
– Très bien. Mon premier ordre sera que tu maigrisses un peu.
Un des prêtres-guérisseurs de la troupe s'approcha du garçon.
– Viens un peu par ici que j'examine tes brûlures... Bon, je vais te passer une pommade dessus. Tu resteras torse nu jusqu'à ce que ça cicatrise. Après, pendant deux ou trois lunes, tu ne mettras sur ta poitrine rien d'autre que du lin pour couvrir ces blessures. Tu as bien compris ?
– Du lin ?
– Ne te crois pas devenu prêtre pour autant. Tu dépends juste un peu de nous, jusqu'à ta guérison. Mais si tu portais du cuir ou une peau sur ta brûlure, elle risquerait de s'infecter... Je dois maintenir les guerriers dans le meilleur état pour qu'ils se battent bien.
– Bon, je suivrai tes conseils.
Ceux lancés à la poursuite du cheval de l'exécution l'avaient rattrapé. Un lasso lancé d'une main sûre l'avait à moitié étranglé. La rosse, épuisée de sa course folle, n'avait plus opposé de résistance.
Ils la ramenèrent sous l'arbre. Kleworegs héla le supplicié. Il lui tendit un marteau de guerre. Il était en métal quand, s'agissant d'un sacrifice, il aurait dû être de pierre. Personne ne le releva.
– Tous tes crimes sont passés dans son corps. Tu dois l’immoler... Tu as une bonne raison. Alors que Thonros t'avait pardonné, tu as failli mourir par sa faute. Je te le dis comme ça, pour que tu frappes plus fort. En réalité, ça ne devrait pas entrer en ligne de compte.
Il prit la masse, la leva très haut au-dessus de sa tête, l'abattit. Elle retomba avec un bruit mat, lui fracassant le crâne.
– Reste ! Nous allons la démembrer et l'enterrer. Après, tu pourras aller dormir.
– J'ai mal au cou !
– Je vois ! Tu as une belle ligne rouge. Ça passera !
– Tu as vu, roi, je n'ai pas flanché. Mais je crois que tu n'aurais pas aimé perdre un de tes guerriers.
– Non, je t'aurais sauvé. Je l'ai toujours fait pour ceux qui canaient... C'est peut-être une cruauté inutile.
– ? ? ? ? ? ? ?
– De les laisser vivre. Un guerrier qui a craqué devant la mort disparaît du clan et devient serviteur. Il doit balayer le crottin des chevaux, laver le linge... Il en est même – j'en ai entendu parler – qui doivent servir de femmes. Ne crois-tu pas qu'il est plus doux de les faire périr ?
– Alors, si j'avais supplié ?
Il s'éloigna sans attendre la réponse. Elle ne viendrait pas.
– Tu veux tuer ton sanglier ? Il y en a tout plein du côté du puy aux aulnes. Il entendit la nouvelle avec plaisir. Il n'avait pu participer – il était trop jeune – à la traque aux loups de l'hiver passé. Cela lui était resté sur le cœur. Pour échapper à l'ennui de son village, il allait chasser les porcs sauvages. Dire que des garçons de son âge participaient à des raids à des jours de cheval chez l'ennemi ! Un brin d’action relèverait un peu son morne quotidien.
Il prit son poignard et son épieu. Il se mit en route.
Il ne savait pas encore qui était Kleworegs, ni même qu'il existait. Cela attendrait son retour. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Mer Mai 28, 2008 9:23 am Sujet du message: |
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GUERRIER !
Le lendemain, la troupe reprit son chemin vers le nord. Le ciel écrasait la terre ; ils se sentaient des aigrettes au bout des doigts. Les nuages ventre de rat noyé crevèrent soudain en violent orage. Il eut beau être bref, ils pouvaient tenir pour bagatelle vent, pluie ou tempête, il ne fut pas le bienvenu. Éclairs et tonnerre effrayaient les chevaux, nerveux depuis l'immolation de la rosse. Plusieurs de ceux qui montaient des bêtes, encore mal dressées, du butin, churent dans la boue. On en rit un court instant. Le ciel, pour ne pas faire de jaloux, fit tomber, drus, de lourds grêlons, gros comme le bout du doigt et plus. Ils n'épargnèrent personne, du roi au captif. Les guerriers prirent leurs boucliers en épais cuir de vache pour s'en protéger... Un poing de glace, dur comme pierre, avait assommé l'un d'eux allant tête nue.
Arrosés d'abondance et de très mauvais gré, tous saluèrent la fin de la bourrasque avec de grands cris. Les nuages enfuis, le soleil frappa, comme pour se venger, de tout son éclat. Après un bref trajet, ils arrivèrent dans une zone de rochers. Les creux qui les parsemaient étaient secs. Pas une goutte n'y était tombée. La preuve était là : l'orage les avait choisis pour cible. Perkunos, le porteur de foudre, les avait trouvé négligents. Ils lui sacrifieraient au plus vite. Ces pierres brûlantes tombaient à pic. Kleworegs ordonna une halte. Ses hommes se dévêtirent et étendirent leurs fourrures sur les rochers chauffés par l'ardent soleil. Sitôt posées, elles exhalèrent en vapeur toute l'eau dont elles s'étaient gorgées. Les chevaux fumaient eux aussi. Ils seraient bientôt secs.
