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Détour - Martin M. Goldsmith (Rivages/Noir)

 
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norbert
Serial killer : Hannibal Lecter


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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 5:37 am    Sujet du message: Détour - Martin M. Goldsmith (Rivages/Noir) Répondre en citant

Publié aux Etats-Unis en 1939, adapté à Hollywood et pourtant resté inédit jusque là en France, Détour de Martin M. Goldsmith vient enfin de paraître chez Rivages/Noir, traduit par Simon Baril, avec une préface de William Boyle.






Le livre :

Musicien new-yorkais à la carrière incertaine, Alex traverse les Etats-Unis en stop afin de gagner Los Angeles, où sa fiancée est partie tenter sa chance.
Alors qu'il désespère de trouver un automobiliste complaisant, une luxueuse décapotable s'arrête.
Mais lorsque le chauffeur trouve la mort par un concours de circonstances, Alex prend une décision qui va sceller son destin tragique.

Voici, enfin publié en France, le roman qui a donné lieu au film culte du même nom, réalisé par Edgar G. Ulmer en 1945.
Entre roman noir et suspense psychologique, dans la tradition d'Assurance sur la mort et du Facteur sonne toujours deux fois, un classique vintage incontournable sur fond de désenchantement hollywoodien.




« Un petit livre incandescent qui avance à toute vitesse. » The New York Times

« Un fil électrique sous tension qui vient fouetter une chaussée détrempée. » William Boyle




L'auteur :

Martin M. Goldsmith est un écrivain et scénariste américain né en 1913 à New York.
Il commence par vendre des nouvelles à des magazines avant de publier trois romans, dont Détour en 1939, qui donnera lieu en 1945 au film noir culte du même nom, signé Edgar G. Ulmer.
Il mènera par la suite une carrière de scénariste pour le cinéma et la télévision.
Il est mort à Los Angeles en 1994.



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norbert
Serial killer : Hannibal Lecter


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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Sam Jan 06, 2018 7:04 am    Sujet du message: Répondre en citant




>>La chronique de Yan sur Encore du Noir :

Citation:

Détour, de Martin M. Goldsmith



C’est une espèce de retour aux fondamentaux que nous réservent les éditions Rivages en ce début 2018 avec l’édition inédite d’un texte de 1939 seulement connu en France jusqu’ici par le biais de son adaptation cinématographique de 1945 (avec toujours Goldsmith au scénario).


Détour, ce sont les histoires parallèles d’Alex Roth et de Sue Harvey.
Alex et Sue se sont rencontrés à New York.
Il jouait du violon pour un orchestre jazz dans une boîte, elle y officiait dans une troupe de danseuses.
Sue est partie seule pour Los Angeles avec l’espoir de faire carrière au cinéma.
En attendant, elle est serveuse dans un fast-food.
Alex, quelques mois plus tard, a enfin réuni assez d’argent pour la rejoindre à condition de faire le trajet en auto-stop.
C’est au Nouveau-Mexique qu’on le découvre, au moment où une voiture luxueuse s’arrête pour le prendre.
Haskell, le conducteur, a un portefeuille bien garni et se montre très généreux envers Alex, lui offrant de le mener jusqu’à Los Angeles, et lui payant à manger.
Problème : Haskell meurt accidentellement en cours de route.
Au milieu du désert avec une voiture, un cadavre et une grosse somme d’argent, Alex doit faire un choix : attendre que quelqu’un passe et signaler la mort de son bon samaritain aux autorités, ou continuer la route plus riche en endossant l’identité du mort.


Farce cruelle sur la manière dont on peut courir après des chimères et accumuler pour cela les mauvais choix qui mènent à l’impasse, Détour est un roman noir de la plus belle eau.
Goldsmith y campe une galerie de personnages qui se révèlent tour à tour naïfs, calculateurs et, surtout, dépassés par leurs actes et leurs ambitions.
Narrateurs l’un et l’autre de leurs propres histoires, Alex et Sue apparaissent en effet très vite comme deux innocents aux rêves certainement trop gros pour eux.
Cette innocence, leurs récits la cultivent, mais l’on voit bien vite poindre en dessous l’ambition et le calcul – bien souvent erroné – qui les portent à faire des choix, à prendre des initiatives qui peuvent autant faciliter leur ascension que précipiter leur chute.