Ils examinèrent les captifs. Bien que sans protection contre l'orage, ils n'avaient pas de blessures. Leurs ecchymoses sur les avant-bras ne méritaient pas ce nom. Elles ne pouvaient leur ôter la moindre valeur. Certains connaîtraient pire, aux mains de mauvais maîtres.
Rassurés sur leur état, les guerriers, nus, revinrent près de leurs vêtements. Debout – ceux qui s'étaient assis sur les pierres surchauffées s'y étaient brûlés –, ils s'étiraient au soleil. Pendant que leurs fourrures séchaient, ils jouèrent des muscles et se montrèrent leurs cicatrices glorieuses. Chacun proposait à l'admiration de ses voisins, de tous s'il les estimait valoir l'admiration générale, les marques et balafres reçues au combat, se gaussant des moins couturés. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Dim Juin 01, 2008 11:17 am Sujet du message: |
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Kleworegs, au corps à peu près intact, eut une moue navrée. Avec quel mépris, pas plus tard que l’avant-veille, ceux qui exhibaient, si fiers, leurs cicatrices avaient-ils moqué la coutume des Muets de se faire des blessures et de les présenter comme preuve de vaillance ! Avec quelle vigueur l'avaient-ils approuvé quand il avait expliqué combien, pour un vrai guerrier, l'important n'est pas celles reçues, mais infligées ! Deux jours avaient passé. Ils l’avaient oublié, et étaient tombés dans le même ridicule.
Il allait le leur rappeler et dauber sur leur légèreté. Un autre combattant, lui aussi au corps intact, connu de tous pour sa hardiesse et ses ravages, le devança. Certains vantards oubliaient les peu glorieuses circonstances de leurs cicatrices (Il ne parlait pas des marques d'épreuves. Un homme d'honneur les ignore.) Il interpella les deux qui riaient le plus fort. Un soir d'ivresse, ils s'étaient blessés l'un l'autre croyant frapper un ennemi. Plus très farauds, ils se turent. Il se tourna vers un autre groupe.
Ceux-là étaient connus pour leur hardiesse, et presque autant pour leur maladresse et leur raideur. La honte les stimula. Ils le prirent de haut. Ils avaient voulu faire sentir aux jeunes, participant à leur premier raid, combien il est digne et glorieux de mépriser la douleur et de se précipiter, malgré les risques, au plus fort du combat. Il était bien bête, ou bien malveillant, s'il ne l'avait compris.
Ils se calmèrent. Seul un petit malin plaisanta sur la petitesse du sexe du sermonneur. Sa remarque sortait du sujet. Elle tomba à plat. Nul ne se sentait assez belliqueux pour la reprendre ou l'exploiter. Tout se termina en péans à leur gloire.
Ils reconnaissaient ces bois, ces rivières. Leur village était, à moins d'un quartier, un peu à main gauche du levant en remontant du côté des mousses. Quoique guidés par le seul butin, ils ne s'étaient guère fourvoyés.
Le lendemain matin, ils croisèrent un petit groupe porteur des insignes du conseil royal de Kerdarya. Ils échangèrent de longs et cérémonieux saluts. Il écouta ensuite les nouvelles. Il pouvait être fier. Sa troupe était la dernière, là où il régnait, à revenir de campagne.
La patrouille semblait informée de tous les bruits et autres potins locaux. Son chef avait parlé avec de nombreux reges et neres. Le ton général était à la déception. Les raids, cette année, avaient peu rapporté. Dix captifs ici, un petit troupeau là, quelques ballots de peau à droite à gauche. Rien, au total, qui en vaille la peine. Tous étaient rentrés bien avant la fin de la saison chaude. Ce n'est pas dans leur butin qu'on trouverait le trésor promis ! |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Dim Juin 08, 2008 11:05 am Sujet du message: |
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Il négligea ces derniers mots. Il était trop fâché, pire, humilié, de ce défaitisme. Il ne s'en cacha pas. Son ton criard, inhabituel, le trahissait
– Nous non plus, nous n'avons rien eu au début. Mais nous avons chevauché, chevauché, jusqu'à trouver de forts partis de Muets. Ils avaient de grands troupeaux et de nombreux captifs. Nous les avons tous défaits, avons pris tous leurs biens, et ramenons tout ce que tu vois... Sans compter le plus beau, que tu ne vois pas. Il est dans les chariots. Nous l'avons récolté tout à la fin. Tu vois, ça marche, quand on combat jusqu'au dernier jour
-Pewortor se planta devant eux.
– C'est nous, les forgerons, qui l'avons capturé !
Le chef de la patrouille regarda le colosse. Il aurait bien voulu le toiser... Exercice difficile, qui perd toute efficacité quand on doit lever les yeux sur son antagoniste. Kleworegs préféra parer à la confrontation.
– J'espère ne plus être très loin de chez moi.– Nous y sommes passés, le temps d'une très courte halte, il y a un quartier. On t'y attendait avec impatience, mais sans inquiétude. À croire qu'ils sont habitués à tes retours tardifs.
– Habitués, et heureux ! Plus je rentre tard, plus beau et riche mon butin...
- Tu as dit à un quartier. Pour nous, ça fera plus
– Détrompe-toi, nous sommes allés au pas, et sommes passés saluer des rois.
- C'est possible, mais j'ai les captifs à ménager, et les bœufs ne vont pas aussi vite que les chevaux, même s'ils se fatiguent moins.
– Oh, des bœufs nous auraient rattrapés!
Devisant, ils remontèrent le long de la troupe. Kleworegs présentait les siens, commentant leurs exploits. Medhwedmartor les suivait de près, raide comme piquet. Le contraste entre son corps, toujours aussi grassouillet malgré les repas sautés, et son visage farouche, eût pu prêter à rire... Mais dans cette seconde vie, don de son roi en dépit de Bhagos, nul ne s'y risquerait sans s'en repentir. Personne ne s'en sentit d'humeur. Ils avaient plus intéressant à faire. Ils admiraient la longue théorie de captifs, de beaux bovins, de petits chevaux piaffants.
Pewortor chevauchait en tête au moment de la rencontre. Il avait préféré, pour éviter tout esclandre, retourner avec les siens. Ils étaient rassemblés auprès des chariots de butin, emplis de richesses moins spectaculaires que les captifs ou le bétail, mais bien plus étranges et rares. |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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Posté le: Mar Juin 10, 2008 9:49 am Sujet du message: |
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Les nouveau-venus arrivèrent aux lourds véhicules. Kleworegs proposa à leur admiration ce qu'il – Pewortor fronça les sourcils – ce que les forgerons de sa troupe, sous les ordres et sur l'initiative de leur rusé patriarche, avaient intercepté au cours du dernier raid.
Ils étaient bâchés et clos de lourds battants de cuir. Pewortor mit un point d'honneur à dénouer lui-même les lacets fermant les portes de celui aux plus merveilleux trésors. Il écarta avec affectation l'un des panneaux, imité en tous points : gestes, attitudes, mimiques, par son compagnon Egnibhertor, chargé de l'autre.
Les rayons du soleil se ruèrent sous la bâche, faisant briller et resplendir de mille feux le miroir de bronze tout devant, juste à l'entrée. Réfractés par la surface plane et polie avec soin, ils frappèrent les yeux du patrouilleur. Il grimaça, l'air niais. Comment ces rais pouvaient-ils jaillir du butin ? Il se passait la main devant les yeux, à la fois de surprise incrédule (« Se seraient-ils emparé d'un morceau du soleil ? » ) et pour se les protéger. Pewortor sortit le flan de métal brillant et le lui présenta. Il eut sa deuxième surprise, moins saisissante, aussi spectaculaire. Un visage (le sien, il se touchait du doigt le bout du nez et la scène se reproduisait à l'identique) apparaissait à la surface du disque de bronze. Il s'était parfois miré dans l'eau calme des étangs, et y avait vu ses traits, bien plus flous, plus imprécis. Cet objet, créé de main d'homme (« de main d'homme ? » ), lui renvoyait plus que son image, son double.
– Et ce n'est pas comme l'eau dormante, qu'un souffle de vent ou un caillou lancé par un polisson, tout frétillant à l'idée de t'éclabousser et sûr que tu ne pourras le rattraper pour le talocher, trouble jusqu'à effacer tes traits. Ne souffle pas dessus, c'est tout... et même... ils réapparaîtront plus vite et mieux que sur l'eau calmée.
Fasciné, il continua à regarder le bijou de métal poli. Ses doigts étaient graisseux d'un récent repas. Pewortor grimaça, dégoûté. Il devrait le frotter à user son chiffon pour lui rendre son lustre. Cette corvée avait son bon côté. Il en profiterait, juste compensation, pour étudier une fois encore son bronze si clair.
Le patrouilleur leva la tête.
– Tu me dis que ça vient des Muets. Te moques-tu ? Ce sont des bêtes. Comment pourraient-ils ouvrer un objet aussi splendide ?
– Je l'ai pris chez eux, pas à eux. Attends : ce que je t’ai montré à l'instant, que tu as tant admiré, est un de nos moindres trésors. Repose-le à sa place... Là, oui, sur l'étoffe, et regarde. |
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holden Serial killer : Leland Beaumont
Inscrit le: 02 Avr 2007 Messages: 1129 Localisation: derriere toi avec une hâche

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Posté le: Mar Juin 10, 2008 10:31 am Sujet du message: |
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c'est dur à lire
j'attends la fin sur un fichier word  _________________ welcome in my... |
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Galan Témoin
Inscrit le: 20 Juil 2007 Messages: 89
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