Ces récits croisés révèlent leurs personnalités, le fossé qui ne cesse de se creuser entre eux, et l’ironie de leurs destins respectifs.
Il faut dire que Martin Goldsmith se plaît à rebrasser les cartes régulièrement et à enchaîner les péripéties et rebondissements qui mènent peu à peu les personnages – et plus particulièrement Alex – à foncer dans une impasse, poussés pour cela autant par leur naïveté que par leur refus d’abandonner leurs rêves de grandeur.
C’est toute la cruauté du rêve américain qui transparaît là : l’audace peut exceptionnellement déboucher sur la réussite, mais la plupart de ceux qui le poursuivent finiront brisés.
Un roman à ranger précieusement à côté de ceux de Cain, Brown, Goodis ou Thompson.



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norbert
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Le Serment des Limbes

MessagePosté le: Lun Jan 08, 2018 9:43 am    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Claude Le Nocher sur Action-Suspense :

Citation:

Martin M.Goldsmith : Détour (Rivages/Noir, 2018) - Inédit -


[...]


« Je mentirais si je vous disais que je n’ai pas été tenté d’assommer M.Haskell pour lui faire les poches. Au cours de la nuit, il m’est arrivé une fois ou deux d’y penser. Mais cet homme m’avait bien traité et je ne pouvais me résoudre à lui faire du mal. Néanmoins, la tentation était très très forte. N’oubliez pas que j’avais désespérément besoin d’argent, alors que dans la voiture se trouvait une clé Stillson et une paire de gants de conduite rembourrés pouvant servir à amortir le choc. C’était du tout cuit, pour peu que je me décide.
Vous trouvez que rien que d’y avoir pensé fait de moi un sale type ? Je vous arrête tout de suite. Je suis un musicien, pas un voyou. Les rares actes déshonorants que j’ai pu commettre, je les ai commis parce que je n’avais pas le choix. Or là, je me suis abstenu. Je ne vous demande pas pour autant de me remettre la médaille du mérite… »



Ce roman datant de 1939 est un inédit en français.
Si l’on s'est aperçu de ses qualités, cela tient au regain d’intérêt pour le film qui a été adapté d’après cette histoire.
En 1945, le cinéaste Edgar G.Ulmer réalisa un film à petit budget d’après Détour.
Tom Neal, Ann Savage, Claudia Drake, Edmund Macdonald, y tenaient les principaux rôles.
Pour le scénario, Martin M.Goldsmith ne garda que le périple d’Alex Roth, pas les pages avec Sue Harvey.
Même s’il manquait de moyens, le réalisateur donna une sacrée intensité aux mésaventures d’Alex.
Le regard fixe et las du héros montre à quel point il est accablé par le déroulement des faits.
Ce qui permet des flash-back, retours en arrière illustrant la vie du personnage, indiquant que ce brave garçon est bien victime d’une inexorable fatalité.


Le film d’Edgar G.Ulmer est puissant.
Le roman de Martin M.Goldsmith l’est tout autant.
Faut-il le comparer à des auteurs tels que James Cain ou Horace MacCoy ?
En tout cas, il s’en rapproche assurément.
En particulier dans les passages mettant en scène Sue Harvey à Hollywood.
La description des conditions de survie dans lesquelles évoluent les aspirants à la gloire, au cœur du mythe de l’usine à rêve, est frappante de vérité.
« Les mensonges des revues de cinéma, les mirages des romans de gare et les salaires exagérés que les attachés de presse annonçaient en fanfare, tout cela se combinait pour former un des pièges les plus vicieux que l’on puisse imaginer. Et moi, j’étais une des milliers de petites souris qui s’étaient fait avoir. Ça n’avait pas pris beaucoup de temps, du reste. En moins de six semaines, j’étais complètement fauchée… »
L’avenir de Sue va-t-il se stabiliser ?


Dans la meilleure tradition du roman noir, devenu un vagabond, Alex avance à l’aveugle vers son destin.
La mort inopinée d’Haskell lui offre un sursis, et quelques centaines de dollars.
Mais on se doute que les ennuis de ce solitaire sont loin d’être terminés.
« Quelle que soit la direction que vous choisirez, ce sera toujours la mauvaise », écrit en préface William Boyle (auteur de Gravesend, n°1000 de la collection Rivages/Noir).
En effet, c’est ce qui fait la force de tels romans.
Excellente initiative de publier ce titre, à lire absolument.



>> Lire l'intégralité de la chronique ici


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scarabe
Serial killer : Leland Beaumont


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MessagePosté le: Lun Jan 08, 2018 10:51 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne trouve pas de librairie qui fait l'opération dont tu nous a parlé, Norbert : deux rivages achetés un gratuit. C'était l'occasion pour découvrir celui-ci.
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norbert
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MessagePosté le: Lun Jan 08, 2018 11:27 am    Sujet du message: Répondre en citant

scarabe a écrit:
Je ne trouve pas de librairie qui fait l'opération dont tu nous a parlé, Norbert : deux rivages achetés un gratuit. C'était l'occasion pour découvrir celui-ci.


Tu leur as demandé ? Parce que peut-être qu'ils n'ont pas eu le temps de mettre les opérations en place dans leurs rayons (en plus, tous les éditeurs poche en font une similaire) ?
Sinon, tu peux leur passer un coup de fil avant d'y aller pour savoir s'ils la font, et si vraiment aucune ne la fait (ça serait surprenant, même si c'est à chaque librairie de décider), à ce moment-là il te restera les Fnac et certainement aussi les Cultura.


PS : comme pour les autres éditeurs, le Rivages/noir gratuit est à choisir entre deux titres (mais je l'avais indiqué dans mon message)
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JohnSteed
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MessagePosté le: Dim Jan 14, 2018 8:54 am    Sujet du message: Répondre en citant

Si vous aimez les polars des années 30-40, les anti-héros les situations pas possibles, plongez-vous dans ce livre. Ce fut pour moi un vrai régal. Je ne vais pas vous faire le pitch du livre. Le style de Goldsmith est sans fioriture. Il va à l'essentiel. Pas besoin d'en faire des tonnes et des lourdeurs et des pages (comme ça peut l'être chez certains auteurs contemporains). L'usage de la première personne nous permet de nous placer à la place des deux principaux personnages. Beaucoup d'empathie, un scénario simple mais efficace.
Je ne connais pas le film qui en a été fait. Du coup ce fut une vraie découverte et un réel plaisir de lecture.
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norbert
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MessagePosté le: Mer Jan 17, 2018 8:09 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Julien Védrenne sur K-libre :

Citation:



Roadtrip meurtrier



Détour est un roman à deux voix qui relate les mésaventures d'un couple amoureux à distance, et les raisons plus ou moins morales qui le conduisent à l'éclatement.
Tout débute à New York.
Alexander Roth est un violoniste talentueux mais sans le sou, un peu sanguin quand il est question de la femme de sa vie, et qui se retrouve sans emploi.
De son côté, Sue Harvey veut être actrice à Hollywood.
Les deux songent à se marier mais Sue part habiter en colocation dans la Cité des Anges avant qu'ils se soient dit oui.
Après quelques mois loin l'un de l'autre, ponctués d'une maigre correspondance, Alex vend son violon et part retrouver Sue.
Sa rencontre sur un bord de route alors qu'il fait du stop avec le bookmaker Charles Haskell va être son point de rupture.
Sue, quant à elle, est devenue serveuse dans un fast food en attendant une audition qui ne vient pas, convaincue qu'elle va percer un jour.
Elle a pour elle de savoir ce qu'elle veut et d'être dotée d'une plastique quasiment irréprochable.
C'est surement la raison pour laquelle elle finit par accepter de tomber entre les bras et les jambes de Raoul Kildare, un acteur de seconde catégorie.
Kildare, puis plus tard Fleismeyer (un lointain ancêtre d'Harvey Weinstein) sont ses deux points de rupture à elle.
Pendant qu'Alex endosse dans tous les sens du terme le costume de Haskell suite à la mort accidentelle de ce dernier, Sue oublie peu à peu sa culpabilité d'avoir trompé Alex et se découvre amoureuse de Raoul.
Pour Alex, ce n'est que le début des ennuis, car il accepte par la suite de prendre en autostop Vera, qui en sait plus que lui sur Haskell, et qui menace de le dénoncer pour finalement le faire chanter et l'humilier.


Le décor est planté et l'on suit alternativement les deux trajectoires opposées.
D'un côté, la vie bancale de Sue nous parait bercée d'illusions plates, de l'autre, les péripéties d'Alex nous paraissent incongrues.
Surtout, Alex a du mal à se dépêtrer d'un autre costume, celui de meurtrier, alors il va finir par l'endosser définitivement sans que Sue le sache à un moment ou un autre, convaincue de son côté qu'Alex est mort.
Martin M. Goldsmith fait preuve de finesse à l'entame de la chute de son roman, car il prend le pari de surprendre.
Alors que tout est réuni pour que les deux acteurs du drame qui se joue sous nos yeux se retrouvent, il les éloigne implacablement et leur évite d'avoir plus de culpabilité qu'ils ne devraient en avoir.
Malgré quelques touches sentimentalistes un peu éventées aujourd'hui, Détour est une très bonne surprise exhumée par les éditions Rivages, qui par certains aspects prône une absence de morale.
Le roman a en son temps été adapté au cinéma par Edgar G. Ulmer avec quelques libertés - le film est un récit à une voix et perd toute la substance transgressive tout en étant un bon film noir.
Un autre écrit de Martin M. Goldsmith deviendra L'Énigme du Chicago Express, brillant film noir sous la direction de Richard Fleischer.

C'est dire !


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MessagePosté le: Dim Jan 21, 2018 2:57 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Catherine sur Le Blog du Polar de Velda :

Citation:

Martin M. Goldsmith, Détour

C'est la faute au destin...




Détour, publié en 1939 pour la première fois, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Edgar G. Ulmer six ans plus tard, et le film éponyme est devenu un grand classique du film noir, à tel point qu'il a peut-être occulté l’œuvre d'origine.
Riche idée des éditions Rivages : Détour ressort en ce début d'année, et c'est une bonne nouvelle.
Publié pour la première fois aux Etats-Unis dix ans après Moisson rouge de Dashiell Hammett et la même année que Le grand sommeil de Raymond Chandler, Détour se ressent encore de la grande crise de 1929, mais Goldsmith ne se prive pas de recourir à l'humour cynique, qui deviendra la marque du grand Chandler.
Martin M. Goldsmith, né en 1913, a publié trois romans avant de devenir scénariste pour le cinéma et la télévision.
A la lecture de Détour, on comprend pourquoi...


Détour se lit en une traite.
Pour la bonne raison que Goldsmith, dès les premières pages, enchaîne son lecteur au sort d'Alexander Roth, violoniste de son état, amoureux de l'irrésistible Sue, "chorus girl" dans le cabaret new-yorkais où il joue.
Alexander a du goût pour la musique classique, c'est un peu frustrant pour lui que de jouer dans un orchestre de club...
Mais que ne ferait-il pas pour rester près de Sue ?
Tout se passe bien, c'est l'amour fou, mariage en vue malgré l'opposition de la mère de Sue.
Et puis Alex se fait virer : il a mis son poing dans la figure d'un client aux mains un peu trop baladeuses...
Retrouver du travail à New York après ça relève de la gageure.


Sue, de son côté, a des ambitions.
Elle décide de partir tenter sa chance à Hollywood.
Voilà Alex seul, pauvre, obligé de quitter son appartement.
Il n'a plus rien à perdre et décide de rejoindre Sue.
En stop, bien sûr, pas les moyens d'y aller autrement.
Traverser le pays le pouce en l'air, ça n'est pas une sinécure.
Alex n'a plus un sou en poche, il est sale, affamé.
Il finit par céder à la tentation et par commettre un menu larcin qui lui vaut de passer quelques semaines en prison dans le Texas.
A la sortie, il est dans un triste état.
Mais la chance finit par lui sourire sous la forme d'une énorme Buick conduite par un dénommé Haskell, prêt à véhiculer Alex jusqu'à sa destination, Los Angeles.
La chance ! Coup de frein.
On est dans un roman noir, alors la chance, on n'y croit pas trop.
Et on a raison...


De l'autre côté du pays, Sue écrit à sa maman : tout va bien, elle a de beaux projets en vue, dans peu de temps elle sera une star.
Sauf qu'en réalité, elle vit dans une petite baraque minable en compagnie d'une coloc qui se lève à l'heure où elle, Sue, rentre de son boulot de serveuse.
A Hollywood, le soleil ne brille pas pour tout le monde.
Road movie aux péripéties dignes d'un film des frères Coen, Détour raconte le voyage d'Alex, son inquiétude grandissante au fur et à mesure qu'il découvre qui est son bienfaiteur, celui qui le véhicule et lui offre des steaks, à lui qui crève de faim.
Au fil des kilomètres, et jusqu'à l'accident qui va faire basculer la vie d'Alex, ce dernier se fait des films, mais même en imagination, le pire n'est jamais sûr.
Les bons sont vite résignés, les méchants sont vraiment méchants, mais personne n'en sortira indemne, et surtout pas l'histoire d'amour.


Martin M. Goldsmith fait dans la simplicité stylistique, il maîtrise parfaitement la construction et les changements de perspective, d'un personnage à l'autre.
Ses personnages restent lucides, même s'ils sont broyés dans une mécanique de malheur qui a tendance à s'emballer..
« Sans raison particulière, Dieu, le Destin ou je ne sais quelle force mystérieuse peut décider de s'acharner sur l'un d'entre nous. » : la phrase finale résume bien cette histoire noire à souhait, parfaitement rythmée et où la psychologie des personnages est tout entière dans leurs actions et leurs réflexions, que Goldsmith exprime à coup d'interpellations du lecteur et de traits d'humour bien noir.
La cadence du récit, le savoir-faire du montage, le sens visuel augurent bien du destin de Goldsmith.


Une belle surprise et un regret : que Goldsmith ait préféré donner tout son talent à l'industrie du cinéma, nous privant ainsi d'une œuvre romanesque qu'on aurait aimé découvrir.







>> La chronique de Hubert Prolongeau dans l'émission Mauvais Genres du 13/01/2018 sur France Culture à écouter en podcast ici
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MessagePosté le: Dim Jan 28, 2018 8:45 pm    Sujet du message: Répondre en citant




>> La chronique de Bernard Poirette dans C'est à Lire sur RTL, à écouter en podcast ici

Citation:

C'est à lire : Détour de Martin Goldsmith


Détour est un excellent roman noir, paru en 1939 et adapté au cinéma en 1945, qui n’avait jamais été traduit en français. Préparez-vous à parcourir les États-Unis en compagnie d'Alex qui veut rejoindre sa dulcinée à Los Angeles.




Alex et Sue sont amoureux.
Il est violoniste à New York, elle est serveuse à Los Angeles, en attendant bien sûr de devenir actrice.
4.500 kilomètres de distance, ça use les sentiments.
Alex décide de tendre le pouce à travers le continent.
Au Nouveau-Mexique, la somptueuse Buick de Charles Haskell s’arrête.
Mr Haskell est un faisan, plein aux as.
Il va à Los Angeles, il a besoin d’un second chauffeur et pas besoin de parler.
C’est parti, pas très loin pour Haskell à cause d'une crise cardiaque.
Alex se retrouve avec un cadavre, un roadster cabriolet, un paquet de fric et encore 2.000 bornes à couvrir.


L’occasion est trop belle, Haskell finit dans le fossé et Alex seul au volant.
Cap sur la Cité des Anges, où l’attend sa dulcinée, qui entre temps s’est amourachée de Raoul.
Raoul Kildare, brillant figurant, pas encore acteur ; mais ça ne saurait tarder.
Autant vous dire tout de suite que l’affaire va virer en eau de boudin assez rapidement.
Et accélérer encore quand Alex aura la très mauvaise idée de ramasser une jolie auto-stoppeuse, juste après la frontière de Californie…


Pour une raison incompréhensible, cet excellent roman noir, paru en 1939 et adapté d'ailleurs au cinéma en 1945, n’avait jamais été traduit en français.
Le mal est heureusement réparé.
Détour de Martin Goldsmith, est un pur régal, c'est « un petit livre incandescent qui avance à toute vitesse », a écrit le New York Times.
C'est tout à fait juste.
Et je me permets juste d’ajouter que si les féministes d'aujourd’hui lisent ce bouquin, elles risquent tout simplement la crise de nerfs.


Détour de Martin Goldsmith, est paru chez Rivages, en format poche.
Ça vaut moins de 7 euros, alors foncez !



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